Une confession

de Bure · Chapitre 3 sur 83

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Une confession

Chapitre 4

Vous souvenez-vous de ma première visite rue de Fleurus ?

Je suis arrivée chez vous à neuf heures précises.

J’eus à peine le temps de sonner que déjà vous m’ouvriez votre porte. Était-elle même fermée, je ne le sais pas. Lors des visites qui devaient suivre, elle serait toujours entrouverte. N’importe qui aurait pu entrer. On vous le disait, ce n’est pas sérieux, on ne sait jamais, à notre époque, vous savez. Vous vous en moquiez. Lorsqu’on venait vous chercher, vous attendiez derrière la porte entrebâillée, déjà revêtu de votre manteau gris foncé, votre écharpe rouge nouée autour du cou et votre feutre vissé sur le crâne : « Allons-y ! »

 

– Vous êtes une horloge !

Ce furent vos premières paroles.

J’étais venue recenser les éditeurs qui avaient publié vos œuvres à l’étranger. D’un geste leste de votre canne vous avez pointé une porte de placard, toute proche de votre portrait de Pascal, immuable sur son chevalet : « C’est là ! »

J’ouvris le placard, prête à démarrer, bloc-notes et crayon en main. Une dizaine de volumes dégringolèrent, laissant sur ma jupe noire des empreintes grises. Cela n’eut pas l’air de vous émouvoir. Alors, relevant ma jupe, je m’assis en tailleur sur la moquette et, attrapant le premier ouvrage, m’attelai à la tâche.

Elle ne réclamait, fort heureusement, qu’une concentration minimale, un travail de l’esprit quasi nul. Car à peine avais-je ouvert le premier volume que vous approchiez un fauteuil, vous vous y posiez et, les deux mains appuyées sur votre canne devant vos genoux, vous commenciez à parler.

Vous ne vous arrêteriez que quatre heures plus tard lorsque, ayant dompté les ouvrages étrangers qui reposaient désormais sagement alignés sur les rayons du placard, mon petit bloc sous le bras, je pris congé.

Le lendemain à l’aube – il devait être sept heures du matin –, le téléphone me réveillait. Vous m’appeliez pour me remercier d’avoir mis de l’ordre dans votre maison. Peu après, vous m’avez envoyé un livre que vous aviez publié en 1961, intitulé Une femme dans la maison. Vous aviez rayé le « la » pour écrire à la place « ma ». Et, juste à la fin de la ligne de titre, « Une femme dans ma maison », vous aviez apposé trois points :

« … Véronique. »

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