Le Sourire des Fées (2020)
Chapitre 50 – Se réunir en famille
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Se réunir en famille
Simone a insisté pour se retrouver tous ensemble à Pâques.
Dès le samedi midi, les Bordelais arrivent. Arnaud débarque de Paris. Mariette et Régis arriveront le dimanche. C’est la première fois que tous se revoient après l’annonce de la maladie d’Antoine. Il a accepté l’idée de sa mère, à deux conditions : qu’il n’ait pas l’impression d’inspirer de la pitié, que personne ne gaffe sur l’issue fatale de la SLA, vis-à-vis de Lou. Il ignore que sa fille n’a pas manqué d’effectuer ses propres recherches, même sans connaître le nom de sa maladie.
Lorsque Simone sort de la voiture et aperçoit son fils qui descend du balcon par l’escalier extérieur en se tenant à la rambarde, elle réprime le choc qu’elle ressent dans son cœur. Elle le serre fort, ensuite. Un peu trop. Antoine y perçoit de l’émotion, certes, mais il a envie de lui dire : « Maman, ce n’est pas la dernière fois que tu me vois. » Jacques lui fait les deux bises traditionnelles, peut-être avec un peu plus de chaleur que d’habitude. Lorsque Simone propose à Antoine qu’il s’appuie sur elle pour monter à l’étage, elle se fait sermonner par Lou avant qu’il n’ait le temps d’ouvrir la bouche :
– Mima, il est pas en sucre, papa !
Simone se reprend, lâche le bras d’Antoine et entend le message que sa petite-fille a bien intégré : son fils n’a pas envie d’être infantilisé ou réduit à un être fragile. Jacques lui assène un « Ah, tu vois ! » assez fier de lui. Sans compter qu’il apprécie l’attitude de son fils : pas du genre à se laisser abattre… C’est un Dussac. Le père n’est pas peu fier. Ce qui ne l’empêche pas de constater avec tristesse que la gêne à la marche de son fils est réelle et objective. Dieu merci, il y a Rose dans sa vie. Cette petite est vraiment un trésor.
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Le week-end se passe selon le souhait d’Antoine. Il avait envie de joie et de légèreté. De vie dans le chalet, comme avant, comme au temps où Hermance était encore de ce monde. Parfois, il imagine la maison sans lui. Souvent, il se dit que, quand même, Lou a peut-être eu tort de la surnommer « le chalet du bonheur ». Bien qu’à entendre les rires qui fusent autour de la table, on pourrait le croire encore.
Le dimanche matin, ceux qui le voulaient sont allés à la messe : Simone et Mariette, à laquelle s’est ajoutée, bizarrement, Lou. Hormis à Noël, elle ne va jamais à l’église. Mais là, elle avait quelque chose à dire à Dieu. Elle a écouté le prêtre parler de la résurrection de Jésus. Et elle a pensé à son père, encore plus. Elle a prié pour qu’il guérisse. « Ne m’en veuillez pas si je ne suis pas baptisée. Si vous sauvez mon père, je me baptiserai dix fois », a-t-elle promis à Dieu dans sa tête. Elle est sortie de l’église, fière du devoir accompli, avec plus d’espoir qu’en y entrant. « Moi, j’ai prié pour papa », a-t-elle dit à Mima et à Mariette. Les deux femmes se sont regardées. « Il devrait peut-être aller à Lourdes », a dit la sœur de Jacques. Simone était d’accord. Elle en a touché un mot à Antoine, à leur retour. Il a dit : « N’importe quoi. » Il a eu envie d’ajouter : « Tu attends un miracle ? Je suis fichu, de toute façon », mais il s’est refréné. Il ne voulait pas faire pleurer sa mère.
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Le week-end a également confirmé le lien entre Antoine et Arnaud. Non seulement ces deux-là ont fait la paix pour de bon, mais en plus ils retrouvent une vraie complicité. Arnaud se dit sans doute qu’entre les années perdues par le passé et les années comptées pour l’avenir, c’est le moment ou jamais de vivre pleinement leur fraternité. Simone constate avec bonheur le rapprochement de ses deux fils. Jacques, aussi, avec moins de chaleur et d’évidence, mais une certaine satisfaction intérieure. C’est très étrange, d’ailleurs, comme il a semblé différent, ces trois jours. Après leur départ, Antoine dira d’ailleurs à Rose, sur le ton de l’ironie : « Fallait que je tombe malade pour que mon père soit moins con ? » Elle l’a sermonné un peu. Il exagère… Mais c’est vrai qu’elle a senti une différence chez son beau-père. Il était moins renfermé, moins « moi je », plus agréable. On était encore loin du dialogue et d’une réconciliation possible entre père et fils, mais, pour la première fois, le mur entre eux s’était fissuré. Rose avait lu dans les yeux de Jacques une forme de compassion discrète. C’est sûr que les discours sur le travail, l’ambition et la réussite n’étaient plus vraiment d’actualité. On a plutôt discuté petits projets, quotidien et vie en général.
Tout aurait vraiment été parfait si Lou n’avait pas surpris une conversation, le lundi matin, alors que tous la croyaient encore au fond de son lit, selon la légende des grasses matinées adolescentes.
Les hommes étaient partis se balader en longeant le Borne, aux alentours du chalet. Les trois femmes étaient dans la cuisine, à préparer le repas de ce lundi de Pâques.
– Pauvre Antoine… a commencé Mariette. Qu’il est courageux !
– Oh oui, c’est terrible, a sangloté Simone. Mon pauvre fils… Il ne méritait pas ça. Il a déjà bien assez souffert. Quelle injustice… Finir comme ça… Et toi, Rose ? Comment le vis-tu ?
– Oui, c’est dur. Je m’accroche à notre quotidien, je m’attache à vivre l’instant présent, à profiter des joies qui nous sont encore permises, mais je n’arrive pas à m’imaginer sans lui.
– Pourvu que cela arrive le plus tard possible… Quelle horrible maladie, cette SLA, a ajouté Mariette, tandis que Simone ne parvenait plus à parler.
Lou en avait assez entendu. Elle a rebroussé chemin, elle est remontée sans passer par la case petit déjeuner. Elle avait enfin obtenu le nom de cette maladie que son père avait pris soin de lui cacher, sans doute dans le but qu’elle n’entreprenne pas ce qu’elle s’apprêtait à entreprendre : tout savoir, cette fois, grâce à Internet. Elle avait vu ce nom, SLA, il faisait partie des maladies possibles, et c’était sans doute celle qu’elle craignait le plus. Et pour cause. Cette fois, c’était sûr : son père allait en mourir. Mais dans combien de temps ?
Quelques minutes plus tard, elle en savait déjà beaucoup plus. Évidemment trop. Le mince espoir qui lui restait avait été pulvérisé. Elle a envie de hurler. Contre tous, contre les adultes, contre la vie, contre Dieu qui, après lui avoir pris sa mère, allait lui prendre son père.
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