Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 37 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 37 – Tomber, se relever

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Tomber, se relever

 

Lou est revenue. Avec son énergie, sa joie de vivre et ses humeurs d’ado. Le cœur du chalet semble battre plus vite. Plus fort.

Son trek dans les Pyrénées s’est merveilleusement bien passé. Elle a trouvé l’endroit beaucoup plus vert et moins rocheux que les Alpes. Ils ont essuyé quelques sacrées averses et deux orages… Elle se souvient aussi de la grêle qui s’est abattue sur eux et qui lui a cinglé les cuisses, d’une force ! Pour le reste, « c’était vraiment trop bien ». Elle s’est fait des copains, dont un certain Hugo avec qui elle passe sa vie au téléphone. « Ton petit copain ? », a tenté Antoine. Il n’a récolté qu’un méprisant « Pfff ». Forcément, tout de suite, parce qu’elle s’entend hyper bien avec un garçon, faut qu’elle soit amoureuse de lui ! Il n’y comprend rien… C’est juste un copain ! Passionné de montagne et de rando, comme elle. Il a bientôt dix-sept ans. Il veut devenir guide ! Et il grimpe comme un dieu. L’expression fait sourire les deux adultes. Pas amoureuse, vraiment ?

*

* *

Lou n’a pas assez randonné dans les Pyrénées. De retour de Reims, ses jambes la démangent. Elle supplie son père de l’emmener marcher dès le lendemain. Un « mon petit papa chéri » se révèle efficace. Tant pis pour le jour de repos, il n’est plus à cela près… Tant pis aussi pour les faiblesses dans ses jambes, qu’il ressent de plus en plus fréquemment. Antoine est tellement ravi de retrouver sa fille et de partager un nouveau moment avec elle, en montagne. Rose sourit. Ces deux-là ont vraiment le même sang dans les veines. Elle les laissera seuls, cette fois, comme cela arrive assez souvent. Elle a à cœur qu’ils vivent leur passion ensemble, et de temps en temps rien que tous les deux.

Ils sont partis tôt ce matin, laissant Rose aux délices d’une grasse matinée. Ils n’ont pas pris la voiture, préférant randonner aux alentours du chalet. Ils ont d’abord marché sur l’asphalte jusqu’au hameau des Troncs et ont poursuivi jusqu’au parking, tout au bout, où s’arrête la route, au fond de la vallée. Puis ils ont entrepris de monter par le sentier de gauche qui les mènerait au bois de la Duche qui culmine à 1720 mètres d’altitude. Le chemin était pentu. Lou avait prévenu Antoine (comme s’il ne connaissait pas le coin par cœur), après étude de la carte IGN : le sentier coupe les courbes de niveau, ça veut dire que ça allait grimper dur.

Ils ont pique-niqué en haut, face à la chaîne des Aravis. Lou a raconté à son père ses découvertes des Pyrénées et le séjour à Reims. Ses grands-parents ont tenté de la divertir, ils l’ont emmenée à la patinoire, au cinéma, mais elle s’est surtout ennuyée. « Je n’aime pas y aller, papa. Enfin… j’aime de moins en moins », lui a-t-elle expliqué d’un air peiné. Il lui a souri avec compassion. Il imagine bien, mais c’est important de garder un lien avec eux. C’est un devoir. « Je sais », a admis Lou.

Ils sont sur le chemin du retour. Il est 15 heures passées. Le soleil est en train de perdre la partie face aux nuages qui s’amoncellent, de plus en plus menaçants. Il ne leur reste plus très longtemps. Le sentier est toujours aussi raide qu’au départ, à l’approche du parking, et semé d’embûches. Les racines à nu des arbres dessinent des formes alambiquées à la surface de la terre. Antoine ressent toujours des fourmillements, mais n’en dit rien à Lou. Que pourrait-elle y faire ? Le magnésium marin ne s’est pas révélé concluant pour calmer ses symptômes. Il a pris le parti de se montrer patient. Il compte sur son corps pour coopérer. Ce ne sont que des désagréments passagers, associés à une fatigue qui s’accentue. Cause ou conséquence ? Il l’ignore.

Soudain, alors que Lou le précède de quelques mètres (il marche objectivement moins vite qu’avant), sa jambe droite cède d’un coup et tout son corps s’affaisse. Antoine tombe comme une poupée de chiffon. La terre, plutôt meuble à cet endroit du sous-bois, amortit sa chute et évite la douleur. Il se redresse vite, cherche à se relever avant que Lou ne le voie au sol. Hasard ou intuition, elle se retourne et le découvre à terre.

– Ça va, papa ?

Antoine sourit pour la rassurer.

– J’ai trébuché, ment-il. Maudite racine !

Lou rit un peu. Se moque gentiment de lui. Alors, le sportif ? Le sportif est à terre, il sent sa jambe qui tremble comme si la force la quittait. Le sportif sait déjà que se relever ne va pas être si facile…

– Vas-y, ma puce, je te rattrape ! dit-il pour inviter Lou à le laisser tranquille et à lui tourner le dos, le temps qu’il se remette sur pieds.

L’ado ne se fait pas prier et reprend sa marche de plus belle. Antoine parvient à se lever, difficilement. Il pousse un soupir. De lassitude ou de soulagement. Puis il se remet à marcher, toujours moins vite. Et en boitant. En boitant ! Il sait pourtant bien qu’il ne s’est pas blessé en tombant. Il sait aussi que sa chute n’a rien à voir avec sa blessure d’il y a quelques années. Elle a été bien soignée, il n’en a gardé aucune séquelle.

– Mais tu as mal, papa ! Tu boites ! constate Lou, qui a fini par remonter jusqu’à lui, étonnée qu’il ne l’ait pas rejointe.

– Ce n’est rien, répond Antoine pour la rassurer. Je me suis foulé la cheville, c’est tout.

– On aurait dû venir avec des bâtons ! Tiens-toi à moi, propose Lou.

Le père pose son bras sur l’épaule de sa fille, sans pour autant peser de tout son poids. Il faut dire qu’elle n’est pas un gros gabarit. Ils parviennent ainsi, clopin-clopant, jusqu’au parking, annonçant la fin de la randonnée. Plus qu’un bon kilomètre de route quasi plate et ils seront rendus au chalet.

Pendant ces derniers mètres, Antoine réfléchit. Tout en refusant de s’inquiéter, sa chute lui pose question. Il s’interroge sur la cause… Pourrait-elle avoir un quelconque lien avec les fourmillements qu’il ressent ? Malgré lui, il ne peut s’empêcher de se poser la question. Il n’a pas envie de se triturer les méninges avec ce genre de soucis. Il préfère choisir de ne pas s’inquiéter, refouler des pensées potentiellement négatives, oublier cet incident. Pour autant, il se voit contraint de prendre une décision : dorénavant, il marchera avec des bâtons de randonnée. En tant que guide, il en a toujours, habituellement, accrochés à son sac à dos, mais ils tiennent plus de l’accessoire déco. Il va devoir se résoudre à les utiliser. Il ne peut pas prendre le risque de tomber de nouveau.

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