Mon ami Leonard

James Frey · Chapitre 29 sur 97

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Mon ami Leonard

Chapitre 29

 

Je vois Brooke le lendemain.

Puis le lendemain.

Puis le lendemain.

On fait des balades, on va au ciné, on mange des cheeseburgers dans une cafet’. On va dans des bars, on joue au flipper, on fume des cigarettes.

Au bout d’une semaine elle me fait entrer chez elle. C’est un trois-pièces avec vue sur le lac Michigan. Joli, mais rien d’extraordinaire.

Au bout de dix jours elle me fait entrer dans sa chambre. Elle a un lit blanc et douillet, elle a de beaux draps propres, elle a plus de coussins qu’il n’en faut. On s’allonge sur son lit et on s’embrasse, on s’embrasse, des baisers longs et profonds on s’allonge l’un en face de l’autre nos jambes entrelacées on s’embrasse. On ne va pas plus loin que les baisers je ne suis pas assez sûr de moi pour aller plus loin. Je lui dis que j’ai peur qu’elle me fait peur que mes émotions me font peur que le fait de m’ouvrir me fait peur. Elle pose des questions sur mon passé je lui raconte des histoires de drogue des histoires sur mon arrestation sur la dépendance sur ma déchéance. Je n’éprouve ni fierté ni honte en racontant ces histoires. C’était ma vie, et maintenant ça ne l’est plus.

Je rencontre sa colocataire, Heather. Heather est sympa avec moi, mais je sais qu’elle pense que je suis un truand, et je sais qu’elle pense que Brooke pourrait trouver quelqu’un de mieux. Je suis d’accord avec Heather, Brooke pourrait indéniablement trouver quelqu’un de mieux.

Je rencontre son ami Ned. Ned est ouvertement hostile à mon égard. Il dit à Brooke que je vais lui faire du mal, que je suis dangereux, instable, dérangé. Nous dînons avec lui dans l’intention de l’adoucir, il ne m’adresse pas la parole, sauf de temps en temps pour me faire des remarques sur mes manières à table. Je demande à Brooke si je peux botter le cul de Ned. Elle dit non.

Je passe la nuit avec elle pour la première fois je me sens en sécurité dans ses bras je dors facilement, sans rêves.

On loue des films.

On commande des pizzas.

On se tient la main quand on marche.

On reste éveillés jusqu’à tard on regarde le soleil couchant.

On dort les après-midi.

On voit Danny, Kevin. Ils rient tous deux de ce qui nous arrive. Kevin dit c’est comme dans les films je demande quel film il rit, dit La Belle et la Bête.

Je ne travaille pas. Je ne sais pas pourquoi on ne m’appelle pas, ne sais pas pourquoi je ne suis pas obligé d’aller quelque part.

Je fais rire Heather, une, deux, trois ou quatre fois mon humour désopilant commence à marcher avec elle. On sait tous les deux que Brooke mériterait quelqu’un de mieux, mais Heather se met à croire que je ne suis peut-être pas si affreux.

On dîne à nouveau avec Ned. Je sais qu’il aime le sport j’essaie d’engager la conversation avec lui. On parle base-ball, basket, football. Il aime l’équipe de Chicago j’en sais assez pour entretenir la discussion. À la fin de la soirée, alors que je suis aux toilettes, il dit à Brooke qu’il s’est peut-être trompé sur mon compte. Plus tard, quand Brooke me raconte, je réponds que je suis content qu’il ait dit ça, parce que sinon, malgré ses objections, j’étais sur le point de lui botter le cul. Elle se moque de moi.

Je me mets à passer toutes les nuits avec elle.

Je rentre chez moi le matin. Je prends une douche, prends mon courrier, me réapprovisionne en argent liquide. Je suis chez moi un matin le téléphone sonne je décroche.

Allô.

Leonard parle.

Harry Houdini à l’appareil, nom de Dieu.

Je souris.

Quoi de neuf, Leonard ?

Où t’étais, mon fils ?

Pas loin.

Et tu faisais quoi ?

Pas grand-chose.

Ah ! AH !

Je ris.

Qu’est-ce que ça veut dire, bordel ?

J’ai dit AH ! Tu t’affiches partout avec une petite demoiselle.

Peut-être.

Peut-être, mes couilles. Un de mes informateurs dit que tu prends du bon temps avec une jolie petite blonde.

Un de tes informateurs ?

Il y a des gens qui m’informent de trucs. Je les appelle mes informateurs.

Et ils me surveillent ?

Ils regardent ce que tu fais, de temps en temps.

Il faut que ça cesse, Leonard.

C’est pour ton bien.

Cesse de me faire surveiller, Leonard.

D’accord, d’accord, je vais arrêter.

Merci.

Est-ce que tu t’amuses ?

Je ris.

Oui.

Je parie que ça ne te manque pas de ne pas travailler.

Est-ce que c’est pour ça qu’on ne m’a pas appelé ?

Je me suis dit que tu méritais un peu de repos pour te concentrer sur des sujets plus importants.

Merci.

On dirait que t’as pas perdu ton temps.

Ouais.

Impressionnant.

Qu’est-ce que tu sais sur elle ?

Je sais qu’elle est très séduisante, je sais qu’elle est très riche. Je sais qu’elle a du sang bleu, qu’elle vient d’une vieille famille. Je sais que t’as l’air d’aller mieux que depuis un sacré bail.

Tu la fais surveiller par quelqu’un ?

Non, j’ai juste fait quelques recherches.

Plus de ça.

Je comprends.

Plus jamais.

Tu la protèges.

Ouais.

Je suis content pour toi.

Pourquoi ?

Si tu la protèges, ça veut dire que tu tiens à elle. C’est une bonne chose, une belle chose, que tu sois de nouveau capable de tenir à quelqu’un.

Tu devrais venir pour la rencontrer.

Ça sera pas de sitôt.

Pourquoi ?

J’ai des affaires à régler en ce moment, de grosses affaires, et il faut que je veille au grain. Je viendrai la voir quand ça sera bouclé.

D’accord.

T’as besoin de quelque chose ?

Nan.

T’as de l’argent ?

Assez pour un an.

Il rit.

Ça m’étonnerait.

Je ne dépense pas grand-chose.

T’as une petite copine. Tu vas commencer à en dépenser.

Je ris.

C’est pas son style.

On verra.

T’as besoin de quelque chose ?

Non.

On reste en contact ?

Évidemment.

Bonne chance avec tes affaires.

Au revoir, mon fils.

Je raccroche, sors, descends en ville. Brooke m’attend.

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