Une confession
Chapitre 76
Il est des amours sur lesquels on peut bâtir un projet de vie. Des amours solides et raisonnables qui font un socle résistant et ferme sur lequel peuvent s’ériger des fondations, puis de nombreux étages sans que l’édifice s’écroule à la moindre fissure. Le nôtre n’est pas de ceux-là. Construire un avenir sur notre histoire serait suicidaire. Nos sentiments sont trop violents. On ne construit pas une vie sur des portes qui claquent, des tornades et des tremblements de terre. Ces choses-là sont supportables en terre étrangère, pas dans le pays où nous élisons domicile, et nous sommes tous les deux trop couards pour nous expatrier. Lui comme moi avons besoin de nous appuyer sur du stable, du connu. Nous avons choisi pour tenir nos fêlures des tuteurs résistant aux cyclones, des tiges d’acier inoxydable qui essuient les orages et nous gardent debout le temps que se colmatent nos fissures, des roseaux qui se courbent sous l’effet de nos colères mais ne cassent jamais. Qui nous ramassent, nous recollent, nous rassurent quand la folie de l’autre nous abîme et nous effraie. Lui et moi, c’est un beau voyage. Ce ne sera jamais davantage.
Alors à quoi bon ? À quoi bon ces crises, ces larmes, ces orages ? À quoi bon ces réconciliations passionnées, ces retrouvailles bouleversées ? À quoi bon nos osmoses ? À quoi bon ces risques que nous prenons d’être un jour découverts ? À quoi bon ces heures à s’attendre, à s’espérer ? À quoi bon nos impatiences et nos serments ? À quoi bon ces rêves d’impossible ? Puisque tout cela ne nous mènera nulle part. Puisque nous ne vivrons jamais tous les deux. Puisque nous sommes condamnés à ne jamais partager que des moments volés, des caresses interdites. À demeurer des malfaiteurs, des clandestins cachés dans les soutes de l’amour.
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