Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
boulot… Une semaine entière… Une semaine sans…
Soirée entre filles
boulot… Une semaine entière… Une semaine sans visite surprise dans mon bureau, sans un café en tête-à-tête, sans la moindre plaisanterie, rien ! Juste le
C’est d’un rasoir, se plaint ma Betty.
À qui le dis-tu !?
Si j’ai du mal à m’habituer à l’absence de Théo au travail, il en est de même en dehors des murs de Bailey. On s’est vus quelques fois, souvent à l’heure du déjeuner, mais entre ses recherches de travail et le temps qu’il passe avec sa mère, les occasions sont rares. Et ce n’est pas le week-end qui s’annonce qui me laissera le temps de corriger cela.
Avec les filles, nous avons décidé de nous retrouver pour une nouvelle sortie en club. De source sûre, il y aura Abby, Molly et Mackenzie et, même si je suis heureuse de ce moment de détente en prévision, j’aurais aimé passer du temps avec Théo pour regagner un peu de notre complicité.
Dans ma relation avec mon père, il n’y a pas grand-chose à raconter. Je me suis sûrement montrée un peu distante. De son côté, il a bien compris que je continue à voir Théo et ce n’est pas pour le ravier. Jamais je n’aurais imaginé qu’on en viendrait à se fâcher lui et moi. Ce n’est pas du tout dans nos habitudes. Cela dit, il n’a jamais été confronté à une vérité que de nombreux pères ont bien du mal à encaisser : je ne suis plus uniquement sa fille, mais une femme.
— Tu es prête, ma poupée ?
La voix de Mack me sort de ma rêverie tandis que je contemple mon reflet dans mon miroir afin de m’assurer de mon allure. À l’entrée de ma chambre, elle siffle en me passant en revue.
— Sexy !
Je repasse cette robe de couleur noire que je porte près du corps.
— Merci.
Un coup d’œil vers ma meilleure amie m’apprend qu’elle aussi est très élégante.
— Mais tu n’as rien à m’envier, lui dis-je tout sourire.
Mack, d’un geste tendre, replace mes boucles sur mon épaule droite.
— Ça va te faire du bien de t’amuser et d’oublier ces tensions entre ton père et Théo.
J’esquisse un sourire timide.
— C’est ton papa, Ava, et il t’adore. Il veut seulement te protéger, tu sais…
Coulant sa main dans la mienne, elle ajoute :
— Avant de lui reprocher son entêtement, n’oublie pas qu’il le connaît mieux que toi.
Elle s’intéresse à ma coiffeuse et me dérobe un tube de rouge à lèvres qu’elle applique sur sa bouche.
— Tu as la chance d’être autant adorée…
Cherchant à fuir cette discussion qui me peine, je finis de mettre quelques bricoles dans ma pochette et passe mon manteau.
— On peut y aller…
Je récupère mon téléphone sur ma table de chevet et découvre avec bonheur un message de Théo qui m’est parvenu, il y a quelques minutes.
— Théo —
Prête pour ta soirée ? Amuse-toi et vide-toi la tête ! Et oui, c’est un
ordre !
Je glousse.
— Théo —
Winy, évite le vin, s’il te plaît. Je ne suis pas contre lorsque je suis là
pour veiller sur toi, mais là, vous êtes entre filles. Soyez prudentes !
Mack m’observe manipuler mon téléphone.
— C’est qui ?
— Théo.
— Il ne peut pas te foutre la paix ? râle-t-elle. Tu as besoin de t’amuser et oublier le bordel qu’il a mis dans ta vie !
— Il a perdu son emploi en partie à cause de moi ! m’indigné-je.
— Ton père l’a foutu à la porte parce qu’il ne sait pas garder sa queue dans son calbut !
Piquée au vif, je tourne les talons et file en direction de l’entrée.
— Ava…
J’ignore son ton désolé.
— Les filles vont nous attendre !
Je profite que Mack retourne dans sa chambre pour rédiger une réponse à Théo.
— Ava —
Oui, monsieur, c’est promis ! Que fais-tu ?
— Théo —
Je suis chez ma mère. Appelez-moi si vous avez besoin que je vous
reconduise. Je n’aime pas vous savoir seules…
— Ava —
Je doute qu’on rentre de bonne heure !
— Théo —
Ce n’est pas important ! Prévenez-moi !
