Une confession

de Bure · Chapitre 6 sur 83

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Une confession

Chapitre 7

Où êtes-vous aujourd’hui ? M’entendez-vous seulement, mes paroles montent-elles jusqu’à vous ? Voici qu’à nouveau je vous sens tout près de moi, et pourtant jamais nous n’avons été autant séparés. Nous sommes désormais, comme vous l’écriviez à votre frère Henri, « sur des rives différentes » ; vous sur la rive de la vie éternelle, invisible et lointaine, et moi sur la rive de la vie temporelle. Vous êtes parvenu dans « le mystère ultime », tandis que moi je continue de voir les choses « telles qu’elles paraissent dans les apparences, dans ce brouillard obscur qu’on appelle la vie ».

Et c’est bien dans un brouillard qu’il me semble voir avancer ma vie. Je ne sais plus trop où j’en suis. Mon horizon se perd dans des brumes épaisses, et de plus en plus souvent mon regard s’égare dans le vague… Cela fait tant de temps que nous ne nous sommes parlé, vous et moi. Dans les apparences, rien n’a vraiment changé. Je suis toujours mariée avec celui que vous avez connu. Mon enfant grandit, j’ai une vie de famille que l’on dit épanouie. Je ne suis plus employée « dans la maison Payot » comme vous l’appeliez, la vie de bureau me lassait. Je travaille désormais chez moi et n’en retire, il me semble, que des avantages. Je devrais être heureuse.

Pourtant, je crois que j’ai toujours gardé l’âme errante de l’éternelle insatisfaite. Je suis née mélancolique. Et plus ma vie adopte un rythme stable, plus je me sens enfermée dans une certaine normalité, et plus mon âme vagabonde. J’aime cette expression, le « vague à l’âme », pour décrire ce « sentiment d’insatisfaction, de tristesse, sans cause discernable, empreint de rêverie »…

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