Une confession

de Bure · Chapitre 28 sur 83

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Une confession

Chapitre 30

Fin juin. Il part. Deux mois en Provence, avec elle.

Il m’appellera, il promet.

Paris se vide. Il part et je suis perdue.

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Vous aviez, sur votre bureau, un vieux poste de téléphone. On composait encore les numéros en tournant le cadran de l’index. Le bruit que faisait le disque de plastique en revenant à son point de départ me plongeait chaque fois dans la maison de mon enfance. La sonnerie aussi, sourde et vibrante, était d’époque.

Vous aviez une manière très personnelle de terminer une conversation téléphonique. Une fois que vous aviez dit ce qui était à dire, vous raccrochiez. Peu vous importait que votre interlocuteur – qu’il fût évêque, politique, journaliste ou anonyme n’y changeait rien – ait autre chose à ajouter. Et si, bien élevé et respectueux, il s’attardait un peu afin de prendre poliment congé, un « clang » brutal lui signifiait qu’il était vain de poursuivre, vous n’étiez plus là.

Souvent, vous n’aviez pas encore achevé votre phrase que déjà votre main s’avançait pour reposer le combiné sur le poste. Les premiers temps, cela m’avait surprise. Puis je m’étais habituée. Par la suite, il m’arriverait plusieurs fois de rassurer un malheureux journaliste se plaignant que vous lui ayez « raccroché au nez ».

Parfois aussi, vous ne répondiez pas, quand vous ne débranchiez pas tout simplement la prise pour avoir la paix. Souvent, lorsque nous travaillions, vous me demandiez de prendre la communication et de prétendre que vous n’étiez pas là. Ce que je faisais.

– Je suis désolée, mais Jean Guitton est absent. Puis-je prendre un…

– Qui était-ce ? interrogiez-vous alors, à vingt centimètres du combiné, avant même que j’aie pu terminer.

Je vous ai également entendu dire vous-même que vous n’étiez pas là…

– Oh, écoutez, Jean Guitton est souffrant, annonciez-vous de votre voix aiguë et reconnaissable entre toutes, il ne peut vous parler… Oui, c’est ça… répondiez-vous en tendant déjà votre bras pour raccrocher alors que j’entendais encore l’autre au bout du fil qui tentait de faire passer un message.

Ou pour refuser quelque rendez-vous « rasoir » :

– Oh non, vous savez, je suis très pris, très occupé…

Et, devant l’insistance de votre solliciteur :

– Monsieur, je suis souffrant…

Enfin, si l’autre ne lâchait toujours pas :

– Je suis bien malade… J’ai ce que les médecins appellent une mauvaise grippe, oui, c’est ça, alors le docteur me défend de sortir…

Et de raccrocher à la barbe du raseur.

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