Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 58 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 58 – Reparler d’adoption

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Reparler d’adoption

 

Puisque la maladie rend certaine la mort prochaine d’Antoine, puisque Lou n’aura plus de parents, puisque Rose est maintenant sa femme, il repense plus que jamais à l’adoption de sa fille par celle qui l’élève depuis le début. C’est tellement logique. Il serait rassuré. Car, tout comme Rose, même s’ils l’évoquent rarement, et même si Lou est grande et a son mot à dire, il craint que les parents de Raph ne veuillent la récupérer.

Mais, d’abord, Antoine veut être sûr que les deux concernées sont d’accord, puisqu’il s’agit, finalement, d’une adoption mutuelle…

Lou étant à l’internat, il va d’abord trouver Rose. Elle est en train d’étendre du linge, dehors. Il s’avance vers elle, appuyé sur ses béquilles, toujours en boitant. Se pose lourdement sur une chaise du jardin à proximité.

– Viens t’asseoir près de moi, ma chérie, lui intime-t-il avec douceur.

Rose le regarde, étonnée. C’est si urgent qu’elle doit suspendre son activité ? Mais elle obtempère. De toute façon, elle cède à toutes ses demandes – elle céderait à tous ses caprices. Elle n’est qu’amour et dévouement. Alors elle s’assoit à ses côtés. Et lui prend la main, qu’elle caresse instinctivement. Elle ne peut plus s’en empêcher. Il faut toujours qu’ils soient en contact, qu’elle le touche, qu’elle passe ses mains sur sa peau, partout où celle-ci est accessible. Ses doigts le connaissent par cœur, mais veulent toujours s’en imprégner plus. Elle prend ses doses de tendresse comme un élixir de vie qu’elle boirait jusqu’à plus soif. Elle se nourrit de lui, de sa douceur, de son odeur, pour les futurs jours de famine. Pour quand il ne sera plus là. En attendant, elle se gave de lui.

– Je voudrais bien me mettre à genoux, mais je n’arriverais plus à me relever. Alors, imagine-moi… Rose Dussac, consentiriez-vous à adopter ma fille ?

Rose met la main devant sa bouche. Les larmes se jettent spontanément à l’orée de ses paupières. Elle sait bien tout ce que cela veut dire… C’est une nouvelle façon pour Antoine de préparer l’après. Il veut s’assurer que tout se passera bien, que tout aura été cadré. Il veut les protéger. Officialiser l’évidence d’un lien. La maladie lui a donné une bonne raison de se marier, lui qui n’en trouvait pas il y a encore quelques mois. Plus rien ne s’oppose à cette adoption.

Antoine a procédé à des recherches. Lou ayant plus de quinze ans, elle ne pourra pas bénéficier d’une adoption plénière. De toute façon, jamais ses grands-parents maternels n’y auraient consenti. Mais, pour une adoption simple, personne d’autre que Lou elle-même ne pourrait s’y opposer. Elle a plus de treize ans : elle devra donner son accord devant le notaire. Le cas échéant, bien sûr…

– Il n’y a rien au monde qui pourrait me faire plus plaisir, finit par répondre Rose, une fois ses esprits retrouvés.

En quelques microsecondes, elle a revu son parcours avec Lou. La première fois qu’elle l’a vue, ses premiers mois, ses jeux de petite fille, ses éclats de rire, ses facéties, sa tendresse, leur vie à Boulogne, leur aménagement ici… Lou qui patine, Lou qui cuisine avec Hermance, Lou qui construit des cabanes, Lou qui se durcit, Lou qui lui dit « Tu n’es pas mère »… Se pourrait-il qu’elle le devienne finalement, d’une certaine façon, sur le papier ? Rose veut être là pour elle. Autant qu’une mère pour son enfant. Elle veut rester à ses côtés, continuer à la voir grandir et évoluer, devenir une femme, la guider, la protéger si besoin, partager de riches moments. Être là, tout simplement.

*

* *

Le week-end suivant, Antoine demande à Lou de descendre le voir dans le bureau. Il n’a plus vraiment la force et les capacités de monter à l’étage supérieur. Les travaux d’installation d’un ascenseur entre le rez-de-chaussée et l’étage principal ont d’ailleurs commencé. Leur chambre conjugale va être transférée dans le studio, spacieux et facile d’accès. Antoine n’ira sans doute bientôt plus en haut de la maison. Il regrette déjà les discussions qu’il aimait avoir dans la chambre de sa fille, dans son cocon à elle. Il recule l’échéance du fauteuil, mais la vérité, c’est qu’il devrait déjà avoir abandonné ses béquilles.

– Oui, papa ? demande-t-elle avec énergie.

L’air grave de son père tempère aussitôt son enthousiasme. Antoine est convaincu du bien-fondé de sa demande et de cette conversation, mais, comme souvent, il hésite sur les mots à prononcer, la façon de s’y prendre, l’entrée en matière.

– Tu sais que je ne vais pas être éternel, commence-t-il maladroitement.

Lou ouvre de grands yeux, attrape une chaise et s’assoit en face de lui, le temps de trouver quoi répondre à ces paroles bizarres.

– Personne, de toute façon, n’est éternel…

– Tu sais que mes jours sont comptés, c’est ce que je voulais dire, et c’est ce que tu as compris. N’est-ce pas, ma Lou ?

Elle opine du chef avec gravité. Attend la suite.

– Tu m’as déjà fait part de ta crainte de te retrouver toute seule. Et, même si tu ne le seras pas véritablement, tu n’auras en effet plus tes parents. Heureusement, tu es déjà grande.

Une certaine satisfaction ébauche un sourire dans la tête de Lou : enfin, il ne la prend plus pour une gamine…

– Rose, aux yeux de la loi, n’est rien pour toi. Pourtant, elle t’a élevée, elle a toujours été là pour toi. Et, même si elle n’a jamais voulu prendre la place de ta mère, elle a rempli ce rôle du mieux qu’elle a pu.

– Je sais, papa. Rose est super. Je n’aurais pas pu rêver mieux, comme belle-mère.

– Je suis heureux de te l’entendre dire, ma chérie.

Antoine marque une pause.

– Néanmoins, être belle-mère ne lui donne aucune existence administrative ou civile vis-à-vis de toi. Ce qui veut dire qu’elle n’a officiellement ni droits ni devoirs envers toi.

– Je sais, dit Lou en baissant la tête.

– Cependant, elle pourrait changer de statut pour toi, ce qui changerait tout.

Lou lève un sourcil, étonnée.

– Ce que je veux te dire, peut-être un peu maladroitement, c’est que, si tu le voulais, Rose pourrait t’adopter.

Sa fille ouvre de grands yeux.

– Ah bon ? Mais j’ai seize ans ! Je ne suis plus un bébé. Pourquoi seulement maintenant ?

– Parce qu’avant, nous n’étions pas mariés. C’est notre mariage qui rend l’adoption possible, explique-t-il simplement.

Un silence tombe entre eux. Le cerveau de Lou s’agite en tous sens. Des questions se bousculent.

– Je peux te laisser du temps pour y réfléchir. Il n’y a rien d’urgent.

– C’est tout réfléchi, papa, assène Lou avec une conviction évidente.

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