Seven : Le jeu de tous les péchés (French Edition)
prévenance et son sens de l’humour m’a…
De très haut
prévenance et son sens de l’humour m’a fait un bien fou. Finalement, j’ai Mon déjeuner avec Jacob a été une véritable douceur dans ma journée au début chaotique. Cet homme est charmant, d’une grande traîné un peu plus que je ne l’envisageais en sortant ce midi, mais mon moral était bien meilleur lorsque je suis revenue au bureau. J’ai abandonné Jacob au pied de Bailey, où il y avait laissé sa voiture.
Comme en quittant le bureau, je ne croise personne et ça arrange bien mes affaires. Je veux discuter avec Théo et tenter de trouver des réponses aux nombreuses questions que je me pose à son propos, mais pas ici. Le mieux est que nous ne mélangions plus le travail et ce que nous vivons tous les deux afin de tenir mon père à l’écart de notre histoire – au moins le temps qu’il se fasse à l’idée. J’aimerais aussi comprendre pourquoi il ne m’a pas prévenu de son retour, qu’il me raconte comment mon père a fini par changer d’avis sur le sujet. Le petit bonus serait de comprendre ce qu’ils se reprochent l’un et l’autre.
Je me replonge dans la lecture des CV en rentrant du restaurant, Je suis bien décidée à me rendre chez Théo après le travail.
C’est motivée et persuadée d’obtenir tous ces éclaircissements que je me gare près de l’immeuble de Théo quelques heures plus tard.
J’ai acheté une bonne bouteille de vin pour que cette discussion soit davantage un échange posé autour d’un verre qu’un véritable règlement de compte. Je ne veux pas qu’il le vive ainsi et qu’il se mette sur la défensive.
Arrivée près de la porte de son bâtiment, j’ai la chance qu’un voisin sorte et me laisse une occasion de me faufiler dans le hall. Je m’engouffre dans l’ascenseur. Fière de pouvoir le surprendre et d’apporter un peu de légèreté à notre soirée, je toque à sa porte et attends avec impatience qu’il vienne m’ouvrir. Ce qu’il ne tarde pas à arriver.
— Salut ! m’enthousiasmé-je ravie de mon effet de surprise.
— Ava ?
Il ne devait pas s’attendre à recevoir ma visite après ce qui s’est passé en salle de réunion. Je brandis la bouteille de vin.
— J’ai pensé qu’on pourrait bavarder.
Mais ma suggestion semble le gêner, pas l’emballer.
— Ce n’est peut-être pas le bon moment.
— Pardon. J’aurais dû te prévenir, mais j’ai pensé que…
Je soupire avant de me rapprocher de lui. Ma main entre en contact avec les formes délicieuses que dissimule sa chemise.
— Te voir ce matin a été un choc. Tu ne m’as rien dit de ton retour et je n’ai pas su comment le prendre. J’aimerais qu’on en discute.
— Pas maintenant…
— Il y a un problème ? le questionné-je en sentant sa réticence.
Non, parce que je suis là devant lui, je le supplie que nous parlions de nous et il me laisse sur le pas de la porte quand même…
— Théo ? insisté-je devant son silence.
Il referme la porte sur lui après un coup d’œil vers le couloir de sa chambre.
Attention, Ava ! s’agite ma Betty. Il y a quelque chose qu’il ne veut pas qu’on voie !
— S’il te plaît, Winy, plus tard.
— Qu’est-ce que tu me caches ?
Mais Théo n’a pas le temps de me donner la moindre explication, une voix féminine résonne dans l’enceinte de son appartement :
— Hé, Allen ! Tu as une serviette à me dépanner, j’ai oublié la mienne.
Mes yeux vont et viennent sur Théo. Je le regarde, je l’interroge, je l’implore, je lui hurle de… De quoi ? De ne pas me briser, de ne pas me mentir, de me dire que tout ça n’est qu’une erreur ?
L’air pitoyable, il pousse la porte et je découvre la femme qui vient de parler.
Et quelle femme !
Clairement, on ne joue pas dans la même catégorie, ma petite Ava, constate ma Betty.
Comme si j’avais besoin de te l’entendre dire pour m’en rendre compte ! répliqué-je.
