Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 62 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 62 – Se lancer dans des projets

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Se lancer dans des projets

 

La vie est faite de désir, d’envies, de projection dans l’avenir. Sinon l’esprit se meurt. Et le corps s’assèche. Celui d’Antoine souffre dans sa chair, mais il peut le réveiller. Rose en est convaincue. Il lui faut de l’action, des projets, de l’oxygène. Il veut de la montagne ? Il veut retrouver les joies de la glisse, le grand air des sommets alpins ? Elle va les lui servir sur un plateau. Pas la version « clé en main », non. Elle veut simplement lui offrir le tremplin, l’élan pour qu’il décolle et se relance. Elle veut retrouver son battant de mari, son sportif déterminé. Il en a le potentiel. Il faut juste qu’il retrouve la niaque de Lou, l’envie de se dépasser, le désir d’aller de l’avant, le goût de l’effort. Le bonheur, ça se mérite. Il doit aller le chercher, et arrêter de se focaliser sur la maladie qui l’entraîne vers la fin… Il faut qu’il retrouve la rage de vivre et qu’il déguste de nouveau chaque moment, plutôt que de se morfondre et de gâcher ce temps si précieux qu’ils peuvent encore partager à deux, à trois, à bien plus, même.

Alors cet hiver, grâce à leurs invités aidants et à des moniteurs spécialisés, il reprend le chemin des pistes. Il retrouve la joie de revêtir une tenue de ski (on lui en a acheté une neuve du fait de ses kilos perdus), de remettre sur son nez des lunettes de soleil catégorie 4, les seules qui permettent de ne pas souffrir d’éblouissement, quand l’astre tape sur la neige. Il n’est pas déçu de devoir renoncer à enfiler les grosses chaussures… Il n’en aura pas besoin : son siège sera sur des skis, lui aura aux pieds des après-skis, tout simplement. Antoine se réapproprie aussi les petites habitudes, les gestes… Monter sur un télésiège lui fait un bien fou. Et descendre à ski… Quel bonheur ! Même si ce n’est pas lui qui skie, mais le moniteur qui le guide derrière la machine, il ressent la joie de la glisse, le bonheur des virages, le souffle sur son visage, la vitesse qui grise. Oui, il retrouve un peu toutes ces sensations. Et le spectacle continu de tous ces gens qui montent en téléski puis descendent, des pros de la glisse, des débutants qui s’accrochent à la piste en chasse-neige, des enfants qui ne maîtrisent pas leur vitesse… Il sourit. C’est bon de revoir tout ça.

Alors, il prend une sorte d’abonnement. Il va ainsi aller skier deux à trois fois par semaine, jusqu’à la fin de l’hiver. Pas plus ! a sermonné le kiné. Antoine a voulu rétorquer : « Si ça me fait du bien à la tête, ça ne peut que faire du bien à mon corps ! »

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* *

Le ski, c’était une occupation, une simple activité. Rose avait en tête un projet bien plus ambitieux. Elle a vu, sur Internet, des défis, des projets un peu fous, qui amènent des malades et/ou des personnes handicapées à enfiler des kilomètres sur route, gravir des montagnes ou traverser des océans… Elle a eu une révélation : c’était quelque chose comme ça qu’il fallait à son sportif passionné de mari. Il regrettait de ne jamais avoir fait le tour du Mont-Blanc ? Eh bien, elle allait tout mettre en œuvre pour que ce soit possible. Et comme la montre joue contre eux, il faut rapidement tout organiser pour l’été qui arrive.

Très vite, elle fait part de son idée. D’abord à Lou, évidemment. Laquelle s’enthousiasme immédiatement et en parle à Hugo, qui se trouve catapulté dans le rôle de personne ressource. Puis à Arnaud, qui tient à faire partie de l’aventure. Puis à Cédric, qui devra se remettre sérieusement au sport s’il veut envisager de s’associer physiquement au projet. Mélanie propose tout un plan de communication : création d’un site Internet, d’une page Instagram, d’une cagnotte en ligne pour que leurs soutiens proches ou anonymes puissent participer financièrement au projet et le rendre possible.

Très vite, Antoine est mis au parfum. Il est tellement touché que tous se mobilisent pour lui, pour adoucir ses jours et lui donner le sourire… Alors, seul et avec les autres, il étudie des cartes, les possibilités de parcours, les dénivelées, les passages qui s’annoncent délicats pour leur convoi. Plus de cent soixante-quinze kilomètres de marche et dix mille mètres de dénivelées… Raisonnablement, il leur faudra prendre l’option longue : dix jours.

Très vite, tout se met en place. Un ex-collègue guide de montagne d’Antoine, Jean-François, propose de les accompagner. Il prend part à l’organisation générale (transport, hébergement, matériel). Il est tellement heureux de pouvoir se rendre utile, de faire ce geste pour Antoine, qu’il a toujours beaucoup estimé.

Très vite, le projet prend forme. La solidarité, incroyable, va lui donner vie. La cagnotte gonfle à vue d’œil. Jacques a déjà dit à Simone qu’il donnerait le complément. Ce projet se concrétisera. Il aurait tout payé, d’ailleurs, s’il n’avait pas eu peur d’être pris pour celui qui, grand prince, étale son argent aux yeux de ceux qui voulaient aussi faire acte de générosité. Chacun donne selon ses moyens, c’est mieux ainsi.

La neige a disparu, et le printemps file à présent vers l’été. En ligne de mire, le tour du Mont-Blanc. Rose avait raison : ce projet a regonflé Antoine à bloc. Il a retrouvé goût à la vie, il rit, il se voit déjà au départ, aux Contamines-Montjoie. Il se voit avaler les cols, dévaler les vallées. Il se voit avec Lou, avec Rose, avec les autres, partager des moments forts ensemble, des moments d’efforts, de joies, de rires… et même de douleur.

Ce sera une nouvelle bataille à mener contre (ou plutôt avec) la maladie. La dernière, peut-être ? La dernière qu’il remportera, certainement.

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