Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

Prendre une nouvelle direction

 

 

et célébrer Noël en leur compagnie. Ce fut court, mais avoir la possibilité de Ce voyage en Floride a été inespéré. Quelle chance de pouvoir passer quelques jours auprès de ma mère et de mon beau-père. J’ai adoré les retrouver me déconnecter du travail, de mon quotidien à Seattle et de tout ce tumulte qui entoure ma relation avec Théodore a été très bénéfique. Non pas que je n’ai pas pensé à lui ou encore à Romance, mais me faire bichonner par ma mère m’a permis de me concentrer sur la requête qu’il a formulée avant mon départ.

J’ai aussi songé à mon père et à Mackenzie.

Forcément, je me suis sentie coupable de leur faire faux bond. Théo ayant parlé de son projet de cadeau à mon père, il a pu changer ses projets, mais en ce qui concerne ma meilleure amie, je l’ai prise de court. J’ai tenté de la persuader de faire le voyage avec moi, mais, dans son cas, s’absenter n’est pas aussi simple que pour moi. C’est avec un pincement au cœur que j’ai appris qu’elle s’était contentée d’une soirée devant la télévision avec au menu un repas acheté chez le traiteur du coin.

Depuis, mon père nous a invités pour un dîner de « rattrapage » et une fois n’est pas coutume, il a fait dans la démesure, nous offrant à moi et à Mackenzie un voyage de dix jours en Europe à la date de notre choix. Sympa, non ?

Pendant ces quatre jours, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Théo. Surtout pour le remercier de ces bons moments que j’ai pu partager avec ma mère grâce à lui. Son Noël aussi s’est passé en famille avec sa mère et Sydney. C’est apparemment un rituel entre eux depuis qu’elle a résidé chez eux pendant six mois au moment de sa séparation avec l’ami de Théo qui la frappait.

Oui, je sais, moi aussi ça m’a rendue dingue, mais je me suis mordu la langue…

De mon côté, j’ai eu l’occasion de faire plus ample connaissance avec Molly.

Après notre déjeuner, nous avions pris l’habitude de nous voir régulièrement en dehors du bureau et j’ai appris des choses sur elle, mais j’étais loin de l’avoir cernée. Molly est une femme pleine de surprise. Comme Théo le lui avait demandé, elle m’a reconduite chez moi. Là, je lui ai raconté les dessous de ma relation avec notre directeur, de son début à aujourd’hui. Depuis, nous avons passé des heures à échanger et je suis fascinée par cette femme qui a une telle maîtrise de ce qu’elle est, de ce qu’elle désire, mais aussi de sa féminité. J’ai toujours vu Mackenzie comme une femme qui s’assumait pleinement et je pense toujours ainsi, mais avec Molly, c’est encore différent.

Je l’ai envié en l’écoutant me parler d’elle, de tout ce qu’elle a pu tenter comme expérience pour en arriver à se voir avec autant de lucidité. C’est tout ce que je désire pour moi : savoir pleinement qui je suis et ce qu’il me faut pour être une femme épanouie et capable de prendre le contrôle quand cela est nécessaire, mais aussi – et c’est tout ce que je recherche avec Théo – m’oublier. M’oublier complètement.

Je veux vivre et ressentir des choses si intenses que chaque partie de mon corps me semblera incroyablement vivante. Celles que j’ai si longtemps détestées et que je déteste encore aujourd’hui. Pour que cela soit possible un maître mot : la confiance. Tout ce à quoi j’aspire maintenant, c’est que Théo soit celui en qui je placerai ma confiance. C’est pour cette raison que j’ai écouté Molly avec le plus grand intérêt et que je retiens toutes les leçons qu’elle m’inculque depuis mon retour à Seattle.

Le seul point noir dans cette nouvelle aventure, c’est que Théo attend quelque chose de moi depuis mon retour. Même s’il a eu la délicatesse de ne pas me le signifier en termes clairs, je le remarque à sa manière d’interagir avec moi. C’est un drôle de mélange entre la réserve et le besoin. Son comportement se contredit sans cesse. Même si de mon point de vue, c’est amusant, pour lui cela doit être délicat à vivre. Pourtant, je dois attendre encore quelques jours avant d’abattre mes cartes et lui révéler ce que je nous réserve.

Pour ne rien briser du lien qui nous lie, quand bien même nous n’avons pas encore concrétisé cet attachement, j’ai décidé de répondre à l’invitation de Jacob pour le réveillon du jour de l’An. À cette occasion, il donne une grande fête dans son restaurant et nous sommes tous conviés. Molly et Mackenzie ont, elles aussi, accepté de se joindre à nous et j’en suis heureuse.

