Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 8 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 8 – Patiner

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Patiner

 

Lou était impatiente d’essayer ses nouveaux patins et n’a pas eu à beaucoup supplier Rose pour qu’elle l’emmène ce dimanche. Depuis deux ans qu’elles vivent au Grand-Bornand, elles patinent souvent ensemble, ici ou à La Clusaz. Presque chaque semaine. C’est toujours un réel plaisir qu’il leur est agréable de partager. À force d’admirer Rose et ses pirouettes, à force de suivre ses conseils et de s’essayer à diverses figures (fort simples), la petite fille a eu envie de passer à la vitesse supérieure et a demandé à être inscrite au club de patinage des Aravis, dont la présidente, Cyrielle, est devenue une amie de Rose. L’assiduité sur la glace de Rose et de Lou, ainsi que l’aisance de la première, avaient attiré l’attention de Cyrielle, qui avait commencé à discuter avec elles. Petit à petit, une amitié était née entre les deux femmes. Rose était aussi, à présent, la prof de danse de Maya, la fille de Cyrielle. Autant de raisons de se croiser régulièrement.

Ce dimanche matin, elles se retrouvent à la patinoire toutes les quatre. Maya et Lou prennent vite leur indépendance pour évoluer sur la glace comme elles l’entendent. Cyrielle et Rose discutent de la rentrée de leurs « filles » en mode décontracté, puis optent pour un thé à l’espace cafétéria afin de poursuivre leur conversation plus tranquillement. Il faut dire que Cyrielle a une proposition à faire à Rose…

– Je suis ravie que ta fille intègre le club ! Elle en a tellement envie…

– C’est sûr, mais… même si je la considère d’une certaine façon comme telle, ce n’est pas ma fille, lui rappelle Rose avec un clin d’œil.

– Oui, bien sûr, où avais-je la tête ? Évidemment. Je ne m’y ferai jamais. Surtout qu’à vous regarder, les deux têtes blondes, on n’a vraiment aucun mal à croire que vous soyez mère et fille…

Rose n’est pas surprise. On le lui fait souvent remarquer, surtout les gens qui ignorent tout de leur histoire. Cela démontre que, au-delà d’une ressemblance physique, il y a un lien très fort et une complicité indubitables. Parfois, même, il semble à Rose que Lou est sa fille. Elle est là, depuis le début, à la nourrir, à l’éduquer, à veiller à son épanouissement, à lui donner de l’amour. Bien plus que certaines mères envers leur propre enfant. Quand elle était à l’école maternelle, Lou disait souvent : « Rose, c’est comme ma maman. » Le comme avait son importance. Un jour, Lou l’avait appelée maman. Même si une vague d’émotion l’avait envahie, la jeune femme avait corrigé Lou, afin qu’elle ne prenne pas cette habitude. Mais, au fond d’elle, le naturel avec lequel ce mot magique avait échappé à Lou l’avait touchée. Il avait du sens. Il signifiait tellement…

– Et toi ? demande Cyrielle.

Rose sort de sa torpeur. Elle a perdu le fil de la conversation.

– Quand nous rejoins-tu ?

– Je ne te suis pas, répond Rose, interloquée.

– Rose, je t’en ai déjà touché un mot il y a quelques mois. Tu adores patiner, tu te débrouilles très bien. Alors pourquoi ne rejoins-tu pas le club loisir ? Ce serait super. En plus, il me manque une femme pour mon projet de gala, cette année. J’ai pensé à toi : tu es mon premier choix.

– Je ne sais pas. Tu penses bien que, techniquement, j’ai quand même beaucoup perdu… Les sauts, les portés… ça va me demander du travail.

– Certes… Mais ce n’est que du plaisir ! Je suis sûre que tu vas adorer le groupe et que tu vas adorer tout court ! Et puis, tu vas pouvoir renouer avec la passion de ta jeunesse.

Petite, après quelques années de danse classique, Rose avait commencé le patinage artistique, rêvant de galas et pourquoi pas de médailles… Puis la vie en avait décidé autrement : la leucémie l’avait arrêtée dans son élan et avait fauché son rêve. Quand elle a fini par vaincre la maladie, elle a repris le patin, à doses homéopathiques. Elle n’avait plus d’envie de paillettes ou de gloire. Elle voulait juste glisser, recevoir le souffle glacé sur elle, se sentir en vie sur la glace comme ailleurs. Rien de plus. Elle n’avait plus de rêve plus ou moins accessible. Juste une envie et une chance qu’elle mesurait tous les jours : être, simplement, vivante…

Au lycée, elle s’était mise à la danse. D’abord modern jazz, puis danse contemporaine. C’était autant une joie qu’un défouloir. Un vecteur de possibles, une source de vie supplémentaire. Quand elle dansait, tout s’exprimait, même ce dont elle n’avait pas conscience. Elle était capable de se lâcher complètement.

– Alors ? relance Cyrielle. Ce serait chouette, de partager ça. Et avec Lou ! Allez, Rose… Promets-moi d’y réfléchir…

Rose promet, puis sourit. Dans ce sourire en forme de capitulation, il y a déjà une part de la réponse.

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