Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 41 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 41 – Y être

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Y être

 

Le 3 décembre est enfin là. Antoine et Rose sont sur la route d’Annecy. Ils vont enfin rencontrer le neurologue. Ils s’y rendent comme on irait à la guerre, mais pas la fleur au fusil, certains d’une victoire facile… non. Ils s’y rendent, sérieux, entre espoir de réponses et crainte de revenir bredouilles, entre envie de savoir et peur, entre désir de lutter et résignation. Ils s’y rendent en sachant déjà que ce rendez-vous n’est qu’une phase, l’ouverture d’un ballet avec le corps médical.

Le cabinet de neurologie ressemble en tous points à l’idée qu’on peut en avoir. Antoine réprime un frisson au moment d’entrer. Dans la salle d’attente, ils patientent… Encore. Après des mois en suspens, ils n’ont jamais été si près de la suite.

Le docteur passe la tête par la porte et appelle : « Antoine Dussac. » C’est leur tour. Ils se lèvent, serrent la main que le médecin leur tend et le suivent comme des automates jusqu’à son bureau.

Le courrier du docteur Gidoin entre les mains, le neurologue demande à Antoine de décrire ses symptômes, ses sensations, le degré de ses douleurs, l’évolution qu’il a constatée depuis le rendez-vous avec son médecin traitant. Antoine évoque ensuite son travail, la saison du ski qui va débuter d’ici deux semaines et son espoir de pouvoir reprendre son activité. Le médecin préfère procéder à un examen clinique avant de se prononcer.

Il demande à Antoine d’effectuer quelques mouvements, observe son corps, palpe ses jambes, teste ses réflexes.

– Rien d’anormal dans les bras, donc ? demande-t-il pour confirmation.

Non, rien.

– Avez-vous constaté une diminution du volume musculaire ?

– Oui, admet Antoine après une hésitation. Mais rien d’anormal. J’ai beaucoup réduit mon activité physique. Cela fait deux mois que j’ai arrêté les randonnées.

Le docteur Pichot ne réagit pas vraiment à ses mots. Il semble assez perplexe. Demande à Antoine de se rhabiller et retourne s’asseoir à son bureau, sous les yeux attentifs de Rose. Alors… que va-t-il leur dire ? Le spécialiste attend le retour d’Antoine sur le fauteuil en face de lui.

– Avec ce simple examen, je ne suis pas en mesure de vous dire de quoi vous êtes atteint, monsieur Dussac. Nous allons donc procéder à des examens complémentaires, afin d’éliminer les affections possibles les unes après les autres. Je ne vous cache pas que certains diagnostics sont assez longs à poser.

Antoine regarde Rose, qui tente de lire aussi dans ses yeux. « Est-ce que vous pensez que c’est grave ? », a-t-il envie de demander. Mais il ne dit rien. Le médecin poursuit :

– Je vais vous prescrire un scanner, une IRM, une nouvelle prise de sang.

– Et si vous ne trouvez rien ?

– Nous ferons d’autres examens.

Le médecin marque une pause, semblant attendre une réaction de son patient et de sa compagne.

– Avez-vous des questions ?

Antoine n’en a pas… ou bien il en a trop. Est-ce bien utile de les poser maintenant ? Il va encore falloir attendre, c’est tout. Il fait « non » de la tête. Rose s’incline aussi. Le seul point positif, c’est que le docteur Pichot ne lui donne pas d’arrêt de travail. Mais, à la moindre chute, il faudra se rendre à l’évidence, a prévenu le spécialiste. Ils quittent le médecin, le bureau, le cabinet, silencieux. Chacun dans ses pensées, chacun dans ses questions. Chacun avec sa peur.

*

* *

Au chalet, Antoine et Rose ne cachent plus vraiment leur inquiétude. Elle peut se lire sur leurs visages, dans leurs silences ou dans leurs gestes un peu plus nerveux qu’à l’habitude. Lou constate sans s’en inquiéter elle-même. Ils ont évoqué « des soucis » dont ils n’ont pas envie de parler, elle a pensé « problème de couple ou dans la famille ». Elle s’est dit intérieurement, « ils me prennent encore pour une enfant ». Mais elle n’a pas fait le lien avec la santé de son père. Surtout qu’il va reprendre le chemin de l’ESF.

C’est l’ambition d’Antoine, son obsession. Celle qui lui change les idées, qui le mène, qui le motive, qui le détourne du reste. Sa priorité. Après tout, tant qu’on ne lui dit pas « c’est grave », il peut vivre comme avant.

Le neurologue d’Annecy l’a appelé pour lui annoncer que les analyses de sang étaient bonnes. Fallait-il s’en réjouir ? Les précédentes l’étaient aussi…

Bientôt, avec le soutien du docteur Pichot pour l’obtention d’un délai court, il passe dans les deux machines en forme de sarcophage. IRM : normal. Scanner : normal.

Le médecin l’appelle, juste avant Noël, pour le prévenir qu’ils vont prévoir une ponction lombaire début janvier. Rien que le mot est douloureux.

– En attendant, passez de joyeuses fêtes et ne vous inquiétez pas trop ! conclut le médecin, au téléphone.

Antoine n’a pas le temps de souhaiter quoi que ce soit au neurologue. Joyeuses, vraiment ? Il est sonné.

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