Une confession
Chapitre 39
Ne pas penser, surtout. Ne pas réfléchir. Ne pas imaginer la douleur de celui qui partage ma vie s’il venait à savoir. Lui faire mal m’est intolérable. Il n’a pas mérité ma trahison. Je me convaincs que je ne fais rien de mal. Je m’accorde juste un petit morceau de vie en dehors de lui, sans rien lui retirer de notre existence commune. J’ai besoin de vivre ma folie ailleurs pour mieux la canaliser chez moi. Une existence trop sage, trop réglée ne convient pas à mes aspirations, à mes excès ; mes tempêtes, pour ne pas détruire le climat familial, doivent trouver un exutoire au-dehors. Le grand vent ne sied pas à l’amour conjugal.
Parfois, j’ai l’impression qu’il sait. À la maison, je suis plus impatiente, plus facilement agacée. J’ai des moments d’absence, mon esprit s’évade, mes pensées m’échappent, elles vagabondent, et les retenir me coûte. Je me sens bridée et j’enrage. La nuit, j’attends qu’il s’endorme pour retrouver ma liberté. J’aime ce moment. Dans le noir, je rêve les yeux ouverts. Sans faire de mal à celui qui partage mon lit et respire paisiblement à côté de moi, je m’en vais. Pour une heure ou deux d’insomnie, je le quitte. Je vis une autre vie, un autre amour. Je m’endors pleine d’images de lui et le lendemain c’est son sourire qui me réveille, inaugurant une nouvelle journée de mensonge.
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