Une confession

de Bure · Chapitre 8 sur 83

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Une confession

Chapitre 9

Il m’a rappelée. Il me propose de l’accompagner au Louvre. Il fait beau, j’ai ma journée devant moi, et j’aime l’idée d’arpenter les salles du musée avec lui. Nous y passons trois bonnes heures, avec de multiples pauses devant les toiles de la Renaissance italienne. Le retable de Giotto et son célèbre saint François, le Couronnement de la Vierge de Fra Angelico, la Bataille de San Romano d’Uccello, Mantegna et son saint Sébastien attaché à sa colonne, le corps transpercé de flèches. Nous nous attardons devant les fresques de Botticelli, et enfin sur le Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci qui annonce, dans la salle suivante, La Joconde et son mystère. Avant de quitter le musée, il m’offre une carte postale.

En sortant de la pyramide, nous allons prendre une tasse de thé et un gâteau. On n’entre pas avec un homme dans la douce atmosphère d’un salon de thé comme ça. Il faut une relation paternelle ou amoureuse. Dans le partage désuet d’un thé et d’un gâteau, il y a quelque chose d’intime. Il règne un parfum de passé et de grand-mère, une ambiance feutrée de coin du feu et de vieilles pierres. Il me parle de son enfance dans une petite ville de province, de sa famille, de ses rêves et de ses désillusions. Le jour a décliné lentement, nous ne nous en sommes pas aperçus.

Connaissez-vous cet étrange sentiment de proximité qui survient quand rien ne nous y préparait ? Cette espèce de bien-être cotonneux, la douce ivresse que procure le sentiment d’être pleinement compris, que les mots de l’un font écho au cœur de l’autre ? Celui de converser avec quelqu’un qui nous ressemble, un autre soi-même qui n’est ni tout à fait soi, ni tout à fait autre ?

« Dans la confidence amicale, écrivez-vous dans ce premier livre que vous m’avez offert, Une femme dans la maison, ce qui soulage, ce n’est pas seulement ce qui est donné dans l’ordre du secret, mais ce qui est reçu aussi du secret de l’autre. Et alors, ô surprise ! vous vous apercevez que lui aussi souffre du même mal. C’est le beau fruit de cette double confiance : on y est lié par la complicité de deux faiblesses, qui alors font une force. »

Nous sortons à la nuit tombée et remontons à pied jusqu’à la place Saint-Michel. Le simple fait de marcher près de lui sous le seul éclairage des réverbères me transporte ailleurs. Nous sommes deux touristes, nous sommes en voyage de noces, nous allons dîner dans un petit restaurant charmant qu’il aura repéré dans un guide, avant de regagner notre chambre dans cet hôtel du e XVI siècle qu’il aura choisi pour abriter notre première nuit d’amour… Je rêve, il me parle et je n’écoute plus. Mon esprit s’échappe, mes idées se brouillent, ses mots se perdent, se dépouillent de leur sens et vont finir dans une espèce de lointain brumeux où je ne les entends plus.

Il me demande de l’accompagner jusqu’au métro. Son baiser s’attarde un peu sur ma joue, il effleure ma main, nos peaux peinent à se détacher.

Je remonte seule le boulevard Saint-Michel. Il est 18 heures. J’ai oublié l’école. Devant la porte de chez moi, une amie m’attend avec son fils, et le mien. « Mais où as-tu donc la tête ? » me demande-t-elle.

Je ne sais plus où est ma tête.

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