Une confession

de Bure · Chapitre 58 sur 83

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Une confession

Chapitre 61

Vous me parliez souvent de l’enfer. Vous déploriez qu’aujourd’hui, au catéchisme, l’on ne mentionne plus l’enfer. L’enfer existe-t-il ? Vous n’aviez naturellement pas de réponse à cela, mais vous éprouviez une crainte irraisonnée à l’idée de vous y retrouver un jour.

Quels sombres secrets receliez-vous donc pour avoir peur à ce point d’être parmi les damnés ?

Malgré l’amour infini qui vous portait vers lui, vous en vouliez à Dieu. Vous lui en vouliez d’avoir créé le monde, sachant fort bien – étant Dieu, il savait tout – que tous les hommes ne seraient pas des saints et qu’ils n’auraient donc pas tous accès au paradis.

– Moi, si j’avais été Dieu, eh bien, à partir du moment où j’aurais su qu’il allait y avoir un seul damné, je n’aurais pas créé le monde ! vous emballiez-vous, frappant rageusement le sol de votre canne. Je serais resté dans mes pantoufles éternelles !

Bien sûr, pour vous, l’enfer n’était pas cette fosse où Satan, armé d’une fourche, pique les damnés qui brûlent au milieu des flammes. À l’enfant avec qui vous dialoguez dans votre Petit Catéchisme, vous expliquez : « Dieu a promis aux bons la vie éternelle, et il a menacé ceux qui font le mal d’une manière volontaire de la mort éternelle… On appelle la mort éternelle l’Enfer, non parce que l’Enfer est dans un souterrain, mais parce que la prison souterraine est le symbole d’une vie où l’on perd Dieu pour toujours. »

Perdre Dieu pour toujours. Cela vous terrifiait.

Heureusement, il y avait Marthe. Vous lui avez consacré un livre, Portrait de Marthe Robin, et vous l’avez citée dans de nombreux autres. Pendant vingt-cinq ans, vous l’avez visitée, vous asseyant auprès d’elle, dans les ténèbres de sa chambre, écoutant sa voix, son rire. Vous l’admiriez, vous l’aimiez. Peut-être vouliez-vous surtout vous faire aimer d’elle.

– Marthe prenait sur elle tous les péchés des damnés, m’expliquez-vous un jour d’un ton un peu léger. Jésus devait être bien content d’avoir trouvé quelqu’un comme ça ! Et elle, elle était très contente parce qu’elle sortait les damnés de l’enfer. C’était cela, Marthe. Elle vidait l’enfer !

Vous me disiez cela d’un air réjoui, vous jubiliez. Que signifiaient cette joie, ce sourire enchanté, cette exultation à l’évocation un peu simpliste de Marthe vidant l’enfer ? Aviez-vous tant de péchés dont vous débarrasser ?

Marthe vous soulageait. Elle était une assurance contre votre damnation éternelle. Un laissez-passer pour le paradis.

Y êtes-vous, au moins ?

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