Avec mon coach personnel sous le coude, j’espère ne pas me laisser tenter par le beau Théo. Comme le soir de Noël chez Bailey…

Après Mackenzie, c’est Molly qui nous a empêchés de nous envoyer en l’air avec notre cher Théo. C’est quoi ce complot tout pourri ? On a fâché les dieux du sexe ou quoi ? Historiquement parlant, on n’est pas des surconsommatrices, alors il faudrait voir à pas abuser non plus ! Notre empreinte sexuelle frise le zéro en matière d’émission orgasmique !

— Vin blanc ?

Betty retourne militer dans son coin lorsque Jacob se présente à ma droite, une bouteille de Chardonnay en main. Je lui tends mon verre en le regardant amoureusement.

— Tu es mon héros.

Il me fait un clin d’œil et me sert.

— Ne le dis pas trop fort quand même. Il pourrait t’entendre.

Je glousse.

Mon regard balaie la salle de restaurant, modifiée pour l’occasion. Les tables ont été écartées pour créer un espace de danse, des lumières festives ont été ajoutées, tous les clients du restaurant sont parés de leur plus belle tenue – les strass et les paillettes sont de mise, bien sûr. La musique est d’ambiance et la foule se presse pour se déhancher sur ces sonorités joyeuses. Il y a des rires et des conversations qui fusent dans tous les coins. C’est une fête réussie en somme.

— Quelle fête ! Il y a une ambiance de dingue !

Jacob accueille mon compliment d’un sourire chaleureux avant de poursuivre son tour de table où se trouve toute la bande. Au plus proche de moi, Molly discute avec Mackenzie, mais je ne fais que survoler ce qu’elles se disent. Abby bavarde avec Théo à l’opposé de moi et ils sont loin d’être discrets, car de toute évidence, je suis au cœur de leur conversation. J’en suis convaincue aux petits regards en biais qu’ils balancent dans ma direction à tour de rôle.

Et le fait que Syd bout en les écoutant aussi, non ?

Bien fait pour elle !

De son côté, Sam attend le retour de Jacob avec qui il parlait avant que celui-ci fasse le tour de la table pour nous servir.

Je finis par me lasser des œillades en coin lancées par Abby et Théo – j’occulte les regards assassins de l’autre pimbêche de Syd – et décide qu’il est temps de profiter de cette soirée de fête. Je pose ma main sur le bras de Mack pour attirer son attention.

— On va danser ? leur proposé-je à elle et Molly.

Elles acceptent. Main dans la main, nous traversons la salle jusqu’à la piste de danse. La musique à la tonalité electro-pop m’enchaîne à son rythme et mon corps y répond immédiatement, bougeant en suivant sa cadence. Je m’échappe dans la musique, me meuve sur la mélodie, mais est-ce vraiment elle qui me guide où ce regard qui se promène sur moi ? Je le sens qui me scrute, qui me déshabille, et je joue volontairement avec lui, bougeant sous l’impulsion de ses œillades enflammées.

Un petit jeu auquel nous jouons de longues minutes avant que Théo n’en soit détourné par Jacob et Sam venus lui tenir compagnie tandis que Abby nous a rejoints sur la piste. Abandonnée de ses assiduités, je reviens à mes amies et profite de l’instant.

Les minutes passent et l’ambiance monte d’un cran dans le restaurant. L’heure fatidique de minuit s’approche à grands pas et mes folies sur la piste m’ont épuisée. J’abandonne Mack et Abby et retourne à notre table pour y reprendre un verre. Si Jacob accourt pour me servir, je mets un moment à retrouver Théo. Quand je le localise, il est en pleine discussion avec une belle blonde qui, à la manière dont elle bat des cils devant lui, doit espérer commencer cette nouvelle année dans les bras d’un bel étranger.

Mais ces bras-là nous sont exclusivement réservés, Ava, fais passer le message ! me somme Betty.

Munie de mon verre, je les rejoins et offre un sourire engageant à la jeune inconnue avant de me blottir contre Théo. J’avoue redouter qu’il s’en offusque, mais au lieu de cela, il dépose son bras sur la chute de mes reins.

— Salut, lancé-je à l’intention de la belle blonde qui a l’air fortement sympathique avant de m’intéresser à Théo. Tu nous présentes.

— Bien sûr. Ava, je te présente Helena. Elle travaille avec Jacob depuis plusieurs années et elle vient d’investir dans leur nouveau projet à Tacoma.

— Jacob va ouvrir un restaurant là-bas ?

— Effectivement. Et Helena en aura la gérance.

— Félicitations, dis-je à la collaboratrice de Jacob.

— Et Ava travaille avec moi, enchaîne Théo. Elle est la fille d’Alexander Bailey, le PDG des Éditions Bailey.

Après avoir échangé un sourire poli avec Helena, je m’intéresse à mon voisin.

— J’ai une suggestion à te faire.

— Je t’écoute.

— Je te propose une bonne résolution pour toi et tu as le droit d’en faire autant.

— Intéressant, me dit-il le sourcil arqué. Qu’est-ce que tu veux ?

