Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 39 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 39 – Attendre

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Attendre

 

Ils sortent un peu plus tard de chez le docteur Gidoin avec une ordonnance, un arrêt de travail d’une semaine, une analyse de sang à prévoir, le nom d’un angiologue à consulter rapidement, toujours de l’inquiétude et des questions. Le médecin a proposé de procéder par étapes, pour éliminer petit à petit divers maux qui pourraient expliquer les symptômes. « Il vous faut du repos », a-t-il dit, ajoutant qu’il avait une tension trop basse. Ils feront un point dans une semaine, puis après le rendez-vous chez l’angiologue.

En sortant, ils sont un peu rassurés par le calme du médecin. À aucun moment il n’a paru s’alarmer des descriptions d’Antoine. Il lui a donné un traitement de cheval « pour le requinquer ». Antoine et Rose rentrent au chalet, presque confiants.

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Cette semaine sans travail catapulte Antoine quelques années en arrière, à l’époque où sa fracture l’avait contraint à rester chez lui plusieurs longues semaines. Il en est rendu au même point, à un détail près : a priori, il va pouvoir reprendre le chemin des randonnées dans quelques jours. Cela ne devrait pas durer trop longtemps. Cerise sur le gâteau : il n’a pas besoin de rééducation. Alors il joue le jeu du vrai repos. Évite de sortir, reste au maximum en position couchée ou semi-assise. Il veut être le patient parfait, sérieux, investi dans le retour à la santé. Et confiant. Cette fois, pas de déprime. Même s’il se sent de nouveau inutile et un peu vide, il sait que cela ne durera pas. Pas de quoi avoir le moral dans les chaussettes et faire la soupe à la grimace. On garde le sourire !

D’autant que les analyses de sang ne révèlent rien d’anormal. Pas plus que l’angiologue qu’ils ont réussi à voir le vendredi, bénéficiant d’un désistement bienvenu. Il a effectué une palpation des jambes et un écho-doppler : tout est normal.

Il y aurait donc matière à se réjouir. Pour autant, dans le fond, et en l’absence d’une réelle amélioration des symptômes, il reste une question dont le point d’interrogation grossit : de quel mal Antoine souffre-t-il ?

Au vu des résultats rassurants des premiers examens, le docteur Gidoin propose à Antoine de reprendre le travail. « Mais sans excès ! », prévient-il. Rose s’empêche de s’étonner à voix haute : reprendre le travail ? Ce n’est pas comme si Antoine exerçait un boulot assis, dans un bureau. Son travail, c’est du sport ! C’est être actif, dynamique… et être le garant de la sécurité d’un groupe. Est-ce bien raisonnable, dans ces conditions ? Antoine lit dans ses yeux comme dans un livre ouvert, et la supplie, par le même biais, de ne pas s’opposer à ce qu’il reparte en randonnée. Il a ses bâtons ! Rose se retient de lui dire qu’ils ne sont qu’un complément à des jambes en forme, et que lui leur demande de devenir des jambes solides à défaut de pouvoir compter sur les siennes… C’est absurde.

– Nous allons poursuivre notre investigation, puisqu’il s’agit de comprendre l’origine de vos problèmes, ajoute le docteur Gidoin. Vous allez prendre rendez-vous avec un neurologue, dont je vais vous donner le nom (je vais lui adresser un courrier).

Neurologue… Ce n’est pas la spécialité de la médecine qui inspire le plus confiance. Antoine et Rose se regardent. Avec un brin de peur au fond des yeux.

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Antoine a pu terminer la saison après son arrêt de travail et reprendre fin août. C’était tout ce qu’il souhaitait. Comme un contrat passé avec lui-même. Comme pour se prouver qu’il était encore guide, sportif diminué, certes, mais homme fort et volontaire.

Ignorant tout de l’éventuelle maladie d’Antoine, ils ont décidé d’épargner Lou. Elle ne sait pas qu’ils voient des spécialistes et qu’ils cherchent de quoi son père est possiblement atteint. Elle a droit au discours officiel : fatigue et problèmes musculaires. Inutile de l’inquiéter. Ils veulent la préserver. Aussi, ils se démènent pour ne rien laisser paraître de leurs inquiétudes, qui augmentent à mesure que les symptômes progressent. Il y a des jours où tout va bien, ou presque. D’autres où les douleurs et les sensations se font plus dures et plus mordantes. Antoine grimace, mais, quand Lou est là, il parvient à le cacher. De toute façon, elle sera bientôt moins présente à la maison…

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Rose et Antoine ont décidé de vivre aussi normalement que possible en attendant le rendez-vous avec le neurologue en décembre, ne voulant pas céder à la panique, ne souhaitant pas anticiper d’éventuelles mauvaises nouvelles. Il s’agit de résister à l’impatience fébrile et à la tentation d’aller à la chasse aux informations sur Internet. Est-ce par peur d’y découvrir le pire ? Certainement. Mais aussi parce qu’ils savent que seuls les médecins pourront poser le véritable diagnostic. Alors, oui, il faut attendre de longues semaines pour en savoir plus. Et, oui, l’attente est interminable et douloureuse.

Le couple a choisi de cacher les soucis de santé d’Antoine aux proches. Comme avec Lou, il a su jouer la comédie du bien portant, lorsque la famille est venue pour les quinze ans de la jeune fille. Une fois n’est pas coutume, cet automne, pas question de recevoir plein de monde au chalet, de mettre les petits plats dans les grands, de se fatiguer… Ils ont prétexté une envie de se retrouver un peu seuls. Ils attendent décembre comme la fin de l’hiver, dans une sorte de torpeur molle.

Ils vivent entre parenthèses.

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