Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)

Les prémices du jeu…

 

 

compagnie : mon samedi soir s’annonce très prometteur. Un air jazz joué au piano, une ambiance tamisée dans un salon qui respire la classe et un homme redoutablement élégant pour me tenir

Il y a quelques minutes que Théo et moi-même sommes arrivés dans cet établissement de Seattle où je nous ai réservé une table et une chambre pour ce nouveau rendez-vous. Comme la semaine dernière, nous nous sommes retrouvés sur place, mais cette fois, j’ai décidé de débuter notre jeu par un dîner. En attendant qu’on nous installe à notre table, je l’ai invité à boire un verre au bar. Ce qui semble le ravir.

Un détail que j’aime avec Théo, ce n’est pas un gros macho qui veut prendre le contrôle de tous les aspects de nos sorties. Non, il me laisse gérer, organiser et payer la note sans pour autant ne plus se sentir homme. J’ai le sentiment d’être son égale ici et au travail.

— Qu’ai-je fait pour mériter cette invitation, ma dominatrice ?

La question n’est qu’un souffle sur ma joue quand il se penche vers moi dès lors que le barman nous a servi nos boissons.

— Disons que je ne voudrais pas que tu te sentes utilisé.

— Venant de toi, je ne le prendrais pas de cette manière.

— Ah non ?

— Ce n’est pas dans ton tempérament.

Nous buvons chacun une gorgée de notre boisson.

— Et la soirée de Mackenzie ? Est-ce qu’elle est rentrée de bonne humeur ?

— Elle n’est pas encore revenue à la maison, mais elle m’a prévenue. Je la verrai demain.

— C’est ainsi tous les week-ends ?

— La plupart du temps.

— Finalement, tu es souvent seule...

— J’ai l’habitude. Comme nous nous voyons dans un contexte un peu particulier, nous pourrions oublier le quotidien et le travail et parler d’autre chose, ce soir, qu’en penses-tu ?

— Tu as une idée précise en tête ?

Je fais la moue.

— Je n’y ai pas vraiment réfléchi. Et toi ?

— Moi ? Je pourrais passer la nuit à te questionner tant tu m’intrigues, Ava.

— Oh…

— Il y a tellement de contradictions en toi. Tu t’affirmes, mais tu n’as aucune confiance en toi. Tu joues à la femme fatale, mais tu respires l’innocence. C’est aussi déroutant qu’excitant.

— Et qu’aimerais-tu savoir ?

Le barman s’approche pour ramasser une bouteille. Théo attend qu’il s’éloigne pour répondre.

— Il serait préférable d’attendre que nous soyons à table pour entamer cette discussion. J’adore te faire rougir, mais tu ne me diras rien si nous ne sommes pas un minimum au calme.

Et le serveur dont la tenue est à la hauteur de ce lieu luxueux ne tarde pas à nous offrir ce calme en nous invitant à notre table. Nous y prenons place et Théo jette un petit coup d’œil autour de nous.

— Voilà qui est parfait !

Il reprend un peu de son scotch avant d’adopter une posture déterminée. Il est prêt à en découdre.

— Alors, Ava, j’aimerais bien en apprendre plus sur toi.

Faisant courir son doigt sur son verre, il me scrute d’un regard profond.

— Et plus précisément sur le chemin que tu as parcouru pour en arriver à te transformer en dominatrice.

— Je… euh… je n’ai pas… bafouillé-je face à cette curiosité de Théo.

Comment lui parler de cela sans évoquer Molly ? C’est un détail de sa vie qu’elle tient à garder pour elle.

— Commençons par le commencement, poursuit-il. Parle-moi de ta première fois.

Le sourcil haut, je l’examine.

— Qu’est-ce qui peut y avoir d’intéressant là-dedans ?

— Toi ! C’est toi qui me fascines !

Évoquer ma vie personnelle et mes relations passées n’est pas un exercice dont je raffole. Il y a si peu à dire…

— C’était à l’université, j’avais dix-neuf ans…

— Dix-neuf ans ?

Ma réponse l’étonne.

— Si tu te moques de moi, je ne dis plus rien.

