Nocturne français
La fée d’artifice
Vincent Darré, dandy étroit aux contorsions de fil de fer, a pris place à côté d’Elie Top, gravure proustienne ; le décorateur Jacques Grange et le galeriste Pierre Passebon forment une pièce unique. C’est le rang des ironiques, celui du Paris d’À la recherche du temps perdu. Tiré à quatre épingles, l’emblématique ministre de la Culture, Jack Lang, a l’air recousu jusqu’en haut du visage. Sa vie ne tient qu’à un fil. Christian Louboutin se hisse sur ses talons ; ils ont fait la fortune de ce poulbot de la mode. L’actrice Micheline Presle vient d’un autre monde. Elle fêtera bientôt ses 90 ans. Son premier film s’appelait La Fessée. Un jour, on se le passera sous le manteau.
Une extraterrestre apparaît sur la scène du Châtelet, dans le halo des projecteurs et une robe futuriste. Cela fait longtemps qu’Arielle Dombasle est devenue une créature de fiction. Elle s’est inventé un personnage, un âge, une silhouette d’écervelée. Elle ne changera plus jusqu’à ce qu’elle tombe. Condamnée au mouvement perpétuel, elle vit ses rêves comme un ange au paradis. L’enfer – ou le purgatoire – viendra bien assez tôt.
D’un tour de main, la blonde sylphide fait glisser sa robe, découvrant une taille de guêpe, des jambes de libellule, fuselées en salle de gymnastique, tels des pare-chocs d’automobile. Elle fonce dans le décor : « Ahora, para los chicanos del Bronx ! » La petite fille d’ambassadeur de France (au Mexique) décolle comme une fusée. Entre deux roucoulades, poupée glamour qui viderait son dressing, la dernière excentrique du paysage parisien parsème son tour de chant en lançant, dans un joyeux bric-à-brac, les noms de figures inclassables dont elle fut amoureuse : Zapata, Dalí, Jésus. Avec un culot incroyable, celle qui n’a jamais cessé d’être une princesse chante la rébellion. « Euh… Il y a plus de 2 000 ans naissait… un divin enfant. » Crooneuse, call-girl, bomba latina, elle jette toutes ses forces dans la bataille. Rien ne lui paraît inaccessible : « À 5 ans, Arielle se mettait sur la pointe des pieds pour faire croire qu’elle avait des talons en rejetant ses cheveux en arrière. C’est la fille la plus naturelle que je connaisse », dit l’un de ses amis d’enfance.
Fée d’artifice, elle mène sa vie à la baguette. Dans une ultime envolée, elle rend hommage à tous « les nerveux, les écorchés vifs, les désespérés, les innocents » qui la suivent dans ces illuminations.
Bougie magique qui projette des étincelles, elle donne l’illusion que la vie est une fête.
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