Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 34 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 34 – Rendre officiel ?

– 34 –

Rendre officiel ?

 

Ils ont roulé une bonne partie du dimanche et sont arrivés tard au chalet. Lou s’est endormie avant la fin du trajet, ils l’ont mise au lit immédiatement. Demain, elle a cours… Elle s’est couchée tard hier soir. Le réveil, demain, promet d’être beau !

Rose applique sa crème de nuit sur son visage, dans la salle de bains attenante à leur chambre. Antoine est déjà couché, un livre ouvert entre les mains, mais les yeux dans le vague.

– Tu as l’air bien songeur, mon amour…

– Je repense aux questions de Lou, tout à l’heure, avoue-t-il. Elle a l’art de me surprendre. Ou c’est le moment choisi, je ne sais pas. Je ne m’y attendais pas. Finalement, elle ne nous avait jamais demandé un petit frère ou une petite sœur…

– Elle ne nous l’a pas demandé, le corrige Rose en éteignant la lumière de la salle de bains.

– Certes. Disons qu’elle a abordé le sujet et pris la température. Je n’ai pas l’impression qu’elle a elle-même un avis. Effectivement, elle n’a aucunement émis le souhait de devenir l’aînée de la famille.

– Elle est grande, aussi, maintenant… Ils ne pourraient pas jouer ensemble, dit Rose en souriant.

Antoine acquiesce. Ouvre la couette pour qu’elle prenne place contre lui.

– Et toi ? Tu n’en as toujours pas envie ? Parce que, tu as entendu, je deviens sacrément vieux…

Ils rient. Leurs quatorze ans d’écart sont de l’ordre du détail, maintenant. Ils sont sans doute à l’âge où cela paraît le moins. Même si Antoine a grisonné, Rose le trouve encore plus beau, avec ses cheveux poivre et sel.

– Non… répond Rose, avec sérieux. Je suis plus en questionnement sur ce que je suis pour Lou.

– Nous savons tous ce que tu es pour elle ! s’exclame Antoine, étonné.

– J’ai eu le sentiment qu’elle me cherchait un statut officiel… autre que « belle-mère ». Tu sais bien que cela ne signifie rien, qu’au plan juridique je ne suis personne, pour elle.

– Ils parlaient de modifier la loi, de donner plus de droits aux beaux-parents…

– La loi n’est pas passée. En attendant, s’il t’arrive quelque chose, je ne suis rien. Et tu te doutes bien que les parents de Raphaëlle seraient ravis de me la prendre…

La lumière tamisée de la lampe de chevet révèle la tristesse de Rose. Antoine serre les dents.

– Être la marraine de Lou, si elle voulait être baptisée, ne t’apporterait rien de plus.

– Je sais bien, soupire Rose.

– Tu n’ignores pas que la seule solution, ce serait l’adoption…

– Il faudrait que Lou le veuille.

– Je suis certain que c’est le cas. Elle t’a toujours aimée comme si tu étais sa mère, et tu le sais. Et toi ?

– Mais bien sûr que je serais ravie et profondément heureuse que Lou devienne ma fille adoptive… puisque de toute façon sa maman n’est plus de ce monde.

Rose baisse la tête, pour ne pas montrer les larmes qui se pressent à ses yeux.

– Mais tu sais bien la condition pour que ce soit possible, continue-t-elle.

– Oui : que nous nous mariions.

– Et on a déjà décidé que nous n’irions pas jusque-là, rappelle Rose.

– Pour quelle raison, déjà ? demande-t-il, comme pour être sûr.

– Parce que tu as peur que ça nous porte la poisse… résume Rose en tentant l’humour pour court-circuiter sa soudaine tristesse.

– Rose, je t’aime, nous nous aimons… Nous n’avons pas besoin d’un bout de papier. Nous sommes heureux comme ça. Je n’ai pas envie de me marier pour de mauvaises raisons.

– De mauvaises raisons ?

L’amertume suinte dans le ton de sa voix. Officialiser devant le monde leur amour et pouvoir ensuite adopter Lou, de mauvaises raisons ?

– Tu m’as compris, Rose…

La conversation s’en tient là. Inutile d’aller plus loin. Rose a envie de pleurer. C’est rare, mais ce soir elle s’endormira de son côté du lit, loin, hors des bras d’Antoine. Il l’a déçue. Pire : il l’a blessée.

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