Eh oui, c’est un sujet un peu sensible pour moi : le néant de ma vie sexuelle.

— Ce n’est pas mon intention, mais je trouve ça un peu surprenant.

— Pourquoi ?

— Parce que nous ne vivons pas dans un monde où je suis le seul type à bander en te voyant, c’est une certitude. Mais continue ton histoire !

— J’ai suivi Mack dans une soirée où elle devait rejoindre son copain du moment. Finalement, je me suis retrouvée seule. Un étudiant est venu me faire des avances et j’ai…

Je hausse les épaules.

— J’ai accepté, avoué-je le nez dans mon verre.

— OK…

— On a fait ce qu’il y avait à faire et je suis rentrée dans ma chambre. Il n’y a rien de plus à dire.

— C’est… romantique, dit-il en s’intéressant à son verre de scotch.

— Mais vas-y, Théodore, raconte-moi à quel point tu as débordé de romantisme avec ta première partenaire.

— Moi, je suis un mec ! La définition du romantisme est loin d’être inscrite dans nos gènes.

— Un raccourci si arrangeant…

Un peu tendue par cette conversation qui me place devant mes erreurs au goût amer, je pianote nerveusement contre la table.

— Voyons si tu as mieux !

Un rictus en coin, il s’éclaircit la gorge.

— J’avais seize ans et j’étais en voyage au Canada avec l’école. Sur place, nous étions encadrés par une équipe d’animateurs et parmi eux, il y avait une fille vraiment belle. C’est avec elle que j’ai perdu ma virginité.

— Une animatrice de voyage scolaire ?! dis-je choquée.

— Elle devait avoir genre vingt ans.

Il joue des épaules.

— En fait, je ne sais pas vraiment. J’avais les hormones en feu, elle savait jouer de ses charmes. J’ai tenté ma chance et ça a marché.

Il prend une nouvelle gorgée.

— Mais de toi à moi, je doute lui avoir laissé un souvenir impérissable.

— Vraiment ?

— Je n’avais jamais vu une nana à poil. Tu penses bien que je n’ai pas tenu plus de cinq minutes…

— Ce n’est pas très légendaire tout ça, dis-je moins farouche.

— Ou alors, c’était médiocrement légendaire, ricane-t-il en gâtant d’un clin d’œil.

Je l’imite, surtout parce qu’il n’a pas peur de rire de lui.

— Qu’elle a été ta relation la plus longue ? continue-t-il de me questionner.

— Il y a eu Joshua avec qui je suis sortie pendant plusieurs mois, mais j’ai fini par rompre. Je n’étais pas amoureuse.

— C’était quand ?

— À l’université, aussi. J’ai rompu un peu avant d’obtenir mon diplôme.

— Donc, c’est assez récent !

— Oui.

— Et avec lui, c’était comment au lit ?

J’écarquille les yeux comme des soucoupes.

— Une nouvelle fois, je me demande bien quel intérêt à cette question.

— J’essaie de te cerner. J’ai la vague impression que ma dominatrice n’a jamais vraiment eu une vie sexuelle très épanouie.

Il disparaît dans son verre pour y marmonner.

— Et pas qu’à ce niveau-là à mon avis…

— Quoi ?

Il revient vers moi tout sourire.

— L’endroit le plus exotique où tu l’as fait ?

— Josh était très traditionnel, dis-je honteuse de n’avoir rien de palpitant à partager avec Théo.

— Tout ce qui excite les filles quoi !

— Un jour, on l’a fait sur la table de la cuisine, chez ses parents…

— Arrête ! Tu vas me faire jouir avant que le jeu n’ait commencé, dit-il avant d’éclater de rire.

— Ce que tu peux être bête, bougonné-je.

Je me renfrogne sur ma chaise et l’arrivée du serveur qui vient s’enquérir de notre commande est l’aparté rêvé pour me ressaisir et tenter d’oublier la nullité de ma vie intime.

Lorsque nous nous retrouvons de nouveau seuls, Théo redevient plus inquisiteur.

Mais quelle idée j’ai eue ? pesté-je contre moi-même.

Jouant de son index contre ses lèvres, il m’étudie très sérieusement.

