Le Sourire des Fées (2020)
Chapitre 70 – Préparer le voyage
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Préparer le voyage
6 juillet… J moins 4. Le compte à rebours résonne dans toutes les têtes. On essaie de ne pas y penser, mais on ne fait que ça. Tout le temps. Pendant les repas, pendant les jeux, pendant les promenades.
Antoine passe un temps fou devant le chalet, près du banc. Là où Rose et Lou lui ont lâché la main et lui ont dit « OK ». Mais surtout là où la vue sur la montagne est la plus belle. Il contemple cette muraille brute. Avec un sourire léger sur les lèvres. Il repense à toutes ses marches, à toutes ses aventures. Et à sa vie ici. Toutes ces années dans le chalet du bonheur… Il revoit sa grand-mère avec son tablier, confectionnant sa tarte aux pommes (tiens, il aurait pu mettre ça sur sa liste… mais, de toute façon, Rose en fait toutes les semaines), il la revoit assise sur le banc là-bas, près du Borne, lui tournant le dos, surtout le 14 juillet. Il pense à Lou. Sa grande Lou qui va sans doute décrocher le bac ce soir. Elle veut devenir monitrice de ski et guide en montagne. Comme lui. Tant qu’elle a le bac, elle fera bien ce qu’elle voudra ensuite. Il pense à Rose… sa jolie Rose. La fée Rose, le soleil Rose. Que serait-il devenu sans elle ? Elle lui avait ouvert les yeux, l’avait amené à voir les choses et l’existence autrement… S’il a eu le courage de changer de voie et de vie, pour être au plus près de ses rêves d’enfant et de son être réel, c’est grâce à elle. Elle a mis de la vie dans sa vie. Elle l’a rendu riche de tout, sauf d’argent. Elle était celle qu’il devait rencontrer… Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous…
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J moins 3.
Hier soir, Lou a décroché son bac. Avec mention. Ils ont fêté l’événement autour d’une fondue aux cèpes, avec Hugo. Cela marquait un tournant, une sacrée étape, le début d’une ère nouvelle.
Ils partent demain matin. Déjà. Rose prépare les valises. Il ne s’agit pas seulement de choisir des tenues pour quelques jours… Elle veut que tout soit parfait. Que les dernières heures d’Antoine soient à son image. Il a émis des souhaits sur ce qu’il aimerait vivre, boire et manger pendant ce dernier voyage. Elle compte bien les exaucer. Elle a rassemblé tout ce qu’elle doit emporter. À commencer par le costume de mariage d’Antoine, qu’il a choisi de revêtir pour le dernier jour de sa vie.
Demain soir, ils seront sur les rives de la mer du Nord, en Belgique.
Les bagages sont prêts. Il reste quelques heures pour profiter. Que faire, en pareilles circonstances ? C’est leur dernier après-midi, ici, ensemble… Parmi la multitude d’activités possibles, il n’est pas facile de choisir.
Antoine a tenu à se rendre au cimetière. Il voulait se recueillir sur la tombe d’Hermance. Lui dire au revoir… ou plutôt à bientôt. Venir ici-bas une dernière fois, avant de la retrouver là-haut.
Les premiers estivants arrivent. Le Grand-Bornand s’anime déjà. Ce sera bientôt la fête de la montagne. Mais peu importe. Peu importe la vie des autres. Plus rien ne compte que ce qu’ils vivent et ce qu’ils vont devoir affronter.
S’il avait tenu debout, Antoine aurait aimé marcher… alors il roule sur la route en guise de promenade, entre les deux femmes de sa vie. Ils ne se parlent pas vraiment, repliés dans leur silence. L’heure n’est pas encore venue. Chacun se recueille dans son esprit, chacun se prépare à sa manière. C’est autant une expérience collective qu’une expérience intime.
Le soir, ils font un feu. Non qu’il y en ait besoin, vu la température. Mais c’était le souhait d’Antoine. À l’intérieur du chalet, il a toujours préféré l’hiver. Ils ont mis un peu de musique. Ils font griller des chamallows au bout d’une pique, dans la cheminée. Ils mangent des chocolats et des bugnes, sous les yeux pleins d’amour de Bobby. Antoine voulait un dîner sucré, tout à fait régressif. Et boire du bon vin blanc. Ils ont ouvert leur meilleure bouteille qu’ils dégustent jusqu’à la dernière goutte. Ils sont un peu ivres, à la fin… mais qu’est-ce que c’est bien !
Avant d’aller se coucher, ils sortent sur la terrasse derrière le chalet et contemplent les étoiles. Dans trois jours, le ciel en comptera une de plus.
Cette nuit, le sommeil joue les farceurs. Qu’il est difficile de fermer l’œil… Rose se blottit contre Antoine et le respire. Elle frotte son nez dans ses cheveux. Le corps qu’elle tient entre ses bras n’a plus rien de celui qu’il a été, mais elle l’aime tout autant. C’est celui de son Antoine. C’est celui qui va disparaître. Plus que deux nuits après celle-ci. Elle ne veut pas y croire. Le serre un peu plus fort. Antoine ne dit rien. Il a du mal à déglutir… Est-ce l’émotion ou le début de la phase terminale ?
C’est sa dernière nuit ici. Les pensées et les images se bousculent. Aura-t-il vraiment la force de dire encore « oui », au médecin, mardi matin, de quitter cette vie, ce cocon, sa famille ?
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