Le menton enfoncé dans son torse, j’ai un sourire en coin.

— Viens danser avec moi.

— Rien que ça ?!

— Mais tu peux me demander quelque chose en contrepartie.

— J’aime bien le côté donnant-donnant…

Il me pousse gentiment tout en s’excusant auprès d’Helena.

— C’est un deal juste pour ce soir, c’est ça ? Je ne serai pas obligé de m’y tenir à chaque fois qu’on sortira ?

— Non, c’est juste pour cette nuit.

Un rictus au coin des lèvres, il se penche à mon oreille.

— J’ai comme un goût de raté depuis cette nuit manquée où je pensais te garder chez moi et que tu t’es sauvée en étant méchamment en pétard contre moi.

— Il y avait matière à se poser des questions quand même.

— Pourtant, j’étais blanc comme neige, me nargue-t-il. Je devais avoir une jolie blonde dans les bras toute la soirée et je n’ai eu que mon oreiller pour me tenir compagnie.

— Rien n’est résolu entre nous…

Et je suis en train de monter tout un plan pour que ce soit enfin le cas. Je ne peux pas compromettre mon travail maintenant.

— J’en ai parfaitement conscience, mais tu l’as dit toi-même, ce n’est que pour cette nuit.

Même pour une nuit, cela va à l’encontre des règles que je désire établir entre nous dans les prochaines semaines.

— Le sexe ne peut pas…

— Attends ! me coupe-t-il une main dressée entre nous. Qui a parlé de sexe ?

Je fronce les yeux.

— Pardon, j’ai cru que…

— Que je pourrais te faire l’amour cette nuit et me résoudre à ce que soit la seule et unique fois ? On ignore beaucoup de choses sur notre relation, mais j’ai quand même quelques certitudes. L’une d’entre elles étant que le jour où je découvrirais le plaisir de ton corps, je ne pourrais plus y renoncer.

Tu as entendu ça, ma Betty ?

Elle acquiesce joyeusement.

Si mon plan fonctionne, on va vivre le truc le plus dingue de notre vie !

Ses doigts foulent le tissu de ma robe au niveau de mon ventre.

— Je veux seulement dormir auprès de toi…

Ma lèvre glisse lentement entre mes dents tandis que je m’interroge sur la réponse à donner à sa proposition. Je meurs d’envie de lui dire oui et de passer la nuit blottie contre lui, mais je ne peux pas nous mettre dans une situation qui porterait atteinte à la suite de mon projet.

Allez, allez, dis oui, me pousse ma Betty. Je te promets d’être sage comme une image.

Même si son air angélique est plutôt convaincant, j’espère ne pas avoir à le regretter. Cela dit, c’est un bon exercice et une excellente entame pour ce que je prépare dans le plus grand secret.

Coulant ma main dans la sienne, je le traîne en direction de la piste. Comme la chance est visiblement avec moi, ce soir, l’air qui passe est lent et même un peu sensuel.

Je me love contre ce corps parfaitement fait qu’il placera bientôt, je l’espère du moins, entre mes mains. Théo, de ses longs et robustes bras, me serre contre lui en me couvant d’un œil tendre.

— Reconnais que tu aimes plus que tout me mettre dans des situations gênantes.

— Tu remarqueras que je ne t’ai pas collé la honte devant Helena.

— J’en ai pris note, mais si tu lances un coup d’œil en direction de notre table, je te parie qu’on a un public.

Je procède à quelques vérifications et Théo a vu juste : nos amis ont leurs yeux rivés sur nous. Nous rions amusés de leur comportement avant que Théo me demande :

— Je regrette que tu manques d’inspiration, Winy…

— J’ai une bonne raison à cela.

Une simple réponse qui pique sa curiosité.

— Voyez-vous ça !

— Disons que je mets mon imagination à un autre profit, ces derniers temps.

— Je peux en savoir plus ?

— Bientôt, Théo, lui affirmé-je en laissant mes mains apprécier ses larges épaules.

— J’ai la sensation que tu m’évites depuis ton retour de Floride.

D’un air désolé, je lui réponds :

— Un peu, c’est vrai, mais je te promets que j’agis pour nous. J’ai encore certaines choses à mettre en ordre, ensuite nous en parlerons.

Sa main vient recouvrir ma joue. Comme à chaque fois qu’il le fait, je ne peux réprimer ce besoin de me nicher dans sa paume.

— Qu’est-ce que tu me réserves ?

Je repose ma tête au creux de son épaule et savoure cette étreinte.

— De belles surprises. J’irais au bout de moi-même et je compte bien t’amener avec moi.

— Il me tarde de t’y suivre, Winy.

C’est ainsi que, cachée dans son cou, je me laisse aller à rêver la suite… notre suite…

Et ça va être chaud, chaud, chaud ! chantonne ma Betty.

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