— Voilà qui explique bien des choses…

— Tu peux être plus clair ?

— Tu avais sacrément besoin de pimenter ta vie, alors, comme il y a toute cette attraction entre nous, ça t’a donné des idées.

Je reçois un autre de ses clins d’œil provocateurs.

— Flatté de pouvoir vous rendre ce service, miss Bailey.

— Je trouve que ce débordement d’orgueil tombe à point nommé, monsieur Allen.

— Vous aurais-je agacé ?

— Si peu, dis-je dans un sourire affable. Mais il me tarde de monter dans la chambre et que nous débutions ce nouveau défi.

— Si c’est aussi excitant que la semaine…

— Tu as tort de croire que tout sera aussi simple que samedi dernier, Théodore. Le but est de nous tester !

— Je vous en prie, ma dominatrice, testez-moi ! Je suis un compétiteur par nature, j’aime les défis, surtout quand la récompense est aussi belle.

— Il faudra tenir la distance avant d’en arriver là…

— J’en ai bien l’intention et ça sera plus exotique qu’une table de cuisine.

— Encore une fois tu parles sans savoir.

— Eh bien, dis-moi de quoi il retourne, me défie-t-il.

Me penchant sur la table pour m’enfoncer dans ses iris noirs, je desserre les lèvres :

— Un homme d’expérience tel que toi doit connaître le bondage.

Son regard s’embrase. Amusée par sa réaction, je me lève et lui tends la main.

— Suis-moi dans la chambre, s’il te plaît. Je vais t’expliquer le déroulement de notre soirée.

Sans perdre une seconde, il pose sa serviette sur la table et accepte la main que je lui offre. Il se redresse et m’attire contre lui, ses lèvres épousant les miennes.

— Je suis tout à toi.

C’est main dans la main que nous nous rendons au premier étage de l’hôtel après avoir stipulé à notre serveur que nous prendrons notre dîner dans la chambre.

Pour ce soir, j’ai loué l’une des plus belles suites de cet établissement haut de gamme. Je suis émerveillée en découvrant, en même temps que Théo, la pièce où nous allons passer la nuit : une grande baie vitrée nous offre une vue imprenable sur la baie de Seattle et, dans le petit salon, un feu de bois se consume dans la cheminée. Sur la table basse repose un plateau contenant, comme je l’avais demandé, une bouteille de champagne dans son seau, deux coupes et des fraises.

Je laisse un Théo très curieux découvrir les environs et m’occupe de nous servir avant de m’installer dans le sofa.

— Joins-toi à moi, s’il te plaît.

Théo s’assied et accepte la coupe que je lui tends, mais il est bien trop affairé à me détailler pour trinquer avec moi.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— En fait, je me demandais où tu caches ta corde. J’adore tes tangas, mais ils sont trop minimalistes pour la contenir.

Je ris.

— Je ne l’ai pas sur moi, alors arrête de me mater comme ça. Je voudrais qu’on aborde sérieusement le déroulement de notre soirée.

— Je suis tout ouïe.

— Le bondage est une pratique qui peut s’avérer risquée si on ne le pratique pas avec précaution. C’est pour cette raison que j’ai demandé à une amie de nous rejoindre. Elle est experte dans ce domaine.

— Je vois…

Je sens à son intonation qu’il est déçu.

— Ça ne va pas ?

— C’est seulement que j’espérais t’avoir pour moi seul.

— Et c’est ce qui va arriver, une fois que Judith t’aura préparé.

— Me préparer ? dit-il curieux.

J’arbore un sourire vainqueur.

— Elle va t’attacher afin que je puisse faire de toi ce que bon me semble.

— N’est-ce pas toi qui disais tout à l’heure que tu ne voulais pas que je me sente utilisé ?

— C’est pour cette raison que je t’ai invité à dîner. Pour compenser…

— Tu es trop généreuse, me taquine-t-il.

— Théo, es-tu d’accord pour te faire ligoter ?

— Je peux me permettre une question ?

— Bien sûr !

— Puis-je savoir le but de cette nouvelle épreuve ? Dans quelle mesure elle peut nous aider ?

