Nocturne français
Sainte Catherine
C’est la Sainte-Catherine. Dans la Galerie du Passage, l’air sévère dans son tailleur couleur de fer, les cheveux gris strictement tenus par un serre-tête dont un député macroniste affirmera bien des années plus tard qu’il est le signe d’un catholicisme rigide, Catherine Robbe-Grillet signe, le dos bien droit sur sa chaise, l’album de photographies d’un genre saphique dont elle a composé le texte. Les lèvres sanguines, la peau diaphane, lardées de dentelles et de lacets en cuir, les disciples juvéniles qui l’entourent ont l’allure de gravures fin de siècle. L’une d’entre elles se met à genoux devant cette maîtresse officiellement S.M. De la pointe de son feutre doré, comme d’un talon aiguille, Catherine Robbe-Grillet grave sa marque sur le noir d’une page offerte. Le photographe qui l’accompagne ajoute ses propres initiales sur l’épaule de la victime consentante.
Séductrice quand elle sourit, dominatrice quand elle se fige, l’octogénaire, veuve du chantre d’un « nouveau roman » disparu bien avant lui, affiche, sans en avoir l’habit ni l’aspiration à la sainteté, l’apparence d’une religieuse. Elle atteint l’extase en donnant des ordres, quand d’autres choisissent d’y entrer. Elle est, jouissance absolue, sa propre déesse.
OceanofPDF.com