Nocturne français
Ma fille, ma bataille
« Attendez, excusez-moi ! » Elle s’éclipse pour redresser une mèche, tombée sur le visage, si délicat, de sa fille. Quelques instants auparavant, elle a glissé dans une pochette deux croissants pour les lui remettre avant qu’elle ne prenne le train qui doit la ramener à Londres. Marlène Jobert est une bonne mère ; attentive, inquiète. « Fusionnelle », sourit Eva Green, 30 ans, qui par moments doit avoir envie de desserrer le nœud. Brune, les yeux clairs, une peau de lait, l’ex-James Bond girl pose devant un photographe. Belle de jour. Au mur de la galerie Catherine Houard, des clichés retracent un siècle de la saga familiale. Derrière l’objectif, la grand-mère, Suédoise intrépide, Mia, puis son fils, Lennart. 1930-1960, des figures de Paris, célèbres ou inconnues, se côtoient en noir et blanc.
Effilée comme une cigarette ou un stylo Montblanc – marque dont elle est l’égérie –, nouée comme un filtre, Eva Green parle de son métier d’actrice : « C’est un combat, dit-elle. On se bat. » « Perfectionniste, murmure sa mère. Peut-être trop. On n’est pas heureux. Je lui dis sois optimaliste. Elle ne m’écoute pas. » « Je sais que je vais donner beaucoup de moi, rétorque la comédienne, alors j’attends beaucoup des autres. J’aime les relations très fortes. » On la sent arc-boutée. Elle raconte l’épreuve des castings, la compétition. Elle en parle comme d’une jungle : « Aux yeux des agents, on est du bétail… Il faut savoir garder sa sensibilité et en même temps être Jeanne d’Arc. » En prenant garde de ne pas se brûler.
« Je n’ai pas le droit de me plaindre », rétorque Eva Green en souriant. Déjà prête pour de nouveaux combats. Elle vient de participer au tournage d’une série américaine, Camelot ; s’apprête à donner la réplique à Al Pacino. Pendant ce temps, Marlène Jobert regarde sa montre : « Tu vas rater ton train. » Les mères sont des garde-barrières.
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