— C’est une histoire de confiance et d’abandon. Tu devras te mettre dans une situation de vulnérabilité et j’ai besoin de savoir si tu en es capable.

— Alors il me tarde que ton amie arrive pour te le prouver…

Il ne faut pas attendre longtemps avant que cela n’arrive. Nos coupes à peine finies, Judith toque à la porte de notre chambre. Je la salue avant de la faire entrer et de lui présenter Théo.

Judith est une femme gentille et douce. Si bien que je sais qu’elle sera le mettre à l’aise lorsqu’elle le ligotera.

J’ai un très bon souvenir de notre première rencontre. Nous avions dîné dans un restaurant de Seattle. Molly était là pour nous accompagner. Très vite, j’ai compris qu’elle maîtrisait bien son sujet et cela m’a mise en confiance. J’avais parlé avec Molly et lu beaucoup de choses sur le bondage et, jusqu’à cette soirée avec Judith, je n’étais pas certaine de vouloir réaliser cette épreuve avec Théo, mais après deux heures de bavardages, je ne rêvais que d’une chose : lui, avec une belle corde noire parcourant son corps nu. La perspective de pouvoir agir à ma guise tandis qu’il serait attaché est des plus attrayantes.

— Es-tu prêt, Théo ? se renseigne Judith après avoir échangé quelques politesses.

— Je le suis.

Je tends la main vers lui.

— Viens avec moi.

Dans la chambre attenante au salon, nous trouvons un lit en bois de style romantique et une décoration aussi renversante que le reste de la suite avec ses tapisseries au mur, ce mobilier chic et ces jolis tableaux.

Dans cet espace chaleureux, je m’intéresse à mon beau Théo, à sa veste plus précisément. Je commence à la faire glisser le long de ses bras.

— Je vais m’occuper de te déshabiller, si tu m’y autorises.

— Bien volontiers.

— Judith va nous rejoindre dans une minute.

Théo se penche à mon oreille.

— Ce qui implique qu’elle va me voir nu.

— Et je n’ai rien vu chez toi que tu aurais besoin de cacher, tu sais...

— Et cette idée ne te dérange pas ?

— Après la semaine dernière, ça serait étonnant, non ?

— Sauf qu’elle va me toucher, ses mains vont parcourir mon corps.

— Arrête de faire le malin, lui dis-je, en déboutonnant sa chemise. Et tâche de ne pas rougir.

— Il n’y a que toi pour me faire rougir, Winy, souffle-t-il à mon oreille.

Cette proximité, son souffle sur ma peau, sa voix empreinte de désir et le plaisir que me procure la sensualité de ce moment ont tendance à descendre dangereusement entre mes cuisses.

— Théo...

— Ça ne te rend pas dingue de savoir qu’elle va se balader sur ma peau dénudée.

— Te rappelles-tu ce dont nous avons parlé plus tôt ? Je vais t’attacher et tu seras à ma merci.

— C’est le passage que je préfère, s’amuse-t-il tandis que je défais sa ceinture.

En quelques secondes, le voilà nu comme un ver au milieu de la pièce et Théo n’est pas vraiment en mesure de me cacher combien notre petit jeu l’émoustille.

— Impatient, monsieur Allen ? le titillé-je sans oublier de faire glisser mes doigts non loin de sa légende.

— Ava, siffle-t-il entre ses dents.

Je continue de le narguer.

— Un problème ?

Il rugit avant de refermer sa main sur ma nuque pour presser sauvagement nos bouches l’une contre l’autre. Aussi proche de lui, je ne peux pas passer à côté de son sexe pressé contre mon ventre.

— Théo, grogné-je dans sa gorge en enfonçant mes ongles dans ses flans.

— Je t’ai attendue toute la semaine, m’avoue-t-il à bout de souffle, en relâchant lentement ma lèvre entre ses dents. Tu m’as manqué…

— Toi aussi, susurré-je sans réussir à me détacher de lui.

Il empoigne mes fesses pour me capturer entre ses mains quand on se racle la gorge à l’entrée de la chambre. Une présence qui nous contraint à nous éloigner.

 

OceanofPDF.com