Une confession
Chapitre 48
Je détestais déjà Hélène et Sophie. Puis j’ai détesté Béatrice, Virginie, Marie-Laure, Sylvie, Ana, Nathalie et tant d’autres dont j’ai oublié le nom… Aujourd’hui je déteste toutes celles d’avant moi, les anonymes dont j’ignore jusqu’au prénom mais dont je sais qu’elles ont été nombreuses. Je déteste sa femme, je la déteste d’avoir su un jour se faire aimer de lui au point qu’il ait voulu partager sa vie avec elle.
Oui, c’est vrai, vous avez raison, moi aussi j’ai aimé avant lui. Moi aussi j’ai aimé au point de vouloir « faire ma vie » avec un autre. J’ai tremblé, pleuré, cessé de manger pour un autre que lui. J’ai voulu mourir pour un mot de trop, un coup de fil qui ne venait pas, un « je t’aime » qui se faisait trop attendre. Moi aussi j’ai frissonné sous d’autres baisers, d’autres caresses. J’ai cru plusieurs fois ma vie foutue pour quelques paroles malheureuses, une promesse non tenue, un serment oublié, pensé ma mort proche à la première blessure. Moi aussi j’ai eu faim d’un autre corps que le sien, au point de vouloir le posséder pour toujours. J’ai été malade quand une autre frôlait son bras, passait la main sur sa nuque avec une familiarité de propriétaire. Mais lui dans d’autres bras, lui tendre avec une autre, c’est intolérable.
Au fond, il est votre contraire. Vous étiez fidèle. Et vous l’expliquiez d’une façon qui aujourd’hui m’éclaire sur son infidélité : « Flexible, sensible, frêle et changeant en surface, je suis immobile en profondeur, fidèle aux causes, aux amis que j’ai choisis. C’est pourquoi la fidélité m’est aisée. » Lui est immobile et solide en surface, mais dans le fond de son être il est bâti sur des sables mouvants.
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