Une confession
Chapitre 84
Nous avons tous un jardin secret. Notre histoire, à vous et moi, est de celles que je peux écrire et donner à lire, même si personne ne percera jamais le mystère de notre lien. Que faire de l’autre histoire, que je viens de vous confier ?
Je sais que votre oreille restera toujours attentive à mes confidences. « Les confidences soulagent, écrivez-vous, mais il faut savoir choisir. Le confident est comme une cachette où l’on dépose un trésor, fût-il douloureux. » Je vous ai livré un pan de ma vie que jamais je n’ai révélé à personne. Et vous seul savez combien ce trésor est douloureux.
« Si la confession, cette confidence du mal, peut être faite à un homme, écrivez-vous encore, c’est à un homme placé dans une attitude divine et maternelle, connaissant d’avance “ce qui est dans l’homme”, capable de “porter les péchés du monde”. » Qui, mieux que vous, pourrait être apte à entendre mon péché ? De là où vous êtes, si Dieu existe, n’êtes-vous pas le mieux placé pour intercéder pour moi ?
Vous voici donc devenu mon confesseur. Je vous parle de l’autre côté de la grille du temps. Je suis agenouillée dans l’éphémère, vous demeurez silencieux dans votre éternité. Votre silence m’apaise. Dans mon chagrin, le souvenir que j’ai de nos échanges illumine ma solitude. Au temps de nos confidences, vos paroles me rassérénaient. Aujourd’hui votre silence me console. « Consoler quelqu’un, cela ne consiste pas à lui parler ; cela peut consister à se taire avec lui, à cheminer avec lui en silence. Dans ce domaine, les paroles qu’on retient sur le bord des lèvres parlent plus clairement que celles qu’on dit. » Vous hochez la tête : « Eh oui, eh oui, bien sûr, cela est tout à fait juste… » Et de même que vous m’aviez dit quelques années plus tôt : « Eh bien, Véronique, je vais vous convertir ! », je vous entends vous lancer ce nouveau défi :
– Eh bien, Véronique, je vais vous consoler !
OceanofPDF.com