Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 56 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 56 – Fêter l’amour

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Fêter l’amour

 

Ils sont déjà tous là, devant la mairie, nombreux et les sourires imprimés sur les visages, en attendant la voiture des mariés. On se retrouve, on se salue, on échange quelques mots plus ou moins banals, on rit un peu. Simone a déjà la larme à l’œil. Les parents de Rose et Marie-Cécile aussi. Difficile de dire s’il s’agit de bonheur ou de tristesse anticipée. Il y a, il y aura pendant tout le week-end, ce mélange insolite d’émotions contradictoires. Les futurs mariés ont bien insisté : ils veulent de la joie, de l’insouciance et faire la fête… comme pour n’importe quel mariage. Mais c’est facile à dire…

Quand la voiture des mariés arrive sur le parvis de la mairie, qu’Antoine en descend avec une seule canne (il ne trouvait vraiment pas élégant d’être soutenu par deux béquilles) et titube malgré ses efforts, le temps de contourner le véhicule, un vent de malaise s’abat sur l’assemblée. Ses proches comme les badauds le regardent avec une empathie douloureuse. Lorsqu’il ouvre la portière et tend la main pour que Rose la prenne et sorte de la voiture, un silence un peu trop lourd l’accompagne. La future mariée se redresse, lui sourit et l’embrasse. Prend son bras, pour le soutenir. Ils font quelques pas. « Bravoooo ! », crie quelqu’un dans la foule, avec un enthousiasme accompagné d’applaudissements sonores. Aussitôt, les invités imitent Arnaud. De la joie, ils ont demandé, de la joie… Celle de se retrouver tous ensemble en famille et entre amis proches, autour de ce couple magnifique qui s’aime et qui a choisi de s’unir comme pour contrer la mort, lui rire au nez.

Et la joie l’emporte.

Dans la mairie, on exulte bruyamment sous les yeux émus de l’édile qui avait personnalisé son discours pour cet enfant du pays… Même dans l’église, après des larmes à l’écoute des mots d’Antoine, on applaudira les mariés.

D’aucuns pourraient s’étonner qu’Antoine ait accepté de se marier de nouveau devant Dieu, à cause des mauvais coups que celui-ci lui avait réservés. Certes, il aurait pu se contenter d’un mariage civil. Mais non. Pour tout un tas de raisons, il avait préféré s’unir doublement à Rose. Notamment par respect de la tradition familiale et pour l’idée que sa seconde femme méritait plus qu’une sorte de sous-mariage par rapport à la première. Lorsque le prêtre a parlé des épreuves qu’ils auront à surmonter, ils ont pensé à L’Épreuve… la leur, connue, identifiée, qui a pour nom « SLA »…

« … jusqu’à ce que la mort vous sépare. »

Simone ne peut retenir un petit cri annonçant de nouvelles larmes. Antoine se tourne vers Rose et elle vers lui. Ils se disent « Oui » avec une gravité sans doute peu commune, sous les regards embués d’une assemblée conquise par la force de leur engagement.

On fête un amour et son sacrifice.

Sur le perron de l’église, les mariés sont accueillis par des pétales de fleurs lancés par une foule en délire. Antoine et Rose sont aux anges et apparaissent plus amoureux que jamais. Ils font plaisir à voir. On pourrait presque envier leur bonheur, si on ignorait qu’il sera de courte durée. Les mariés ont pris le parti de vivre pleinement chaque minute de ce week-end de fête comme ils vivent pleinement chaque minute de la vie qu’il leur reste ensemble : avec une gaieté qui force l’admiration. On les trouve forts et courageux. Lou la première. Elle a rarement éprouvé une émotion aussi intense. Voir s’unir les deux personnes qu’elle aime le plus au monde, c’est merveilleux. Poser avec eux deux, pour les photos sur le perron, aussi. Même si elle a les yeux rouges d’avoir beaucoup pleuré.

Dans la famille d’Antoine, on ne peut s’empêcher de penser à Hermance. Comme elle aurait été heureuse d’assister à cette union qu’elle souhaitait si fort ! Quelle joie doit-elle éprouver aussi, depuis le ciel !

*

* *

Entourés de tous ceux qu’ils aiment, les mariés ressemblaient à tous les mariés… Rose, dans sa robe blanche à l’élégante simplicité, Antoine dans son costume marine (il ne voulait surtout pas de noir), chacun arborant fièrement son alliance et la montrant à qui voulait. On les a vus sourire, rire, être émus… Rien n’aurait pu laisser transparaître qu’ils n’étaient peut-être pas tout à fait des mariés lambda, sauf à deux moments : quand ils n’ont pas ouvert le bal et quand Antoine est tombé, par deux fois, dans la soirée et le lendemain, provoquant un soupçon de malaise et d’inquiétude, voire de pitié – tout ce qu’il déteste. Il a préféré prendre ça à la rigolade, faire diversion par un petit trait d’humour. La joie était relancée. La fête pouvait continuer.

Même si elle était dans tous les esprits, la maladie n’a pas gâché la noce. Surtout, elle n’a pas gagné. Ce mariage sera sans doute la plus belle victoire qu’Antoine aura remportée.

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