Une confession

de Bure · Chapitre 75 sur 83

Pages du PDF

Une confession

Chapitre 78

Je le sens de plus en plus absent. Le sentiment insidieux qu’il s’éloigne me broie. Il m’appelle toujours chaque jour, me dit encore des mots tendres, pris sans doute par une habitude qui s’est installée, une sorte de rituel qui peut-être le rassure, des coups de fil calmes, sans passion, quelques minutes à peine… pour s’assurer de m’avoir encore un peu dans son lit, quand le besoin, de plus en plus rare, s’en fait sentir ? Je suis sur la défensive. Et s’il insiste encore pour passer des moments intimes avec moi et s’attache à vaincre ma réserve, dès que nous nous trouvons au milieu d’autres il semble ne plus me voir. Il ne me connaît plus. Au début de notre histoire, il ne me quittait pas d’un pas, aimait m’avoir à son côté, demeurant tout près de moi. Il est loin le temps où l’on s’interrogeait : « S’aiment-ils ? Ont-ils une histoire ? », tant notre complicité crevait les regards. Aujourd’hui, ses nouveaux amis ne savent rien de cette femme qu’ils imaginent au mieux comme une vague relation, au pire comme une étrangère. Et quand nous les croisons, au hasard d’un cocktail, il ne me présente pas. Ou si mal. En façade, je m’amuse, j’accueille les compliments de l’un, les avances de l’autre, dans l’espoir qu’un peu de jalousie ranime un feu que je sens moribond. Mais pour cela il faudrait que ses yeux se posent un instant sur moi, sur cette main qui enveloppe mon épaule, ce bras qui m’attire plus près, ces mots taquins murmurés au creux de mon oreille. Ses yeux ne me cherchent plus, ils sont happés par de nouveaux visages, de nouvelles groupies. Je ne sais plus où me mettre, que faire de moi, de son indifférence croissante, de ma souffrance que je peine à analyser. Blessure d’amour ou douleur d’amour-propre, je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne suis plus sûre de l’aimer. Rien n’est plus comme avant.

Il faudrait savoir arrêter une histoire avant qu’elle se gâche.

OceanofPDF.com