Mon ami Leonard
Chapitre 21
Leonard veut rencontrer Allison. Je l’invite à dîner, lui dis qu’on lui fera à manger. Il rit, me traite d’enfoiré domestiqué, me demande comment j’ai appris à cuisiner, je lui dis que je n’y connais rien, c’est Allison qui s’en occupe. Il rit de nouveau dit qu’il sera heureux de venir je lui demande si demain c’est bien il dit ouais.
Allison et moi allons dans l’épicerie chic. Elle a une liste elle me dit ce dont elle a besoin elle vérifie pour être sûre que j’ai pris les bons ingrédients elle vérifie une deuxième fois on fait la queue.
On commence à préparer le repas dans l’après-midi. Elle fait une salade, de la purée, une tarte aux pommes. Pendant qu’elle est dans la cuisine, je nettoie la maison. Je balaie, passe la serpillière, récure le moindre centimètre carré dans la salle de bains, lave les draps lave la housse du futon, enlève toutes les merdes de chien dans le jardin et les jette dans la forêt. L’odeur qui vient de la cuisine me donne faim me donne envie de manger je fais de nombreuses pauses pour aller dans la cuisine et essaye de grignoter. Allison me jette dehors je tente à nouveau ma chance elle me jette à nouveau dehors. On prend une douche on met de beaux vêtements on inspecte la maison pour s’assurer que tout est en ordre on inspecte la cuisine pour s’assurer qu’on est dans les temps. Allison en sait long sur Leonard sait ce qu’il fait et qui il est connaît ma relation avec lui sait combien il compte pour moi. On veut tous les deux que ça se passe bien ce soir elle est anxieuse. Je sais que Leonard va l’apprécier, je sais qu’elle va l’apprécier même s’il risque un peu de l’intimider. On entend une voiture se garer les chiens se mettent à japper une portière de voiture s’ouvre toc toc toc. J’ouvre la porte, Leonard est là avec un énorme bouquet de fleurs, deux bouteilles de vin une de blanc une de rouge. Il parle.
Mon fils.
Entre, Leonard.
Leonard pénètre dans la maison. Allison est dans la chambre. Leonard regarde autour de lui, parle assez fort pour qu’Allison l’entende.
Je le savais, je le savais. Cette femme magnifique et parfaite n’était qu’un délire, une invention, elle n’existe pas.
Je ris.
Je me suis toujours méfié. Cette Allison avait l’air trop bien pour être vraie. Personne ne peut être tout ce que tu dis qu’elle est, splendide, intelligente, cultivée, connaissant l’histoire de l’art, et capable de te supporter. C’est impossible, impossible.
Allison sort de la chambre. Leonard la voit.
Oh ! là ! là !
Allison sourit.
Bonjour, Leonard. Je suis Allison. J’ai beaucoup entendu parler de vous, je suis contente de vous rencontrer.
Leonard pose un genou à terre.
Ma dame, vous êtes une apparition. Puis-je vous offrir ces fleurs, et puis-je vous offrir ce vin, rouge s’il vous agrée, blanc s’il vous agrée.
Allison rit. Prend les fleurs et le vin.
Merci.
Puis-je me relever ?
Elle rit de nouveau.
Bien sûr.
Leonard se relève, Allison se rend à la cuisine met les fleurs dans un vase. Je la suis lui demande quel vin elle préfère elle dit rouge j’ouvre la bouteille demande à Leonard s’il veut du cola il dit non, j’ai arrêté de boire du cola, seulement de l’eau pour moi. Je sers à Allison un verre de vin, à Leonard un verre d’eau, et un verre de cola pour moi. Allison met le dîner au four, Leonard s’assied sur le divan. Il regarde Allison, parle.
Jolie dame. Venez vous asseoir à mes côtés.
Allison sourit, me regarde.
Tu vas réussir à te débrouiller tout seul ?
Ouais.
Allison s’assied à côté de Leonard. Je mets la table, réchauffe les pommes de terre, prépare la sauce de salade. J’entends des bribes de conversation je les entends parler de la ville natale d’Allison de fringues de filles, domaine dans lequel, pour une raison quelconque, Leonard a l’air de s’y connaître. Je les entends parler d’art de vin je les entends rire je les entends parler de moi j’essaie de ne pas écouter. Je termine ce que j’ai à faire dans la cuisine mets la salade sur la table leur dis que le dîner est servi.
Ils viennent, Leonard présente sa chaise à Allison, on s’assied. Leonard lève son verre, parle.
À mon fils, et à la belle, charmante et intelligente jeune femme qu’il a réussi, pour une raison obscure, à convaincre de passer du temps avec lui.