Je n’ai rien à mettre en comparaison avec une femme de cette trempe. Elle est somptueuse, athlétique, avec des formes qui doivent faire tourner toutes les têtes. C’est une magnifique rousse à la chevelure parfaitement lisse. Elle porte une jupe droite et un caraco qu’elle devait porter sous un chemisier qui n’est plus là pour cacher cet opulent décolleté.
— Oh… bonsoir, dit-elle à mon intention.
— Je… bégayé-je en me détournant d’elle pour m’intéresser à Théo qui reste planté là sans bouger, sans sourciller.
— Tu aurais dû me dire que tu attendais de la visite…
J’adresse un sourire nerveux à cette jeune femme dont même la voix est ensorceleuse.
— Je crois surtout qu’il ne comptait pas en avoir !
— Ne fais pas ça, s’il te plaît, mâchouille-t-il en relevant la tête vers moi. Ava…
Je fais un pas vers lui et lui colle la bouteille de vin dans les bras sans lui cacher toute la déception qu’il m’inspire.
— Je te laisse ça pour fêter ton retour chez Bailey.
Je lance un dernier regard à son invitée.
— Passez une bonne soirée !
Je tourne les talons et quitte son appartement. J’aimerais courir et disparaître le plus vite possible, mais ma dignité me somme de ne pas flancher maintenant quand il pourrait me voir. Pas encore.
Ce n’est qu’une fois en sécurité dans l’ascenseur, à l’abri de son regard que je laisse le champ libre à ces larmes qui me brûlent les yeux.
Les larmes d’une idiote ! m’accablé-je. Tu es toujours cette gamine stupide et naïve. Cinq ans après, malgré l’humiliation qu’il t’a déjà fait subir, tu es encore là à espérer lui plaire ?!
— Je suis encore pire, balbutié-je, le visage dans mes mains.
Eh oui, ma vieille ! dit Betty avec compassion. À l’époque, tu ignorais ce dont il était capable. Mais aujourd’hui, c’est quoi ton excuse pour t’être vautrée dans ses bras aussi honteusement ?
***
Rentrer sur Terry Avenue me demande un temps fou et une attention particulière à cause de ces larmes incessantes. J’ai beau me fustiger, me dire qu’il ne les mérite pas, je n’arrive pas à chasser ma peine et ce sentiment de trahison. Son indifférence, ce matin, prend tout son sens. Comment ai-je pu être aussi stupide ?
J’ai le commencement d’un début de réponse, mais tu n’aimeras pas, me dit Betty en grimaçant.
Alors, tais-toi !!! lui ordonné-je.
Comment ai-je pu baisser ma garde aussi rapidement ? J’ai perdu de vue mon objectif en arrivant à Seattle : lancer Romance. Au lieu de cela, je me suis oubliée dans ses bras et j’en paie le prix, ce soir. Celui de la désillusion et d’une nouvelle humiliation.
Cette fois, c’est bien plus douloureux, car l’espace d’un instant, j’ai pensé que nous allions vivre quelque chose de fort, d’authentique. Il m’a offert de l’espoir et mon cœur de midinette vient de prendre un sacré revers. C’était comme une revanche sur mes blessures passées, sur notre première rencontre. Et me voilà douloureusement rappelée à l’ordre de ma réalité : je ne suis qu’Ugly Betty…
Hé ! Tu dis ça comme si c’était un gros mot ! rouspète-t-elle. Arrête de me voir comme ta faiblesse et fais de moi ta force !
Je me donne une apparence correcte avant de pousser la porte de mon appartement. Mackenzie est là et je vais attiser sa curiosité avec mes yeux rougis et larmoyants. Je pourrais filer dans ma chambre en prétextant une migraine ou je ne sais quoi, mais aujourd’hui, elle a fait sa première journée à la banque et je ne peux pas ignorer cet évènement majeur dans sa nouvelle vie.
Comme je le redoutais, Mack m’attend au salon avec une bouteille de vin et deux verres vides posés sur la table basse. Emmitouflée dans un plaid, elle feuillette un magazine.
— Salut, ma poupée !
Et pour couronner le tout, elle n’est plus fâchée. Il faut dire que ce n’est pas dans nos habitudes de le rester.
