Une confession
Chapitre 23
Je vous aimais. Certains étaient assez sots pour s’en amuser et rire grassement de notre relation, avec des plaisanteries d’un goût douteux. Mais je vous aimais. D’une manière rare, unique. Vous n’étiez pour moi ni un père, ni un grand-père, ni un vieil époux, ni un amant. Je vous aimais d’un amour étrange, désincarné, et qui, curieusement, me comblait. On dit que l’état amoureux rend beau. L’amour que je vous portais embellissait mon âme. Je me sentais belle à l’intérieur. Grâce à vous. J’étais l’objet de toutes vos attentions. D’une certaine manière, vous aviez du mal à vous passer de moi. Oh, je n’étais sans doute pas la seule ; mais j’ai l’orgueil, ou la naïveté, de penser que je fus, durant les six années que dura notre relation, la préférée.
Il n’entrait dans le couple que nous formions nulle culpabilité. Nos rendez-vous feutrés dans votre petit appartement ne lésaient personne. Je vous aimais paisiblement. Aujourd’hui, tout en vous parlant, je vous sens tout près de moi. Ces confidences que je vous livre par bribes ne sauraient être formulées à voix haute, nul autre que vous ne doit les entendre. Je chuchote à votre oreille, pourtant je sais que vous m’entendez. Votre présence invisible m’encourage, je devine vos yeux malicieux, et peu m’importe l’absence de votre corps terrestre. Entre nous, les corps n’ont jamais servi à rien. C’est pourtant bien une attirance pour un corps, celui, puissant et solide, d’un autre que vous, qui m’amène aujourd’hui à reprendre notre conversation interrompue il y a presque deux années.
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