Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 3 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 3 – Rentrer de l’école

– 3 –

Rentrer de l’école

 

Lou passe le portail et retrouve tout de suite Rose qui l’attend, pressée d’avoir les premières impressions de sa belle-fille. Alors, cette première journée ? Et le maître ? Pas trop impressionnant d’être dans la classe du directeur ?

Lou réserve ses mots pour lorsqu’elle sera dans la voiture. Quelle n’est pas sa joie quand elle découvre Hermance assise à côté de Rose ! Lou se colle contre le siège passager pour mieux tenter de prendre sa Gramima dans ses bras.

– Tu vas m’étrangler ! s’exclame Hermance en riant.

Le temps du trajet, Lou raconte ce jour de rentrée. La joie de retrouver les copains, les nouveaux cahiers, les classeurs, le beau livre de lecture, l’humour du maître, le menu de la cantine, la gomme déjà perdue, les récréations, les blagues de Côme, les vacances d’Alix…

– Il y a un nouveau ! ajoute Lou. Il s’appelle Isidore. Le maître nous a dit de lui faire bon accueil… Les maîtres, ils disent toujours ça, quand il y a un nouveau. Il faut bien l’intégrer. Ça veut dire qu’on doit lui proposer de jouer avec nous, en fait. Et ne pas le laisser tout seul, parce que nous, forcément, on se connaît tous. Il a l’air gentil. Mais Noé, il a dit que ce ne serait pas son copain. Vous savez pourquoi ? Parce qu’il est noir. C’est n’importe quoi, hein, Rose ? Hein, Gramina ?

– Évidemment, Lou. Et toi, tu es allée vers lui ?

– Oui, même que je l’ai invité à notre table, à la cantine. Il est en CM1, il vient d’une grande ville. Je lui ai dit que moi aussi, avant, j’habitais dans une grande ville, une très grande, même, et que vivre ici, c’était beaucoup mieux. Il avait l’air rassuré. Enfin… un peu.

Lou marque une pause, puis ajoute :

– Je peux l’inviter à mon anniversaire ?

*

* *

Hermance a préparé un véritable goûter de fête. Sur la table de la salle à manger trône une magnifique tarte aux myrtilles. Voilà qui promet ! Lou applaudit et saute de joie :

– Merci ! Merci ! Merciiiii ! Meeeerci ! Meeeerciiiii ! s’exclame-t-elle à qui mieux mieux sur tous les tons.

Sa première journée d’école ne l’a pas (assez) fatiguée. Après le goûter, elle ira dans le jardin. Elle trouve toujours à s’occuper. Surtout, elle adore monter dans sa cabane. Dans son antre, où elle a installé l’ours polaire de sa petite enfance, elle vaque à diverses activités : dessin, coloriage, écriture… En ce moment, elle essaie de créer une bande dessinée. Quand elle était en CE1, ils ont travaillé sur ce genre, en français. Elle a adoré. Cet été, elle en a emprunté plein à la bibliothèque du village. Elle les a dévorées. Et s’est mis en tête d’en écrire une, comme en classe, mais toute seule, cette fois. Une vraie !

– Il n’y a pas de devoirs pour demain ! Le maître a dit d’en profiter, alors, comme je suis obéissante, je vais en profiter.

Hermance et Rose sourient et se regardent d’un air amusé. Sacrée Lou… Toutes les trois s’installent autour de la table pour faire honneur à la pâtisserie maison. Lou ne tarde pas à attaquer sa part de tarte avec appétit, Hermance et Rose commencent par quelques gorgées d’un thé à la bergamote.

– Il rentre quand, papa ?

Antoine ne devrait pas tarder. Il accompagnait un groupe du côté de la pointe Percée, aujourd’hui. En ce début du mois de septembre, les touristes sont encore nombreux. Lou ne cache pas son impatience de retrouver son père. Elle a hâte de lui raconter sa journée. Il ne reste de sa part de tarte que la bordure. Elle n’aime pas la pâte sans les fruits. Le dit, comme si c’était la première fois, et, comme d’habitude avec la tarte aux myrtilles, tire la langue. C’est tellement rigolo d’avoir la langue bleue… même à bientôt huit ans.

– Quel clown… dit Hermance en riant, une fois Lou sortie de table et rendue dans le jardin.

– Oui, une vraie pile électrique, concède Rose. Dire qu’elle est déjà en CE2. Je n’en reviens toujours pas. Le temps passe si vite… Trop vite.

Hermance n’a pas besoin d’avoir sa bonne vue d’autrefois pour deviner une larme perlant au coin de l’œil de Rose. Elle la connaît si bien. À sa voix, elle a senti l’émotion que les mots ne disaient pas. Elle sait combien Rose aime Lou… depuis le début. Avant qu’elle devienne sa « belle-fille » (terme qu’Hermance trouve à la fois laid et idiot), à l’époque où Rose avait été embauchée pour aider le père démuni et ravagé par le chagrin. Malgré les conseils et les alertes de son entourage amical, Rose s’était attachée plus que de raison à la petite fille qu’elle gardait. Cela avait été plus fort qu’elle et ne tenait pas seulement du fait que Lou était un bébé particulièrement agréable et attachant. Le contexte y avait été pour beaucoup : la mort de la maman au moment de l’accouchement, la dépression bien compréhensible d’Antoine, son incapacité à s’occuper seul de son bébé (et même à l’aimer, les premiers temps), les heures, les jours et les nuits passés auprès d’elle… Tous ces éléments avaient offert à Rose une place infiniment plus grande que celle qui aurait été dévolue à une simple baby-sitter. Deux ans plus tard, il avait été très difficile de céder sa place auprès de Lou à une autre… la femme qu’Antoine avait choisie. La même qui s’était empressée de la mettre dehors. Mais la vie avait finalement décidé de les réunir de nouveau, et d’une tout autre manière, puisque Antoine, alors, avait pris conscience de ses sentiments pour elle. C’est ainsi que Rose était devenue la belle-mère de Lou, pour le plus grand bonheur d’une Hermance conquise d’avance. Dès leur rencontre, l’été précédant le premier anniversaire de Lou, la grand-mère avait trouvé la jeune femme adorable et parfaite. Elle avait même alors espéré, bien avant que la réalité lui donne raison, qu’Antoine et Rose se mettent ensemble un jour. Elle avait su bien avant eux, bien avant lui, que Rose saurait lui faire retrouver le chemin du bonheur et l’amour. Depuis, elle le constate tous les jours : avec Lou, ils forment le trio le plus heureux du monde, elle en est sûre.

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