Le Sourire des Fées (2020)
Chapitre 73 – Rentrer et lui rendre hommage
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Rentrer et lui rendre hommage
Antoine est mort ce 10 juillet à 11 h 47. Comme l’exige la loi, son corps a été conservé à la morgue pendant vingt-quatre heures (les vingt-quatre heures les plus insensées de la vie de Rose). Le camion des pompes funèbres est venu chercher le cercueil avec Antoine dedans. Puis le trajet du retour, plus éprouvant encore que l’aller. Enfin l’arrivée au chalet, tard le soir du 11 juillet.
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Jacques, Simone, Arnaud et Géraldine les y attendaient. Avec Hugo. Rose et Lou leur sont tombées dans les bras, dépassées par la fatigue et les émotions trop fortes.
Ensemble, ils sont allés au funérarium le lendemain. Le cercueil, fermé, ne permettait pas de voir Antoine, mais Rose les a rassurés : il est mort en souriant. Déjà soulagé par la fin de ses souffrances. Lorsqu’elle avait vu son visage, juste après, elle a pu constater à quel point elle n’avait plus eu l’occasion depuis longtemps de le considérer ainsi, parfaitement détendu. Même dans son sommeil, Antoine grimaçait de douleur. Rien que pour cela, Rose sait qu’il a pris la bonne décision. Il est enfin tranquille. Elle a dit merci au médecin belge.
Le 13 juillet, tout le monde était là pour la cérémonie civile. Même les copains de Paris. Même Manon que Rose n’avait pas vue depuis plusieurs années.
Il y a eu des discours, beaucoup d’émotion. Lorsque le cercueil a été emporté pour la crémation, Simone a jeté un cri. Rose lui a serré la main. Et bientôt, au milieu des larmes, on a vu émerger des sourires. La musique était moins triste, et surtout, face à eux, des photos d’Antoine retraçant sa vie se sont mises à défiler. Antoine sur son tricycle, Antoine et Arnaud, Antoine avec des cerises en guise de boucles d’oreilles et quatre dents en moins, Antoine en communiant, Antoine sur les skis, Antoine qui nourrit une marmotte, Antoine qui se marie avec Raphaëlle, Antoine avec Lou, Antoine avec Rose, Antoine en moniteur ESF, Antoine en fauteuil, mais toujours Antoine qui sourit. Antoine plein de vie. Celui qui restera toujours ainsi, au fond d’eux. Et puis, cette surprise, à la fin… Antoine en vidéo, depuis son fauteuil électrique, qui leur adresse ce message : « Coucou, la famille, coucou, les amis… Ne soyez pas trop tristes. Maintenant, je suis bien… Soyez heureux, vivez à fond, et aimez ! » On a à peine eu le temps de penser au cercueil avalé par le four puis réduit en cendres. C’était le dernier souhait d’Antoine, a confirmé Arnaud, son complice. Dernière mission réussie : les photos, sa vidéo surtout, ont produit un effet certain. Étrangement, on avait plus envie de sourire que de pleurer…
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Rose et Lou ont gravi avec émotion le « chemin des bouquetins », celui qui monte depuis le parking du col de la Colombière vers le lac de Peyre. Cela faisait longtemps… Quel sentiment étrange de parcourir ces mètres sans Antoine. Pourtant, il est avec elles. Il est partout en elles et autour d’elles. Parfois, malgré le vide du chalet et le vide dans leur cœur, il leur semble qu’il ne les a pas vraiment quittées.
Elles arrivent enfin au lieu voulu. Toujours le même. Ce petit endroit d’où le panorama est unique. Ce petit endroit à eux. Ce petit endroit où Antoine a demandé la main de Rose. Ce petit endroit qu’elles ont choisi pour lui. Tellement évident. Avec la certitude qu’il y pensait lui-même, sans l’avoir dit… pour qu’elles devinent. Où pourrait-il être mieux ?
Rose pose son sac à dos. Boit un peu, propose sa gourde à Lou, puis sort un carton du sac, qu’elle ouvre et dont elle retire l’urne. Comme elles l’ont décidé plus tôt, elles creusent à mains nues dans la terre pour y aménager une cavité dans laquelle elles déversent une partie des cendres. Elles les recouvrent ensuite avec le plus grand soin, puis déposent une grosse pierre dessus. Ici, elles pourront venir se recueillir. Rose et Lou se redressent avec le sentiment d’avoir accompli la première partie de leur mission. Elles se prennent dans les bras, pour se donner encore un peu de force, puis s’avancent vers le vide pour y disperser, au vent, le reste des cendres. Elles les contemplent avec émotion s’éparpiller devant elles, et prennent une grande inspiration, à la recherche du souffle qui leur manque. Antoine est redevenu poussière.
Au fond d’elles, malgré la tristesse et le manque, la sérénité et la paix commencent à s’infiltrer.
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