Une confession

de Bure · Chapitre 14 sur 83

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Une confession

Chapitre 15

J’ai toujours eu l’impression que j’étais composée d’un amas de petits carrés, que mon corps était une sorte de puzzle mal assemblé, dont les pièces se désemboîteraient à la moindre secousse, une mosaïque dont la colle ne tiendrait pas. Alors mon image se disloque, je deviens floue comme le reflet mouvant du couchant dans les plis de la rivière. Ma stabilité est fragile, et dans ma tête le moindre courant d’air se transforme en une tempête qui disperse les pièces de mon puzzle, les petits carrés de ma mosaïque. Seuls des bras réconfortants peuvent me recoller, me réparer. Quand j’étais petite, c’étaient les bras de maman. Puis ce furent les bras de quelques-uns de mes amoureux, puis ceux de mon mari. Aujourd’hui encore, lui seul sait me recoller. Il y a eu d’autres hommes aussi, dont je n’étais pas amoureuse pourtant. J’ai dû cesser de voir mon psy. Sa voix chaude, ses compliments à peine voilés, son empathie, qui n’était d’ailleurs pas ce qu’on attend de ce type de thérapeute, me faisaient un bien quasi sensuel, et je n’avais plus qu’une idée, qu’il me serre tout contre son pull et m’emprisonne de ses bras. J’ai toujours eu une faiblesse inexplicable pour les hommes en pull… Aurait-il porté une chemise de coton et une veste rêche, cette attirance ne se serait peut-être jamais produite et j’aurais pu poursuivre ma thérapie. Il peut même m’arriver de désirer ce refuge dans des bras féminins. Il suffit que l’on ait eu une attention particulière pour moi, un mot, un geste auquel j’ai été extrêmement sensible, que je sois submergée par un sentiment de reconnaissance que je ne parviens pas à exprimer, pour qu’aussitôt ce besoin me reprenne, j’aspire à me blottir dans les bras de celui, celle qui a pris soin de moi. Cela ne se fait pas. Je résiste, bien sûr, et ça me fait mal. Suis-je bien normale… ?

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