Nocturne français

Bertrand de Saint Vincent · Chapitre 48 sur 77

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Nocturne français

Le boxeur debout

 

Même le champagne est frappé. Ex-champion du monde lourds-légers WBA et WBC, Jean-Marc Mormeck fête son retrait du ring dans un salon du Royal Monceau. Trois mois auparavant, pour avoir osé défier le poids lourd ukrainien Vladimir Klitschko dans sa catégorie, le quadragénaire a mis le genou à terre. Son ultime rêve de grandeur s’est envolé.

Colosse longiligne, au visage épargné, le Guadeloupéen reçoit en costume de lin, un verre de jus de pamplemousse à la main. Sa puissance a de quoi impressionner : 1,83 m, 98 kg. Posé comme une statue, le sourire accueillant, il fait songer à Baloo, l’ours du Livre de la jungle. On sait les plantigrades capables de férocité.

Ses proches sont là : son épouse, qui le côtoie depuis l’enfance – « Il a changé, il est devenu plus calme » –, son copain, le chanteur-compositeur Jeffrey, qui l’admire et va faire swinguer la salle en jouant les crooners. La moyenne des invités est d’une carrure respectable ; nulle trace de boxeurs, ni de marques sur les visages : « Je ne partage pas leur mentalité, dit sobrement Mormeck. Moi, je veux simplement gagner ; pas détruire l’adversaire. »

Ému, le boxeur-gentleman sort de sa poche quelques photos de lui adolescent, en tenue de gymnastique ou torse nu. C’est l’un de ses professeurs du collège de Drancy qui vient de les lui apporter : « J’étais turbulent », admet-il. Jolie victoire, construite aux poings et dans la discipline sur un destin qui aurait pu le laisser K.O., sur le bord d’un terrain vague, dans une banlieue sans espoir.

Un flic fait son entrée : ce n’est pas pour le cueillir. L’ancien directeur général de la Police nationale, Frédéric Péchenard, fait partie de son fan-club : « Il a le regard doux », dit l’ancien spécialiste des interventions musclées, à propos du costaud que cela amuse. L’avocat Éric Andrieu n’est pas loin.

Avec ses compères de jogging, Mormeck rêve de finir le marathon de New York. « Les boxeurs sont plus beaux que la boxe », lâche l’inventeur du slogan « La force tranquille », Jacques Séguéla. À cet instant, le téléphone portable de ce dernier gémit dans sa poche. Son premier petit-fils vient de naître. Un miracle.

« Comment s’appelle-t-il ? s’enquiert le boxeur.

— Andréa, grimace le publicitaire. J’aurais préféré César. »

L’ex-empereur du ring a un sourire attendri devant tant de mégalomanie.

« On tient notre champion », dis-je.

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