Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

Trouver le temps long

 

proposer lors de mon comité 2.0. De son côté, ma mère est, elle aussi, en Tournant la dernière page de ce manuscrit dévoré dans la journée, je pousse un soupir satisfait et même comblé. J’ai enfin dégoté un dernier bijou à train de bouquiner – le premier livre édité dans ma collection.

Voilà déjà deux jours qu’elle est à Seattle et son vol de retour est prévu pour demain en fin de journée. Nous avons passé de bons moments pendant son séjour, même celui de partager du temps avec Mackenzie et Abby pour un après-midi au spa. Autant dire que je suis totalement détendue.

Et ce n’était pas gagné après ces tensions entre ma mère, mon père et Théo.

Qu’il tienne tête à ma mère m’a touchée d’un certain côté, mais cela me met profondément mal à l’aise aussi. Après avoir bataillé avec mon père pour qu’il nous laisse vivre notre histoire, nous voilà contraints de recommencer avec ma mère. J’ignore si Théo avait déjà envisagé vivre une histoire sérieuse jusqu’à rencontrer les parents de sa petite amie, mais si c’est le cas, il n’a pas dû être déçu.

L’ambiance devient délétère dès lors que mes parents se trouvent dans la même pièce. Ma mère est très autoritaire, elle aime que les choses se déroulent comme elle le désire et mon père lui en veut tellement de m’avoir amenée à Miami.

Rien ne me fait plus mal que de les voir se déchirer. Cela me transporte inexorablement des années auparavant et je retrouve toute cette douleur qui m’a conduite de manière insidieuse à la boulimie.

Grâce à l’intervention de Théo, ma mère a pris sur elle et nous avons pu passer ces quelques jours dans un climat apaisé et plus serein – même si elle ne l’est pas totalement. Évidemment, ce n’est pas le genre de relations dont je rêvais pour eux, mais je vais devoir m’en contenter pour le moment et attendre le miracle de les voir s’entendre.

En attendant, Théo me manque.

Suis-je une fille indigne si j’en viens presque à attendre le moment où elle s’en ira ?

Le soleil s’est couché sur Seattle et l’heure passant, j’abandonne mon canapé et mon plaid douillet pour me rendre à la cuisine et préparer le dîner. Je sors tous les ingrédients nécessaires pour faire un jambalaya. L’idée de cette recette m’est venue pendant notre sauna tandis que ma mère et moi nous évoquions notre voyage à la Nouvelle-Orléans. Nous avions adoré cette recette cajun et nous la faisions souvent à la maison. Malgré ma recommandation à rester tranquille, ma mère me rejoint pour m’aider. Je nous sers du vin blanc et propose à Mack de venir trinquer avec nous.

— Ava m’a dit que tu avais trouvé un bon emploi dans une banque du centre-ville, commence ma mère quand ma meilleure amie nous rejoint.

— Oui, grâce à Alex. Il m’a rendu un grand service. J’adore mon travail.

— Et comment vont tes parents ? Comment prennent-ils ton départ de Miami ?

— À vrai dire, je suis partie sur un coup de tête et je ne leur ai pas dit au revoir. Ils ne m’ont pas donné de nouvelles depuis et je n’ai pas cherché à en avoir.

Même si Mack essaie de paraître imperturbable, je vois bien que cette histoire lui pèse. Elle doit tellement souffrir de se sentir rejetée par sa famille.

— C’est une mauvaise passe, mais le temps calmera les esprits et vous pourrez sûrement en discuter un jour prochain, la réconforté-je.

— Je n’en sais rien. Peut-être que nous avons tous été trop loin chacun à notre manière.

— Qu’importe qu’il y ait des moments difficiles, vous êtes une famille, ajoute ma mère. Je partage l’avis d’Ava. Laisse le temps faire son œuvre et tu les recontacteras quand tu te sentiras prête. Ce n’est pas parce que tu fais le premier pas que cela veut forcément dire que tu as eu tort, seulement que tu es plus intelligente.

