Le Sourire des Fées (2020)

Laure Manel · Chapitre 43 sur 75

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Le Sourire des Fées (2020)

Chapitre 43 – Y retourner

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Y retourner

 

La ponction lombaire n’a rien donné. Et la douleur de l’examen s’est avérée inutile. « Tout ça pour ça », a soupiré Antoine, ensuite.

Il ne reste plus beaucoup de solutions. Un grand nombre de maladies ont été écartées. Le neurologue n’a pas donné leur nom… ni celui de celle qu’il pourrait supposer être « la bonne ». Il a simplement dit : « Rendez-vous le 27 janvier à 15 h 45, pour un électroneuromyogramme. »

Rose et Antoine ont bien noté que le délai pour l’obtention de ce deuxième rendez-vous était beaucoup plus court. Est-ce que tout s’accélère ? Est-ce que c’est mauvais signe ? L’étau se resserre autour de son mal. Bientôt, sans doute, ils pourront poser un nom sur lui. Inoffensif ou redoutable ?

Ce qui est sûr, c’est que ce mal sans nom a déjà mis Antoine à terre : après un mois à skier dans la douleur et plusieurs chutes, il a fini par renoncer. Le docteur Gidoin l’a mis en arrêt et lui a prescrit un repos TOTAL.

Bizarrement, Antoine ne l’a pas mal pris. Rose s’est douté de la raison : il a tellement repoussé la douleur et sa résistance qu’il est finalement soulagé. Il est allé au bout de ses forces.

*

* *

Le 27 janvier, en ce début d’après-midi, la neige qui tombe à gros flocons ne leur facilite pas la tâche pour atteindre Annecy. Dans d’autres circonstances, ils auraient trouvé le spectacle sur le lac simplement féérique. Ce blanc qui s’échoue à la surface de l’eau aux reflets bleus, les sommets alentours qui arborent fièrement leurs pignons rocheux.

Quelques instants plus tard, Antoine est allongé dans le bureau du médecin, presque nu. Des électrodes ont été placées sur ses jambes et sur ses bras, pour commencer. Régulièrement, on lui inflige de courtes décharges électriques pour actionner ses muscles et voir, sur l’écran, comment ils réagissent, comment ils répondent par le biais des nerfs. Le médecin complète cet électroneuromyogramme par un test visant à comparer l’activité des muscles au repos et en activité. Il insère une petite aiguille successivement dans divers muscles pour mesurer l’influx électrique, selon qu’Antoine les contracte ou non. Fait anormal, ses muscles produisent un influx nerveux, même au repos.

– Vous avez l’impression, parfois, que vous produisez des mouvements involontaires, que vos muscles tressautent ?

Antoine réfléchit, hésite, admet :

– Oui, ça m’arrive.

– Ce sont des fasciculations, explique le docteur Pichot.

L’examen est terminé. Rose réprime frissons et tremblements. Son cœur bat la chamade. Vont-ils savoir ? Le neurologue attend le retour d’Antoine sur son siège, prend un air entre grave et navré pour annoncer :

– Bien. Je vais vous diriger vers un de mes confrères, à Lyon. Il sera plus à même de vous accompagner pour la suite. Je vais lui adresser, bien sûr, tout votre dossier.

Lyon ? Vont-ils être ballottés de ville en ville encore longtemps, atterrir un jour dans un grand hôpital parisien ? Où s’arrêtera leur parcours du combattant, à la recherche du mal dont souffre Antoine ? Quand s’arrêteront l’attente et l’angoisse ?

– C’est grave ? demande Antoine.

– C’est sérieux. Suffisamment pour que je vous envoie chez ce spécialiste.

– Vous savez ce que j’ai ?

– Nous avons éliminé de nombreuses pistes. Le docteur Poulain poussera plus loin les investigations. Lui seul sera en mesure de vous donner le diagnostic. Vous savez, certaines maladies sont longues à identifier…

Antoine et Rose voudraient peut-être y voir matière à être rassurés. Longues à identifier, mais curables ?

Le neurologue se lève et mène les deux pantins vers la porte de son bureau. Il leur serre la main à tour de rôle. « Bon courage », ajoute-t-il dans les yeux d’Antoine.

Ils sortent tous les deux avec ce « bon courage » qui leur reste à l’oreille. Il va en falloir. Encore… Encore plus ? Rose prend Antoine dans ses bras et le serre fort.

– Je suis là, mon amour.

– Je sais…

– Nous allons nous battre tous les deux. Toi, c’est moi. Ta maladie, c’est ma maladie.

C’est à son tour de la serrer fort.

– Je t’aime, murmure-t-il dans un souffle.

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