Une confession

de Bure · Chapitre 55 sur 83

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Une confession

Chapitre 58

J’intellectualise tout, jusqu’aux sentiments. J’ai toujours pensé que mon intelligence, si souvent vantée par mes professeurs, l’emporterait sur tout et partout. Pour justifier mes actes, mes paroles, mon bon droit envers et contre tous, je ne cesse d’élaborer des suites logiques. J’interprète la moindre phrase, le moindre regard, le non-dit, l’absence, tout a un sens que, souvent, je suis seule à percevoir. Mon extralucidité supposée prend le pas sur ma lucidité et alimente ma paranoïa. Pourtant, je n’y trouve rien d’irrationnel. J’ai simplement le sentiment que mon cerveau fonctionne plus vite et mieux que celui des autres. C’est donc à eux qu’il revient de me suivre, d’emprunter le cheminement de ma pensée, et non l’inverse. Vous excelliez dans ces enchaînements de la pensée, ces déductions logiques. Descartes était un lien entre nous. Lorsque vous attrapiez une pensée dont vous vouliez dérouler le fil menant à une conclusion logique, vous fermiez les yeux et entriez dans une espèce de transe intellectuelle. J’étais fascinée. Jamais il ne me serait venu à l’esprit de vous interrompre. De toute façon, vous ne m’auriez pas entendue. Le maniement des idées vous mettait dans un état second. Après vous avoir écouté et m’être efforcée de vous suivre, j’étais moi aussi épuisée, lessivée, comme droguée.

Aux reproches qu’il me fait, j’oppose mes déductions en série. Je ne lâche pas, je l’accuse, lui envoyant à la figure mes arguments que je juge imparables, comme autant de gifles qui rendent l’atmosphère irrespirable. Sa défense est pitoyable, il revient en arrière, met à mal mes pensées qui pourtant s’emboîtent parfaitement, il ne s’en sort pas, alors il ne me laisse pas finir mes phrases, veut m’interrompre, se met à crier, je crie plus fort et je continue, il n’en peut plus et je continue, il va raccrocher et je continue, il va claquer la porte et je continue. Je suis déjà à moitié morte et je ne lâche pas, jamais, je poursuis ma logique implacable, elle s’emballe, devient folle, le rend fou. Je vais trop loin, je risque de le perdre, je le perds, je le sais et moi aussi ça me rend folle, je hurle, il hurle, on ne s’entend plus… On ne s’entend plus.

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