Mack adresse un sourire chaleureux à ma mère.

— Garder les conflits à vif n’est pas la solution. Il faut savoir être magnanime.

L’occasion étant trop belle pour ne pas inciter ma mère à suivre ses propres conseils, je me risque à prendre la parole.

— Et j’adorerais que vous en soyez capables, papa et toi.

— Qu’est-ce que ça veut dire au juste ?

— Qu’il est très douloureux pour moi de vous voir vous confronter. J’ai assez vu mes parents se déchirer pour le reste de mon existence. Aujourd’hui, nous sommes tous des adultes dotés d’une certaine intelligence, non ? Nous sommes tous en mesure de nous adapter au caractère de chacun et de respecter les choix de vie de tout le monde.

— Lorsqu’il s’agit de son enfant…

— J’ai vingt-deux ans maman. Je suis ta fille, oui, mais je ne suis plus une enfant. Et même si Théo devait me blesser, je ne rentrerai pas en pleurant à la maison, car j’ai grandi. J’ai ma vie est ici et je peux me gérer autrement qu’en me faisant vomir. Tout ça, c’est du passé ! Comme celui de Théo est derrière lui. S’il y a des gens pour qui grandir a été une partie de plaisir, qui n’ont eu aucun nuage au-dessus de leur tête, tant mieux pour eux. Ce n’est pas mon cas. Tu connais assez Mack pour savoir qu’elle ne fait pas partie de ces gens-là elle aussi.

Celle-ci hoche la tête convaincue par mes propos.

— Théo aussi a eu une enfance voilée de nuages et des moments dont il n’est absolument pas fier. Je le connais, je côtoie ses amis et je sais que je suis dans le vrai.

Ma mère s’intéresse à Mack comme si celle-ci allait lui venir en aide. J’aimerais ajouter que tout le monde a le droit à une seconde chance, mais entendre la porte d’entrée s’ouvrir me coupe l’herbe sous le pied.

— Winy ?

Mmm… Rien que sa voix m’excite tant il me manque.

— Dans la cuisine !

Si ma mère se tend à l’idée que Théo soit présent, ce n’est pas mon cas. Et mon cœur est bien trop occupé à danser pour s’en soucier.

— Bonsoir ! nous salue-t-il d’une voix chaude et assurée en pénétrant dans la pièce.

Ma mère le salue en retour. Il va embrasser ma meilleure amie avant de venir me voler un baiser.

— Que me vaut le plaisir de cette visite ?

Il me présente un paquet.

— Tu as reçu ça de la part de l’imprimeur et j’ai besoin de connaître ton avis.

Ni une ni deux, j’abandonne mon couteau de cuisine et me rince les mains sous l’eau.

— Tu l’as ouvert ? C’est l’épreuve de De (ux) nos âmes ?

— Je n’en sais rien...

Impatiente, je lui prends le paquet des mains et découvre qu’il est ouvert.

— T’es nul.

Comme toujours, j’ai un trac fou en parcourant pour la première fois les romans sur lesquels nous avons travaillé avec mon équipe. Je le déballe et, encore une fois, je suis émerveillée de voir le résultat de notre collaboration.

— Mince, mâchouillé-je en le manipulant dans tous les sens. Il est magnifique…

— C’est du très bon travail, miss Bailey.

Je lève les yeux vers Théo.

— Je donne le feu vert à l’imprimeur demain matin, ça te convient ?

J’opine du chef.

— Bien !

Il m’embrasse chastement et ça m’énerve de ne pas pouvoir prolonger notre baiser, de devoir me brider alors que je ne rêve que de me laisser aller dans ses bras.

— Reste dîner avec nous, s’il te plaît, l’encouragé-je.

— C’est votre dernière soirée. Et puis, Jacob m’attend au resto.

Je recule et l’observe le sourcil levé. Ce qui le fait rire.

