Le Sourire des Fées (2020)
Chapitre 22 – Former un duo
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Former un duo
Ils se sont retrouvés à quatre. Comme Antoine n’était pas très en forme, ils ont dissuadé les copains et la famille qui avaient prévu de venir durant la dernière quinzaine d’août. Le quatuor avait plutôt l’envie de faire bloc autour d’Antoine, de se réfugier ensemble dans leur cocon fait de tendresse et de tartes aux myrtilles.
Finies, les balades, les randos. Ils sont restés dans le chalet et sur la terrasse, à parler, jouer et rire ensemble. D’heureux moments qui ont permis à Antoine de mieux digérer son repos forcé. Hermance a appris le point de croix à Lou, laquelle a trouvé cela facile, mais vite ennuyeux. « C’est trop long », a-t-elle résumé au bout d’une heure.
Petit à petit, on s’acheminait vers la rentrée. Mais, avant, il y avait « Au bonheur des mômes », un festival international en l’honneur des enfants qui a lieu tous les ans, la dernière semaine d’août, et que Lou ne manque jamais. Durant quelques jours, Le Grand-Bornand devient l’Avignon des enfants, avec des spectacles jeune public de haut niveau et une animation sans pareille dans les rues du village.
Cette fois, c’est Rose, et uniquement Rose, qui accompagne Lou dans ses découvertes. Son père ne se voit pas déambuler avec ses béquilles à cause de la foule et de la fatigue. Peut-être n’a-t-il pas non plus envie de croiser certains collègues ou habitants, qui pourraient sourire de sa situation qu’il trouve lui-même ridicule. Lou ne lui en veut pas. Et puis elle voit là l’occasion de passer un peu de temps en tête à tête avec Rose !
Rose est géniale. Rose trouve toujours les mots. Elle sait la rassurer quand ça ne va pas. Comme il y a trois ans. Lou a traversé une période difficile. Même si elle est heureuse et bien dans ses baskets, elle n’en est pas moins une orpheline qui, à l’approche de ses six ans et connaissant l’histoire de sa naissance, s’est mise à considérer que si sa maman était morte, c’était sa faute à elle. « Si je n’étais pas née, elle ne serait pas morte ! » Phrase qui, à défaut d’être illogique, méritait qu’on s’y attarde et qu’on démêle le problème. Cela n’a pas été sans mal. Lou faisait beaucoup de cauchemars. Elle rêvait de sa mère et se réveillait en larmes. Il a fallu beaucoup de patience et les mots de Rose pour dépasser ce moment. Antoine n’aurait pas réussi seul à déculpabiliser sa fille. Lui-même, dans les affres de son récent veuvage, avait été tenté de penser que Lou, en un sens, était responsable… parce qu’alors il avait besoin d’un coupable à cette tragédie injuste. Cet épisode difficile pour Lou avait remué Antoine, lui avait remis dans le cœur certaines sensations désagréables. Oui, parfois, on voudrait trouver un coupable. Mais qui invoquer ? Le hasard, la malchance, la vie ? Dieu ?
Le bonheur et l’émerveillement qui se lisent sur le visage de Lou réchauffent le cœur de Rose. Quand elle la regarde, elle la revoit souvent bébé. Elle se la rappelle toute petite fille, avec ses poupées ou son gros ours polaire. Et souvent, aussi, de plus en plus souvent, elle l’imagine dans quelques années. Quelle ado sera-t-elle ? Grande question… En attendant, Rose savoure. Son visage enfantin, ses bonnes joues, sa peau de bébé, ses longs cheveux, son caractère facile, son sourire franc et sans calcul, sa voix qui déraille parfois, ses facéties… Peut-être qu’il sera difficile de renoncer à tout cela quand, dans quelques petites années, elle sera devenue une ado. Rose sent déjà poindre la nostalgie qui ne manquera pas de l’étreindre, le moment venu. L’enfance désertera-t-elle le chalet ? Sans doute. À moins que, d’ici là, Antoine et elle décident de faire de Lou une grande sœur et qu’une relève soit ainsi assurée. Pour l’instant, le sujet n’est pas d’actualité…
Ni Rose ni Antoine n’ont envie d’un autre enfant. Cela semble bizarre à certains membres de leur entourage, Simone en tête. Mais ils assument et, après tout, cela ne regarde qu’eux. Ils se plaisent dans ce trio qu’Hermance complète parfaitement. Lou les comble totalement. Peut-être aussi, Antoine, de manière très inconsciente, a-t-il peur que le sort ne s’acharne encore. Il sait bien que le risque est proche de zéro, mais la naissance de Lou reste le pire souvenir de sa vie, malgré tout le bonheur qu’il vit avec elle depuis. Il n’arrive pas à s’imaginer emmener Rose à la maternité, revivre ça… les contractions, le monitoring, la blouse bleue, le bonheur promis… Pour qu’il s’achève d’un coup de hache ?
Quant à Lou, elle ne pose jamais la question d’un petit frère ou d’une petite sœur. À croire qu’elle n’en souhaite pas et qu’elle veut garder rien que pour elle Rose et son père. Elle a tout d’une fille équilibrée et comblée.
Rose n’éprouve pas l’envie spéciale d’être mère, et son ventre pas le besoin de couver… Son rôle, Lou, si merveilleuse, la comblent déjà. Peu lui importe ce que pensent ses parents ou les autres, c’est ainsi. Et puis elle aura bien le temps de changer d’avis, si jamais…
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