Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 4 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 4 – S’être installés ici

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S’être installés ici

 

Une fois leur décision prise, Antoine et Rose l’avaient annoncée à Hermance lors du repas de Pâques. Heureusement qu’elle était assise : à rire et pleurer de joie, elle se serait effondrée par terre. Jamais elle n’aurait osé espérer cela ! Son petit-fils chéri, sans doute son préféré, allait venir habiter près d’elle ! Son pauvre cœur aurait pu lâcher ce jour-là. Antoine, son Antoine, celui qu’elle emmenait sur les pistes tous les hivers, celui qui adorait tant ses tartes aux pommes, celui dont elle avait été privée pendant plusieurs longues années il n’y a pas si longtemps parce qu’il travaillait trop et n’avait plus le temps de rien, parce que sa femme n’aimait pas la montagne, celui dont elle pensait qu’il l’avait oubliée… Le même. Son Antoine allait vivre auprès d’elle ! Il serait là pour ses vieux jours. Cette perspective l’avait rendue heureuse comme cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps.

Cependant, il ne fallait pas tarder. Lou allait rentrer au CP. L’été suivant serait donc le moment idéal pour s’installer au Grand-Bornand. Antoine avait déjà démissionné, la maison de Boulogne avait été mise en vente… Il ne restait plus qu’à déménager.

Au début, il avait été question de s’installer chez Hermance le temps de trouver la maison de leurs rêves, pas très loin… si possible tout près de chez elle, du côté de Lormay, dans la vallée du Bouchet. Ce qu’ils avaient fait, comme ils le voulaient, l’été suivant ce fameux repas de Pâques. Lou avait effectué sa rentrée en CP dans la petite et fort sympathique école du Chinaillon. Les mois avaient passé. Assez vite, Antoine et Rose avaient commencé à baisser les bras. Dénicher le chalet rêvé à cet endroit précisément, c’était comme trouver une aiguille dans une botte de foin, la quadrature du cercle ou découvrir E=mc2. Autant dire une mission impossible : la zone étant relativement peu construite, les chalets à vendre étaient rarissimes et hors de prix.

Hermance la première leur avait proposé que ce provisoire devienne permanent. Son chalet était bien assez grand ! Ils avaient peur de la déranger ? Ils avaient envie aussi, peut-être, de vivre tous les trois ? Elle serait tellement ravie de vivre avec eux ! Et elle ne serait pas éternelle… Dans quelques années, elle ne serait plus de ce monde. À quoi bon chercher un autre chalet ? Le sien était le leur ! Antoine détestait quand Hermance évoquait sa fin. Cela le renvoyait toujours à ses années d’absence. Petit-fils indigne… tellement en dessous de tout, et surtout en dessous de toute l’estime et de l’affection qu’il portait à sa grand-mère. Hermance avait raison : la présence d’Antoine et de sa petite famille serait à la fois gage de bonheur et de sécurité. Sans compter que cela rassurerait ses propres enfants, Jacques et Mariette, qui vivaient respectivement à Bordeaux et Annecy. Car quoi de mieux que d’avoir des membres de sa famille sous son propre toit, en cas de chute ou de souci de santé ? Cela étant, Hermance avait la chance de rester en bonne forme pour son âge. Elle avait été jusqu’à présent parfaitement autonome. Seules ses jambes commençaient à lui jouer des tours, et elle devait parfois utiliser une canne. Pour le reste, esprit compris, elle « pétait le feu », comme le disait souvent un petit-cousin d’Antoine.

Finalement, le trio, Lou en tête, s’était rallié à l’idée d’Hermance. La petite aimait tellement sa Gramima que, si elle avait pu, elle aurait passé toutes ses journées chez elle. Lou l’avait baptisée ainsi avec une logique implacable : Simone, la mère d’Antoine, ayant souhaité que Lou l’appelle Mima, Hermance, en tant que « grande mamie » de Lou, avait été surnommée « Grande Mima », petit nom qui, au hasard d’une plaisanterie ayant fait date, était devenu « Gramima ».

Même si le chalet d’Hermance, à l’image des autres chalets savoyards traditionnels, était très grand (jusqu’à la moitié du xxe siècle, il avait été une ancienne ferme qui accueillait famille, animaux et stock de foin), l’installation des trois Parisiens nécessitait quelques aménagements. Réduisant le garage, ils avaient ainsi créé au rez-de-chaussée une chambre pour Hermance qui, de par sa surface, tenait plus de l’appartement. Au premier étage (côté façade, mais accessible de plain-pied depuis le jardin, derrière, en raison de la pente du terrain), il y avait les pièces à vivre, cuisine, salon, salle à manger, et un bureau. Au deuxième, dans l’ancien grenier, on trouvait toujours les quatre chambres, rafraîchies pour l’occasion, une salle de bains supplémentaire et ce qu’il restait du grenier d’origine. Même si les travaux avaient pour nom « rénovation », tout avait été fait en bois, dans le respect de l’esprit savoyard, selon les règles de l’art. Le chalet avait le charme chaleureux de la rusticité tout en étant confortable et esthétique.

Le rêve secret d’Antoine, quand il vivait encore à Paris, s’était enfin réalisé. Ils attendaient chaque année l’hiver avec impatience pour le plaisir de lancer la saison des feux de cheminée.

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