Nocturne français
Un petit coin de parapluie
Pourquoi faut-il qu’il pleuve le jour des inaugurations ? Une voiture de police municipale barrait la petite rue Rembrandt, à l’angle des rues de Monceau et de Courcelles. Sous une toile, on avait installé une estrade, des haut-parleurs. Devant l’historique Maison chinoise, sur un réverbère, une plaque indiquait le nom du nouveau locataire des lieux : place Gérard-Oury. Deux autres avaient été vissées sur des façades d’immeubles. Aucun porche n’y correspondait. L’adresse était fictive. Quel plus bel hommage pour un réalisateur que d’habiter un décor de cinéma.
Une dizaine de personnes patientaient sous un parapluie. Un octogénaire descendit d’une berline noire et ouvrit grand le sien. Les mots « Canal Plus » s’inscrivirent en lettres blanches sur la toile : « Saisissant raccourci d’une vie », murmurai-je à celui qui s’abritait dessous, André Rousselet. « C’est tout ce qui me reste », sourit le fondateur de la chaîne cryptée.
Non loin de là, un véhicule de la fourrière était en train d’enlever une Skoda. Elle devait jurer dans le cadre. Sur l’estrade, on avait installé des fausses fleurs jaunes, rouges. Des destins défilaient sous des parapluies : avec son jean déchiré et son pépin de poche, Roman Polanski avait l’air d’un lutin ; son passé maléfique ne l’avait pas encore rattrapé. Le modèle sous lequel avait trouvé refuge l’éminent financier Jérôme Seydoux portait la marque Ferrari ; celui de Gérard Gros, ancien vice-président de Métrobus, était à l’effigie de l’hôtel Bristol. L’homme de médias, Jérôme Clément, s’abritait sous un parapluie au sigle du Plaza.
Vies de palaces, vues de gauche. Le producteur Alain Terzian avait oublié le sien. Réflexe professionnel : au cinéma, quand il pleut c’est pour de faux. La fille de Gérard Oury, Danièle Thompson, arborait un imperméable et un parapluie verts. Les teintes juraient entre elles : « Risqué », jugea Polanski. Danièle Thompson se fit prêter un autre modèle.
Fort heureusement, Gérard Oury n’était pas derrière la caméra. Dans Le Coup du parapluie, il met en scène un comédien engagé par des tueurs dont le pépin contient du cyanure.
Quand la famille fut réunie – enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants –, le maire du VIII , François Lebel, évoqua l’hôtel particulier de la e
rue Rembrandt où lors d’un tournage célèbre Bourvil avait fait tomber de la peinture sur les membres de la Kommandantur. Danièle Thompson rappela que son père avait vécu près d’ici, rue de Courcelles. Bertrand Delanoë rendit hommage à celui qui avait rendu ses « lettres de noblesse au cinéma populaire ».
À regarder l’assistance, « populaire » n’était pas le premier mot qui venait à l’esprit.
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