Une attention qui me touche bien qu’elle soit problématique. Si Théo m’a fait part de son souhait de rencontrer Mackenzie, ce n’est pas son cas. Pire, elle risque de se montrer fortement désagréable.
Ce n’est pas ce soir que nous verrons notre beau Théo, ma Betty, me larmoyé-je.
Il est peut-être temps que tu mettes les pieds dans le plat, Ava ! Si tu le veux, défends-le plus férocement !
Je repousse cette réflexion.
J’ai fait ce que je pouvais pour Théo, mais mon père est totalement fermé dès qu’il s’agit de lui. Peut-être a-t-il raison : oublier tout ce bazar le temps d’une soirée me fera sûrement le plus grand bien.
C’est sur cette pensée positive que Mack et moi-même quittons notre appartement pour rejoindre Abby au club. Avant, nous devons récupérer Molly en chemin.
Lorsque nous arrivons sur place, Abby n’est pas seule, Syd est là, elle aussi.
L’endroit est bondé ce soir, et nous frayer un chemin n’a rien eu d’aisé. Par chance, nous avons une table bien située et près de la piste de danse où règne une sacrée effervescence. Retrouvant mes amies, je fais les présentations entre elles et, très vite, une bonne ambiance s’instaure entre nous. Nous commandons une première tournée et, comme je l’ai promis à Théo, je me contente d’un jus de fruits. Les filles sont déchaînées ce soir et je fais bien de jouer la carte de la sagesse.
Molly et Mack sont les premières à proposer d’aller danser. Une proposition que je refuse pour cette fois. Abby et Syd restent avec moi pour le moment.
— Est-ce que tout va bien, Ava ?
La question d’Abby me tire de ma rêverie tandis que je regarde Mack se déhancher comme une folle sur la piste.
— Oui, très bien, dis-je dans un sourire rassurant.
— Tu dois être heureuse que ta meilleure amie soit là.
J’acquiesce.
— Elle déborde d’énergie, s’amuse-t-elle.
— C’est Mack ! Et puis, elle vient d’obtenir un emploi. Elle commence lundi.
— C’est génial ! Tout se goupille bien.
Je souris.
— J’ai eu Théo au téléphone, il y a deux ou trois jours, m’apprend Abby avec une innocence surfaite.
— Oh…
Si je m’étonne qu’elle me parle de lui, Sydney abandonne sa contemplation des lieux et s’intéresse à notre discussion, mais pas de manière franche.
Son attitude est toujours aussi étrange…
— Il a évoqué cette brouille avec ton père.
— Il t’en a expliqué la raison ?
— Je pense l’avoir devinée, me dit-elle en battant des cils.
Elle donne un coup de coude à Sydney.
— Tu vois, je l’avais bien dit ! Il ne nous a pas présenté Ava pour rien. Il est mordu notre Théo…
Sydney répond d’un sourire forcé, presque ironique.
— Malheureusement, il n’y a pas que notre histoire qui pose problème…
— Un conseil : relativise ! Il s’engueule souvent avec ton père et ça finit toujours par s’arranger. Ton père l’a déjà repris une fois, il recommencera.
Je fronce les sourcils.
— Comment ça, il l’a déjà repris ?
— Non, mais tu ne peux pas te taire, gronde Syd. Théo n’aime pas qu’on raconte sa vie à n’importe qui.
Non, mais qui elle traite de « n’importe qui » elle ? peste ma Betty.
— C’est Ava, réplique Abby étonnée par le grotesque de cette réflexion.
Je ne prête pas attention à Syd et sa jalousie de plus en plus exacerbée pour revenir à Abby. Ce qu’elle dit m’intéresse davantage.
— Mon père a déjà viré Théo ?
— Il m’a dit qu’il était parti, il ne m’a pas parlé de licenciement. Et pour répondre à ta question, oui, Théo a déjà quitté son job, il y a plusieurs années. Il est parti vivre à Sacramento pendant quelques mois puis il est revenu.
Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?! Il ne m’a jamais raconté avoir quitté Bailey. Il n’a pas été totalement franc avec moi. C’est peut-être ce à quoi faisait référence mon père lors de leur dispute.
— Tu connais la raison de son départ ?
— Je crois qu’il supportait de moins en moins la pression que ton père lui infligeait. Pourquoi ton père l’a mis à la porte ?
— Théo a eu une aventure avec l’une des filles du bureau. Mon père en a été informé et il l’a viré.
— Comme quoi, il n’a pas tellement changé, fait remarquer Syd à Abby d’un ton presque victorieux
— Mais arrête !
