Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 33 sur 75

Pages du PDF

Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 33 – Parler de tout

– 33 –

Parler de tout

 

Durant le trajet du retour, Antoine et Rose évoquent la grossesse de Manon.

– Tu es déçue qu’elle ait choisi Charlotte comme marraine ou je me trompe ? demande-t-il d’une voix douce.

– Un peu, concède Rose. C’est surtout une preuve de plus que ce n’est plus comme avant, que notre lien est moins évident. Nous avons toujours été différentes, elle et moi…

– Je confirme ! s’exclame Antoine, avec un petit rire.

– … Mais ça n’empêchait pas l’amitié. Or, là, c’est comme si quelque chose s’était cassé. Tu sais ce qu’elle m’a dit, quand je lui ai fait comprendre que j’étais au courant qu’elle avait choisi Charlotte ? Elle m’a dit : « Je préfère que sa marraine n’habite pas trop loin. » Comme si c’était un critère… Je suis bien la marraine de Lila !

– Est-ce vraiment si important, ma chérie ?

– Non. Je suis déçue d’une façon plus large. Franchement, je me demande ce qu’il en sera de nous, quand elle sera maman, et dans quelques années…

– Et ce qu’il en sera de leur couple ?

Rose quitte la route des yeux pour regarder Antoine.

– Toi aussi, tu as remarqué ? Ça n’a pas l’air d’aller fort, entre eux.

– Je n’ai jamais compris comment un mec comme lui pouvait être avec une fille comme elle…

– Tu ne l’as jamais appréciée, de toute façon.

– Disons que je n’ai jamais compris non plus comment toi, avec toutes tes qualités humaines, tu avais pu la supporter toutes ces années.

– Elle n’a pas que des mauvais côtés. C’est mon amie depuis toujours, ou presque. Je n’ai jamais eu de raison de rompre notre amitié, c’est tout. Quant à ce qu’ils font ensemble, tous les deux, c’est assez étrange. Pour moi, c’était une amourette de post-adolescents qui n’était pas vouée à durer… mais qui a duré. Va savoir pourquoi… L’amour ne s’explique pas toujours.

– En général, il ne s’explique pas.

– C’est vrai.

– Pourquoi je n’ai pas de marraine, moi ? demande Lou tout à coup.

– Toi ? Parce que tu n’en méritais pas…

– Mais… fait Lou en boudant, sachant bien que son père plaisante.

Antoine éclate de rire, puis reprend son sérieux.

– Tu n’as pas été baptisée, tout simplement.

– Pourquoi ?

Antoine prend le temps de choisir ses mots avant de répondre :

– Disons que j’étais trop fâché avec Dieu, après ta naissance, pour avoir envie de t’enchaîner à lui. Et après, je me suis dit que je préférais te laisser choisir. Il n’y a pas d’âge pour être baptisé. La foi, c’est très personnel. On l’a ou on l’a pas. Cela peut venir assez tard, ou ne jamais venir. On peut aussi la perdre en cours de route… La vie n’est pas linéaire, ma Lou. On peut croire en autre chose qu’en Dieu, ou qu’en le Dieu des chrétiens. Tu pourrais aussi avoir envie de devenir protestante plutôt que catholique, ou bouddhiste, ou ce que tu veux… Je n’ai pas à t’influencer dans tes choix et à t’imposer ta religion. C’est en tout cas ainsi que je le conçois, maintenant. Je préfère que tu choisisses librement, en ton âme et conscience. Voilà tout.

– D’acc.

– Chérie, arrête avec ce « d’acc », s’il te plaît…

– OK !

Antoine soupire.

– Au fait, vous comptez avoir des enfants, un jour ? Enfin, à part moi, puisque je suis déjà là !

La question de Lou les stupéfie. C’est la première fois qu’elle la pose. Est-ce qu’elle s’est retenue et n’a pas osé, depuis toutes ces années ? Ou bien l’idée lui est-elle venue seulement maintenant ? Antoine regarde Rose, qui lui sourit, curieuse d’entendre sa réponse et de voir comment il va se dépatouiller de cette question délicate.

– Ce n’est pas dans nos projets immédiats, commence-t-il. Disons qu’on est bien comme ça.

– Je vous suffis, quoi. Normal ! Je suis tellement géniale ! s’exclame Lou en éclatant de rire.

Antoine et Rose, pourtant habitués à son humour, n’en croient pas leurs oreilles. Le pire, c’est qu’elle n’a pas tort. Il y a de ça…

– Mais, papa, faudrait pas tarder quand même, parce que tu n’es plus tout jeune !

– Quarante-huit ans, fait-il, d’un ton qui veut la contredire.

– C’est bien ce que je dis : tu commences à être vieux. Sérieux, P’pa.

Rose pouffe de rire.

– Ma fille me dit que je suis vieux, et toi, tu rigoles ? lui reproche-t-il, faussement indigné.

Rose lui envoie un baiser aérien pour se faire pardonner.

– Et si je me fais baptiser, je pourrai choisir Rose comme marraine ? continue Lou, revenant sur son premier sujet.

Rose porte la main sur son cœur en souriant. Elle sait que c’est pour Lou une manière de lui montrer son attachement.

– Bien sûr, ma Lou… si tu veux.

– Parce que « belle-mère », c’est nul, comme mot. Même Gramima le disait.

OceanofPDF.com