— Coucou…
— J’ai cru que tu ne rentrerais jamais.
— Pardon, dis-je en ôtant mes chaussures et mon manteau. Je lisais un manuscrit et j’ai perdu la notion du temps.
Mack abandonne sa place et s’occupe de nous servir.
— J’avais mis le vin dans la glace.
— Je… bredouillé-je un peu perdue. Je peux prendre cinq minutes pour me doucher et me changer ? J’en ai plein les bottes, ce soir.
Quelle idée de génie ! Cette douche va me rafraîchir.
— C’est bien ce que je disais à ton père : c’est carrément barbant de lire des romans toute la journée.
Je ricane.
— Pour toi sûrement, moi j’adore.
— Toi et ton cœur en guimauve, se moque-t-elle gentiment.
Elle tapote son index sur son nez.
— Il a eu du flair papounet en pondant une collection à l’eau de rose pour son ange.
— C’est bon, tu as fini ? marmonné-je sans vraiment me vexer de recevoir ses railleries.
— Allez, va te doucher ! Le vin ne sera plus assez frais.
— J’arrive.
L’eau devrait me permettre d’effacer les traces laissées par mon chagrin et tenir les questions de Mack à bonne distance. Je viens d’aborder le couloir donnant sur les chambres quand elle me hèle.
— Oui ?
Si j’en crois son air navré, je vais assister à son mea culpa. Ce qui n’est pas idéal vu les circonstances et mes nerfs à fleur de peau.
— Je m’excuse pour samedi soir. Je n’aurais jamais dû m’adresser à lui de cette manière.
Jouant avec la couture du coussin qu’elle tient entre ses mains, elle poursuit :
— J’ai toujours été honnête avec toi et je pense que tu fais une erreur en accordant ta confiance à Théo.
Ne craque pas, Ava, sois forte ! m’encouragé-je en silence.
— Maintenant, c’est à toi de voir ce que tu veux faire…
Pendant une fraction de seconde, mes lèvres me démangent de lui révéler ce que je viens de découvrir en allant chez Théo et de lui confier combien je me sens nulle d’être à nouveau tombée dans le panneau, mais je les garde scellées et me contente de lui répondre :
— Théo est revenu aujourd’hui…
— Quoi ?
— Mon père l’a repris, apparemment.
Elle fronce les yeux.
— Apparemment ? Tu n’étais pas au courant ?
Je secoue la tête.
— Que ton père ne t’en parle pas, OK ! Mais c’est bizarre que Théo ne t’ait rien dit.
— Je crois qu’il veut calmer le jeu entre eux et ce n’est pas en fricotant avec sa fille que ce miracle se produira.
— Donc, vous allez prendre un peu de distance, c’est ça ?
Mon cœur se serre dans ma poitrine.
Et pas qu’un peu ! affirme ma Betty de son air vindicatif.
— Je dois me concentrer sur Romance et mon père s’est mis en tête de faire de moi l’héritière du trône. J’ai besoin d’y aller doucement…
— S’il doit ressortir quelque chose de positif de cette histoire avec Théo, prendre votre temps ne vous portera pas préjudice. C’est même un très bon test.
— Un bon test, murmuré-je accoudée au mur.
— Pour voir ce dont il est capable de réaliser pour toi et le sérieux avec lequel il considère votre relation.
Oh ! Mais je sais maintenant avec clairvoyance le sérieux avec lequel il prend notre histoire !
— Pour le moment, je vais aller me doucher, me passer un truc confortable avant d’écouter le récit de ta journée en buvant un bon verre de vin.
— Je nous commande des sushis, ça te tente ?
Je grimace.
— Compte tenu du fait que tu connais tous mes péchés mignons et tous mes vices, tu n’as pas peur que notre vie commune devienne vite ennuyeuse ?
— Toi et moi ennuyeuses ? IM-PO-SSIBLE !
— Je reviens dans une minute, lui dis-je dans un sourire tendre. Je t’aime, Mack.
— Moi aussi, ma poupée !
Je file en direction de ma chambre en priant pour que l’eau chaude m’aide à me défaire de cette impression de honte que je me trimballe depuis ma visite chez Théo.
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