Une confession
Chapitre 55
Vous faisiez preuve d’une grande ouverture d’esprit. Je vous trouvais même parfois les idées larges. Comme, par exemple, ce jour où vous m’aviez dit, certes en riant, à propos du pape de l’époque : « Jean-Paul II est sans doute le pape qui connaît le mieux les hommes. J’ignore s’il a couché avec des femmes, mais ce serait très souhaitable ! »
À côté de cela, un rien pouvait vous choquer. Pour me montrer à quel point votre belle-sœur était « un monstre », vous me racontiez que, lors de l’insertion du faire-part de décès de votre frère Henri dans Le Figaro, elle avait volontairement omis de vous faire figurer parmi ceux qui « ont la douleur de… ».
À l’inverse, certains péchés que je croyais « mortels » paraissaient vous amuser, ou en tout cas ne guère vous choquer. Cela ne semblait pas vous émouvoir, par exemple, qu’Althusser eût, d’après vous, « trompé Hélène tous les jours » dans la dernière partie de sa vie. C’était pourtant commettre le péché d’adultère, qui n’a pas la réputation d’être véniel ! N’est-il pas l’un des sept péchés capitaux ?
« Les péchés ressemblent à des maladies, expliquez-vous à l’enfant qui vous interroge dans votre Petit Catéchisme. Il y a des maladies toutes petites, comme un rhume. Il y a des maladies plus graves, comme la coqueluche. Il y a des maladies qui font craindre la mort. »
Ainsi donc, en vous omettant sur un faire-part de décès, votre belle-sœur avait contracté la coqueluche. Althusser, lui, avait tout au plus le nez bouché.
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