Mon ami Leonard
Chapitre 35
Ça fait un an, exactement un an, que je n’ai pas bu un verre. Ça fait un an et deux jours que je n’ai pas fumé de crack.
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Je suis dans le train qui va dans la banlieue nord. Je suis d’abord passé à la maison. C’est la maison où j’ai pris mon premier paquet, où le drôle de type en pyjama de soie s’est payé ma tête. J’y suis retourné trois ou quatre fois, chaque fois une nouvelle personne est venue ouvrir la porte. Je suis censé récupérer une serviette et l’emporter dans la partie Sud de la ville.
C’est tôt le matin. Le train est presque vide. Je lis, de temps à autre je jette un coup d’œil par la fenêtre, le ciel est gris, les feuilles ont changé, elles commencent à tomber. Il commence à faire froid.
Je sors du train prends un taxi. Je me rappelle comment on y va. Je vois la maison les grosses pierres grises. Je me dirige vers la porte, frappe, personne ne vient, je frappe encore, entends des bruits de pas une respiration lourde. J’attends. Les pieds cessent de traîner j’entends toujours la respiration lourde. Je frappe de nouveau la porte s’ouvre c’est homme au pyjama. Il porte un caleçon blanc, sale et très court et un T-shirt blanc crasseux, il a des poches noires et profondes sous les yeux. Son nez coule et il tremble et on dirait qu’il n’a pas dormi depuis longtemps. Il tient un neuf millimètres dans une main et il le braque sur mon visage.
Qu’est-ce que tu veux ?
Je suis surpris terrorisé ne peux parler.
Qui t’a envoyé ici ?
Je ne veux pas mourir je me mets à trembler comme une feuille.
QUI T’A ENVOYÉ ICI ?
Le trou noir du canon se trouve à quelques centimètres de mon visage je sens l’odeur du métal. Je ne veux pas mourir je ne peux pas respirer bouger parler je ne veux pas mourir je suis paralysé.
ENCULÉ.
L’homme arme le flingue.
QUI T’A ENVOYÉ ICI, ENFOIRÉ ?
Je ne veux pas mourir je me pisse dessus. L’urine coule le long de ma jambe, dans mes chaussures, elle ne cesse de se répandre ma vessie s’est vidée.
QUI ?
Le pistolet tremble putain putain putain.
T’A ENVOYÉ ?
Je ne veux pas mourir le pistolet tremble putain de merde.
ENCULÉ ?
Il faut que je me tire bouge bouge bouge si je ne me tire pas je vais mourir. Je fais un petit pas en arrière. L’homme me fixe des yeux, le pistolet est toujours braqué sur mon visage. Je fais un nouveau petit pas en arrière j’ai tellement peur je ne veux pas mourir pitié pitié pitié. Je recule encore d’un pas l’homme me fixe des yeux son doigt est sur la détente pitié.
C’EST LEONARD QUI T’A ENVOYÉ ?
Pitié encore un pas pitié ne tirez pas pitié.
C’EST LEONARD QUI T’A ENVOYÉ ?
Encore un pas ne tirez pas pitié.
C’EST LEONARD QUI T’A ENVOYÉ ?
Je ne veux pas mourir. Je ne veux pas mourir.
TU VAS DIRE À LEONARD.
Encore un pas.
QUE JE VAIS LUI FOURRER CE FLINGUE DANS LE CUL.
Encore un pas.
ET LUI FAIRE EXPLOSER SA PUTAIN DE CERVELLE.
Encore un pas en arrière. Encore un pas, encore un pas. L’homme me regarde pitié ne tirez pas pitié encore un pas encore un pas. Pitié pitié pitié laissez-moi partir. L’homme me regarde, je suis presque parti. Il baisse son flingue, s’essuie le nez, ferme la porte. Je continue de reculer jusqu’à ce que j’atteigne le trottoir. Je fais demi-tour et je m’en vais en marchant d’un pas pressé. Mon cœur est en train d’exploser mes jambes sont en coton. Je tremble j’ai la jambe et les pieds, le pantalon, les chaussettes et les chaussures trempés d’urine. Quand j’arrive au bout du pâté de maisons je tourne au coin de la rue je suis loin putain de Dieu je suis loin. Je tombe à genoux sur une petite parcelle d’herbe marron entre le trottoir et la rue. Je vomis.
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