— Je serai sage, promis, ricane-t-il.

— D’ailleurs, si tu pensais te siffler un bon petit whisky, tu te mets le doigt dans l’œil, se moque Mack. Il l’a encore en travers de la gorge le coup de la bouteille à 1000 $.

— Ce qui sera de l’histoire ancienne quand il verra ce qui se trouve dans le coffre de ma voiture, lui répond Théo dans un clin d’œil. Je paie toujours mes dettes.

Toujours avec cette assurance que je lui jalouse souvent Théo s’adresse alors à ma mère.

— Je vous souhaite un bon retour chez vous, madame Castillo.

— C’est gentil. Et merci d’avoir fait en sorte qu’Ava puisse se libérer ces derniers jours.

— C’est plutôt à moi de vous remercier. C’était l’occasion idéale pour l’obliger à décrocher du travail.

— C’est la digne fille de son père, ronchonne-t-elle sans trop de sérieux. Une véritable Bailey.

— J’ai eu l’occasion de le constater.

Je me sens rougir en repensant à cette scène avec Darren.

— Je n’ai pas l’habitude de céder face à Alex. J’ai bien l’intention d’en faire de même avec sa progéniture.

— Je ne peux que me réjouir de l’entendre. Si vous devez partager sa vie, vous allez devoir vous battre avec cet aspect de sa personnalité.

— Je le ferai.

Théo lui tend la main. Elle l’accepte.

— Ce fût mouvementé, mais je suis content d’avoir fait votre connaissance. Vous avez vos a priori et je n’y suis pas étranger. Le temps s’en chargera.

— Je le souhaite. Pour ma fille, je le souhaite.

— Bonne soirée, ajoute-t-il avec un sourire sincère.

— Au revoir, Théo.

Il salue Mack et m’entraîne derrière lui tandis qu’il repart en direction de l’entrée. Là, il me fait tournoyer dans ses bras et je finis plaquée contre son torse. Sa bouche fond sur la mienne.

— Je vais devenir fou, Ava, m’avoue-t-il en m’embrassant. Je pense à toi jour et nuit.

M’accrochant aux pans de sa veste, je donne de l’élan à notre baiser tout en intensité.

— Trois jours, gémis-je.

— J’ai envie de toi, susurre-t-il d’une voix brûlante. Mais pas uniquement comme ça. Je te veux dans tous les instants de ma vie…

— Quelle idée j’ai eue en inventant ce jeu…

— Elle est excellente quand bien même ça nous torture de ne pas pouvoir nous aimer comme nous le désirons. Le final n’en sera que plus dingue.

— Il n’y a plus que deux péchés.

Théo m’embrasse dans le cou, fait courir ses dents le long de ma mâchoire, capture le lobe de mon oreille entre elles.

— Après nous serons libres de tout tenter et j’ai l’imagination débordante depuis toi.

— Enlève-moi, l’imploré-je. Emmène-moi loin de tout, là où nous pourrons faire seulement ce qui nous plaît.

— Comme j’adorerais ça…

Il me délaisse en me laissant avec le cerveau en ébullition.

On n’a pas que le cerveau en ébullition, ma chérie ! fait remarquer Betty.

Le voir sortir me déchire le cœur, j’aimerais tellement le garder auprès de moi. La hanche appuyée contre le chambranle, je ne le quitte pas des yeux tandis qu’il remonte le couloir en direction de l’ascenseur.

— J’ai hâte de voir ce que ça va donner quand la règle sera caduque, rigolé-je.

— Prépare-toi à ne pas beaucoup dormir !

Je glousse.

— Tu sais quoi dire pour me faire rêver, Allen.

— Encore une dizaine de jours, Bailey, ensuite, ça sera ta réalité.

Je lui adresse un dernier signe de la main avant qu’il disparaisse. Je retourne à l’intérieur un grand sourire aux lèvres.

Dix jours, ma Betty…

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