Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 68 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 68 – Respecter des souhaits

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Respecter des souhaits

 

La lecture de la liste d’Antoine procure à Rose un mélange d’impressions diffuses, d’émotions, de surprise, de non-surprise, de sourires et de regrets. Elle ne s’attendait pas à l’hélicoptère, elle s’attendait à – espérait ? – une ligne « Faire la paix avec mon père », comme Hermance le lui avait demandé dans sa dernière lettre. Peut-être Antoine considérait-il que le réchauffement de sa relation père-fils suffisait ? Peut-être, mais Rose ne partageait pas vraiment cet avis : il lui semblait qu’une vraie conversation devait avoir lieu, que des mots devaient être posés, pour qu’aucune rancœur ne persiste. Elle en touchera un mot à Antoine.

Elle trouve doux mais étonnant le souhait d’Antoine de fêter Noël en trio… Mais qu’en dira la famille qui se verra écartée de ce qui sera le dernier Noël d’Antoine ? Rose imagine déjà Simone en larmes. La « grande fête » pourrait-elle compenser l’affront ?

Mais ce qui perturbe Rose au plus haut point, c’est ce qu’elle perçoit de l’incapacité d’Antoine à se projeter plus loin que les vacances d’été… Il n’a même pas évoqué les dix-huit ans de Lou, alors qu’évidemment il voudrait y être plus que tout. Il a parlé de voir le printemps et l’été… avec comme un doute sur l’été. Il n’y a qu’à relire sa curieuse proposition de fêter leurs deux ans de mariage en avance…

Antoine voit manifestement son avenir resserré, comme avec des œillères. Est-ce par intuition ? Par superstition ?

*

* *

Rose ne veut pas perdre de temps. Elle parvient à réserver dans un restaurant classé 2 étoiles au guide Michelin situé non loin de chez eux, non sans avoir expliqué sa situation. Ils sont en tête de liste et auront une table sitôt qu’il y aura un désistement. Sans cela, ils auraient pu attendre longtemps…

Elle s’occupe du vol en hélicoptère. Voilà qui promet un moment magique.

Pour le chiot, cela faisait longtemps qu’ils n’en avaient pas parlé. Lou en avait toujours voulu un, mais ses parents avaient mis leur veto… Ce n’était pas faute d’en avoir envie, mais le chat Maxou détestait les chiens, et finalement ils avaient fait sans, même après sa mort. Rose trouve étonnant qu’Antoine exprime le souhait d’en avoir un, alors qu’il n’en profitera pas longtemps. Caprice d’homme à qui l’on ne peut rien refuser ? Ou bien est-ce un moyen d’assurer une autre présence dans le chalet ? Lou va être majeure, elle va partir faire ses études… Rose va se retrouver seule ici. Antoine sera-t-il rassuré de la savoir accompagnée ? Peu importe, au fond… Rose, qui a grandi entourée de chiens, les a toujours adorés, et puis elle a une envie folle et déraisonnable de faire plaisir à son mari… Alors, tant pis pour les contraintes inhérentes à l’achat d’un jeune chien avec lequel elle en aura pour les quinze années à venir. Elle assumera. Elle se met donc rapidement en quête du chiot qui fera autant leur bonheur que des bêtises. Un golden retriever serait parfait pour les deux !

La saison d’hiver arrivant, le ski ne sera qu’une simple formalité.

Pour les milliers de baisers, elle a déjà commencé.

Pour la fête, elle y réfléchit… Noël est dans trois semaines. Elle verra avec la famille.

Pour le dernier voyage avec Lou, c’était une évidence. Rose se demande même pourquoi il l’a précisé dans sa liste. C’est la première chose que Lou a dite, lorsqu’ils lui ont appris le projet d’Antoine : « Je veux être là. »

Pour la mer, vu la distance, Rose se dit qu’ils pourront réaliser un crochet par la Somme, avant de rallier la Belgique. Elle les voit très bien, tous les trois, passer une soirée du côté de Berck, marcher le long de la plage, puis déguster des huîtres. En réalité, elle pense de plus en plus à ces derniers moments. Au point de se dire qu’il avait raison, qu’ils seront sans doute plus joyeux et plus agréables qu’une lente agonie à l’hôpital.

*

* *

Ils réalisent à trois les souhaits d’Antoine.

Le dîner au restaurant se révèle extraordinaire. Ils vivent cette expérience culinaire à l’unisson. Jamais leurs papilles n’ont connu une telle extase, au point d’en avoir les larmes aux yeux. Antoine a dégusté chaque plat, millimètre par millimètre, les papilles à l’affût de la moindre saveur, pour ne rien perdre de cette expérience hors du commun. C’était un enchantement. Heureusement que la SLA n’attaque aucun des sens.

Le Noël à trois s’est élargi à huit… La famille d’Antoine n’a pas pu renoncer à venir. Rose n’a même pas eu l’audace de les écarter de la fête. Elle a simplement cherché à limiter à Hugo, Simone et Jacques ainsi qu’Arnaud et Géraldine. Et ce fut un très joli Noël. L’un de leurs plus réussis. Peut-être pour l’émotion palpable qu’il y a eu autour de la table, dans tous les esprits, au-dessus du chalet.

Le tour en hélicoptère remporte, en janvier, tous les suffrages. Le survol du massif du Mont-Blanc se révèle tout bonnement magique. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Lou avait l’enthousiasme démonstratif, pour ne pas dire un peu bruyant. Ils ont retrouvé la terre ferme avec des paillettes dans les yeux.

C’est aussi en janvier que le facétieux Bobby rejoint le trio. Il relève haut la main sa mission de faiseur de bêtises. Bientôt, on ne compte plus les chaussons attaqués, les pieds de table grignotés, les coussins déchiquetés… Au moins, il met de la vie et de la joie dans le chalet. Et fait rire toute la famille.

Un à un, les souhaits d’Antoine sont réalisés. Même si ce n’est pas le plus important. Même si l’essentiel est ailleurs. Dans la douceur du quotidien, dans l’amour qu’ils se portent, dans le sentiment permanent d’être en train de vivre tous les trois leurs dernières fois…

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