Allison et moi rions on trinque on boit une gorgée. On mange la salade, on mange le dîner Allison a fait un filet de bœuf, on mange le dessert. Leonard demande à Allison de quoi j’avais l’air avant la clinique, elle rit et dit qu’elle ne sait pas vraiment parce qu’elle essayait de m’éviter autant que possible. Allison demande à Leonard comment c’était la clinique, il rit et dit c’était à la fois génial et affreux. Elle demande en quoi c’était génial, il dit aussi ridicule que ça puisse sembler, c’était amusant de se retrouver dans la même clinique qu’une bande de toxicomanes et d’alcooliques tarés, on a beaucoup ri, on s’est raconté toutes sortes d’histoires complètement dingues, on s’est fait de grands amis. Elle demande pourquoi c’était affreux il dit parce que personne n’atterrit là parce qu’il est en bonne santé ou sain ou équilibré, personne n’atterrit là parce que ça va bien dans la vie, et c’est assez désagréable d’affronter toutes les conneries que l’on inflige à soi et aux autres et c’est assez désagréable d’essayer de comprendre comment éviter de recommencer. Elle pose des questions sur nos amis Leonard lui parle d’Ed et Ted, Ed est mort dans une bagarre et Ted est en prison, condamné à perpétuité, Matty le boxeur s’est fait flinguer devant une crackhouse, Michael s’est mis une balle dans la tête, Hohn est lui aussi en prison, condamné à perpétuité. Allison demande si Leonard connaît Miles, Leonard dit bien sûr, c’est un homme raffiné, raffiné, j’aurais aimé pouvoir être ami avec lui. Allison demande pourquoi il ne peut pas, Leonard dit notre situation aux deux pôles de l’éventail de la légalité interdit une telle amitié. Allison pose des questions sur son travail, Leonard rit, dit si tu demandes, c’est que tu sais, et c’est tout ce que je vais te dire.
Tandis que je débarrasse la table, Allison se lève va aux toilettes. Leonard se lève, m’aide, parle.
Si elle était mon type j’essaierais de te la voler.
Ça serait embêtant.
Heureusement elle n’est pas mon type.
Est-ce que j’ai ton approbation ?
Achète la bague demain.
Je pense que ça veut dire oui.
Ça veut dire oui oui oui oui oui, t’es complètement taré si tu la laisses partir.
Je ne veux pas, mais qui sait.
Qu’est-ce qui pourrait t’en empêcher ?
Je ne sais pas.
Lilly ?
Non.
Est-ce qu’elle est au courant ?
Si on veut.
Tu peux préciser ?
Elle en a entendu parler, mais elle ne connaît pas les détails.
Pourquoi ?
Je n’aime pas parler de Lilly, et je n’en parle à personne à part toi, et je ne veux pas qu’Allison ait l’impression de devoir se montrer à la hauteur des souvenirs que je garde de ma petite amie décédée.
Ça pourrait l’accabler.
Ça serait chiant pour elle.
Oui, en effet.
Je l’aime et je veux qu’elle se sente bien.
Ce que tu dis est sensé.
Merci.
Allison revient, Leonard fait demi-tour.
Ah, jolie dame, nous étions justement en train de parler de vous.
Allison sourit.
Qu’est-ce que vous racontiez ?
James me disait combien il vous aimait.
Elle sourit de nouveau.
Je l’aime.
Et je lui disais que si vous étiez mon type, j’aurais essayé de vous voler.
Ah ouais ?
Ouais.
Vous êtes charmant, Leonard, mais vous ne m’auriez pas eue.
Et je suis beau, aussi. N’oubliez pas ma beauté.
Allison rit.
Ouais, vous êtes beau, Leonard, mais c’est lui que j’aime.
Leonard me regarde.
T’es un chanceux, mon fils, un enfoireux de chanceux. Je ris.
Un enfoireux ?
Leonard hoche la tête.
Ouais.
C’est quoi, un enfoireux ?
C’est toi. T’es un enfoireux de chanceux.
T’as déjà utilisé ce mot ?
Nan, je viens de l’inventer, pour toi, enfoireux de chanceux.
Je ris de nouveau, regarde la belle Allison, regarde mon ami Leonard, regarde mes chienchiens endormis par terre, tous se trouvent dans ma maison de Laurel Canyon sur les collines qui dominent Los Angeles. J’ai fait un bon repas. Je suis amoureux. Je sais que demain je vais me réveiller. Je suis chanceux. Chanceux.
Un enfoireux de chanceux.
OceanofPDF.com