Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 9 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 9

 

J’ai besoin d’un boulot et j’ai besoin d’argent.

Je prends un journal, je regarde les petites annonces. Je note les adresses et je me balade en ville. Il fait froid, le vent est cinglant mais ça me calme de marcher. Je postule pour plusieurs boulots. Deux dans des bars pour être videur. Un dans une boutique de vêtements pour être magasinier. Un dans un café pour être serveur et tenir la caisse. Deux dans des stations-service pour être pompiste. Je serre des mains et je souris et on me dit de patienter. Je leur donne le numéro de téléphone de Kevin. Je patiente.

À la fin de la journée je retrouve Kevin. Il m’emmène manger une pizza. Je n’ai pas mangé aujourd’hui je suis fauché comme les blés. Après le dîner, on retrouve nos amis au bar. Ils boivent et ils fument et je bois de l’eau et je fume. On joue au billard, on parle, on rit, je commence à réapprendre à rire. Je reste tard, à regarder à rire et à fumer. Je ne ris pas beaucoup, mais même de temps en temps, c’est pas mal.

La nuit s’achève et je rentre chez Kevin avec lui, j’écoute les messages, personne ne m’a appelé. Je rentre à la maison. Ça va être ma maison encore pendant deux mois, je n’ai nulle part où aller. Je me couche par terre, je m’emmitoufle dans les couvertures, je serre l’oreiller.

Le sommeil ne vient pas facilement.

Les secondes deviennent des minutes qui deviennent des heures.

Des heures.

Je suis allongé par terre et je serre l’oreiller.

Elle me manque.

Je suis seul.

Elle me manque.

L’obscurité cède à la lumière.

Je suis allongé par terre.

Je finis par m’endormir.

Je dors.

Dors.

J’entends la porte qui s’ouvre. Je ne sais pas si je l’entends en rêve ou pas. J’entends des pas sur mon plancher. Je suis réveillé je sais que ce n’est pas un rêve. J’entends des voix. Des paroles murmurées il y a quelqu’un dans mon appartement. C’est quoi ce bordel. J’entends des paroles il y a quelqu’un dans mon appartement. Je suis réveillé. Ce n’est pas un rêve. Il y a quelqu’un.

J’entrouvre les yeux, regarde dans l’interstice. Mon cœur se met à battre la chamade. Je vois deux paires de chaussures en cuir, des chaussures coûteuses. Putain qui est là. J’essaie de reconnaître les chaussures, sans succès. J’essaie de reconnaître les voix, je ne les entends pas assez pour cela. J’entrouvre davantage les yeux, les relève sans bouger la tête. Pourquoi y aurait-il quelqu’un dans mon putain d’appartement. Les portes des placards se mettent à s’ouvrir et à se refermer. Je relève les yeux encore, encore, encore. Je vois deux têtes par-derrière. Je vois un crâne chauve familier. J’ouvre les yeux, je m’assieds et je parle.

Leonard.

Leonard se retourne. Il est vêtu d’un trench-coat noir, d’un costume noir, il porte un paquet de café.

Mon fils.

Qu’est-ce que tu fabriques ici ?

Tu te souviens de Barracuda ?

Comment m’as-tu retrouvé ?

Je t’ai fait rechercher. Ce n’était pas difficile.

Comment es-tu rentré ici ?

Il désigne l’homme à ses côtés.

Je lui ai demandé d’ouvrir la porte. Ça non plus c’était pas difficile.

Je regarde l’homme, qui lui aussi s’est retourné. Il est grand et costaud, il a des cheveux noirs, courts, et il porte lui aussi un trench-coat noir et un costume noir. Je l’ai rencontré lorsqu’il est venu chercher Leonard à la clinique. C’est un homme intimidant, un homme qui évoque davantage un ours qu’un être humain, un homme que je chercherais à éviter s’il ne se trouvait pas avec mon ami.

Comment ça va, Barracuda ?

Ça va, fiston.

Je repose les yeux sur Leonard.

Qu’est-ce que tu fabriques ici ?

Viens ici.

Comment est-ce que tu es rentré dans mon appartement ?

Allez, viens ici.

Je me lève.

Quoi ?

Il me fait signe d’avancer.

Viens ici.

Je fais un pas vers Leonard.

Il fait un pas vers moi. Il ouvre ses bras et il les enroule autour de moi.

Je suis désolé que tu l’aies perdue.

Je me mets à parler, mais j’en suis incapable.

Je suis tellement désolé.

Je me mets à pleurer.

Il me serre dans ses bras.

Je me mets à pleurer.

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