— Laisse, Abby, j’ai bien compris que Syd n’est pas ravie que les choses deviennent sérieuses entre Théo et moi.
Vexée, elle se lève pour rejoindre les filles sur la piste de danse.
— Je suis désolée, s’excuse Ab. Je ne sais pas ce qui lui prend…
— Ne te prends pas la tête avec ça. Ce n’est rien.
J’ai mon idée sur la question, dit ma Betty en montrant les crocs.
— Qu’est-ce que tu penses faire avec cette histoire entre Théo et ton père ?
— Je n’en ai pas la moindre idée…
Abby étant très bavarde, ce soir, je me demande si je ne devrais pas essayer d’en apprendre plus sur ce qui s’est passé, il y a cinq ans.
— Comment était Théo à cette période ?
Elle joue des épaules.
— Pour quelle raison se sont-ils disputés si violemment ?
— Une histoire avec une fille il me semble, mais il ne s’est pas épanché sur le sujet. À cette période, Théo nous a snobés avant de réapparaître comme par magie. Il nous a présenté ses excuses, mais sans vraiment se justifier. De notre côté, on n’a pas cherché à comprendre. Il est caractériel, ce n’est pas un secret, mais ça reste un mec adorable. Il a aussi du mal à exprimer ce qu’il ressent. Pour lui, c’est une marque de faiblesse.
— C’est ridicule.
— Il peut paraître insaisissable et, souvent, il fait le con, mais c’est avant tout de la maladresse. Il gère mal ses émotions, parce qu’il est à fleur de peau. Théo a des manques qu’il ne pourra jamais combler…
— À cause de son père ?
Abby m’observe le sourcil haut.
— Il te l’a dit ?
Je hoche la tête.
— Il a beau prétendre que sa relation avec sa mère lui suffit, rien ne pourra remplacer ce père qui lui a manqué toute sa vie. Mais ça, pour lui faire reconnaître, accroche-toi !
Nous échangeons un sourire entendu.
— Melinda est une femme formidable, mais aussi très fragile. Théo a pris son rôle d’homme de la maison à bras le corps, et ce, depuis son enfance. Ils ont connu des moments de galère.
— C’est lui qui t’a confié tout ça ?
— Jamais de la vie, ricane Ab. Non, c’est sa mère qui m’a parlé de son fils. Elle l’adore et lui, il faut le voir avec elle pour comprendre qui il est…
J’ai un sourire tendre en m’imaginant Théo jouant au garçon à sa maman. C’est à la fois incongru, mais tellement plausible. Il y a quelque chose de très sensible chez lui, je l’ai senti l’autre soir quand nous avons discuté.
Intriguée par cette conversation, j’aimerais la poursuivre. D’ailleurs, Abby semble en savoir long sur Théo, mais Mack déboule comme une furie pour me saisir par le bras.
— Sur la piste, Bailey !
— Mack, me lamenté-je en essayant de l’esquiver.
Mais Abby se lève en m’indiquant qu’elle aussi aimerait danser. Je capitule et me laisse entraîner.
***
Notre soirée passe à une vitesse folle alors que nous enchaînons danses endiablées et tournées de boissons. Si j’ai tenu ma promesse lors des deux premières, j’ai commencé à fauter quand Mack s’est chargée de la troisième. Elle est revenue avec cinq mojitos et je n’ai pas pu résister à leurs incitations. Trois mojitos plus tard, je n’ai plus les idées claires et une furieuse envie de dormir.
Il est près de 3 h du matin quand Sydney nous annonce que notre taxi est arrivé. Nous sortons du club et il n’y en a pas une pour rattraper l’autre dans notre joyeuse bande. Blotties les unes contre les autres pour nous réchauffer de ce froid polaire, nous rions des frasques de Mackenzie avec un jeune homme venu la charmer pendant qu’elle dansait. Morte de fatigue, je laisse ma tête retombée contre l’épaule de Mack en me laissant guider par les filles, mais tout se fige en moi et je me mets sur la défensive quand j’entends cette voix lourde et rauque s’exclamer :
— Bonsoir, mesdames ! Je peux me rendre utile ?
— Théo ! s’enthousiasme Abby.
Je lance un coup d’œil en biais vers Sydney et je n’aime pas la lueur provocatrice dans le fond de ses yeux. C’est elle qui s’est chargée de notre transport pour le retour et j’ai commis l’erreur de leur faire part de cette promesse faite à Théo de ne pas boire.
