Une confession
Chapitre 44
Pourquoi faut-il toujours que je noircisse la réalité, que je voie le mal partout ? Mes anticipations sont toujours négatives. « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil », écrivait René Char. « Tu n’es pas lucide, tu es parano », m’assène-t-il. La réalité est malléable. On peut la tordre, la gondoler, la rendre plus lourde ou plus légère. Certains, les optimistes dont je ne suis pas, la pétrissent comme une boule de glaise, lui donnant les rondeurs qui lui manquent, une douceur qui la rend supportable, voire aimable. Ils savent se faire du bien, ils prennent soin d’eux. Ma réalité est une pierre, un marbre dur et impitoyable ; au lieu d’en gommer les aspérités, je la taille à la serpe, j’en affûte le tranchant, j’en aiguise la lame, et tel un scalpel elle me griffe, me coupe, me cloue. Je saigne et mes blessures, que je n’ai de cesse de raviver, ne cicatrisent jamais.
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