Laisse-moi deux minutes et je m’en charge, m’annonce Betty qui feuillette un manuel intitulé Comment commettre le crime parfait !
Je la laisse à sa lecture et m’agrippe au bras de Mack. J’ai bien plus à gérer que cette peste. La rencontre Théo – Mackenzie par exemple.
Théo embrasse son amie.
— C’est cool d’être venu nous chercher.
— Je suis votre humble serviteur.
Syd l’embrasse à son tour et j’ai vraiment envie de lui enfoncer la tête à travers la vitre de la voiture.
Elle va nous envoyer tout droit en taule, se lamente Betty qui tourne frénétiquement les pages de son livre.
Les pieds vissés au sol, mon cerveau fuse dans tous les sens ; Théo va s’apercevoir que je n’ai pas respecté ma promesse, mais surtout, il va parler avec Mack. Et le fait qu’elle le fixe comme une lionne regarderait une antilope ne me dit rien qui vaille. Le pauvre ne se doute de rien quand il s’approche. Mon cerveau, embrumé par l’alcool, ne va pas assez vite pour lui demander de calmer le jeu. Théo est déjà devant nous, tout sourire.
— Bonsoir, lui dit-il gentiment. Ava m’a beaucoup parlé de toi et…
J’ai le cœur au bord des lèvres quand ma meilleure amie me relâche et passe à l’offensive.
— Mack, bredouillé-je la voix tremblante.
— Elle m’a aussi parlé de toi, Théodore Allen ! Et rien de ce qu’elle m’a dit ne me donne envie d’en apprendre plus sur ton compte !
Théo laisse retomber cette poignée de main qu’il lui destinait pour déposer un regard incompris sur moi. J’esquisse un sourire navré.
— Qu’est-ce que tu fais là ? poursuit cette tigresse.
— Syd m’a appelé...
— Eh bien, ramène ta copine. Ava et moi allons prendre un taxi.
— Mack ! me manifesté-je plus vivement. Ça suffit !
Théo n’étant pas homme à se laisser intimider, il rétorque :
— Je vais reconduire mes amies chez elle et Ava aussi. Si tu préfères prendre un taxi, c’est toi que ça regarde.
— S’il te plaît, imploré-je ma voisine. On peut seulement rentrer à la maison.
J’accepte la main que Théo me tend et le laisse me ramener dans ses bras. Mack finit par céder et rejoint Abby et Syd qui patientent près de la voiture sans oublier de bousculer Théo en chemin.
— Je suis d’accord avec Alex : tu es nocif pour elle ! lance-t-elle au passage.
Théo, dérouté par l’attitude de Mackenzie, la regarde avant de revenir à moi. Il semble attendre que je m’explique.
— J’ai tenu ma promesse, lui dis-je en me balançant sur mes pieds. Je n’ai pas bu une goutte de vin.
Tu espères vraiment l’amadouer avec une boutade ? s’indigne ma Betty. Pauvre fille !
Dépité, il secoue la tête.
— Tu vas me devoir un peu plus que des excuses pour t’être mise bêtement en danger.
Penché devant moi, il sonde mon regard.
— Maintenant, monte en voiture ! Je vais te reconduire chez toi.
J’obéis, heureuse de détaler en vitesse, mais Théo s’empare de mon poignet pour me retenir près de lui.
— Quand tu auras les idées plus fraîches, j’aimerais bien que tu m’expliques pourquoi ta copine me trouve toxique pour toi.
— Je… bafouillé-je. C’est du passé. C’était avant.
— Quel passé ? Avant quoi ? Ç’a l’air plus sérieux qu’une brouille autour de ton stage. Je croyais qu’on jouait franc-jeu tous les deux.
Ma conversation avec Abby me revient en tête et, visiblement, je ne suis pas la seule à avoir manqué de franchise.
— Je le croyais aussi...
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Je récupère ma main.
— Je suis fatiguée et j’ai bu trop de mojitos pour parler de ça maintenant.
— Comme tu voudras, mais tu ne vas pas t’en sortir aussi facilement. J’attends une explication.
— C’est parfait alors, car moi aussi j’en attends une, rétorqué-je avant d’ouvrir la portière et de m’installer sur le siège avant.
Et il n’est pas le seul avec qui je dois régler mes comptes. Mackenzie ne paie rien pour attendre !
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