Mon ami Leonard
Chapitre 38
L’hiver succède à l’automne.
Je reste assis devant mon ordinateur pendant des heures j’écris de quoi as-tu peur abruti, pourquoi as-tu peur ?
Un homme au bar me dit que je ressemble à une mouche. Je lui demande pourquoi il pense que je ressemble à une mouche il me dit que les mouches naissent dans la merde et vivent dans la merde, il me dit que je ressemble à une merde et que j’ai l’air d’avoir vécu dedans, avec et comme une merde, par conséquent je ressemble à une mouche. Je ne sais pas quoi dire alors je dis merci, mon ami, merci.
Je rencontre une fille qui s’appelle Julianne, c’est une amie de Danny elle cherche un colocataire. On s’entend bien, elle vient du Sud et son accent me fait rire, je décide de devenir son colocataire. On se met à la recherche d’un appartement. On trouve un grand appartement avec deux chambres, une belle hauteur de plafond, un salon-salle à manger et une cuisine, qui devrait coûter cher mais ce n’est pas le cas. Comme on essaye de comprendre pourquoi, on entend un puissant grondement, et l’immeuble tremble et les fenêtres tremblent et le sol tremble tout tremble putain. Julianne se demande si c’est un tremblement de terre, je ris, vais au fond de l’appartement, regarde par la fenêtre. Les rails du métro aérien passent à trois mètres. J’aime bien les rails du métro, j’aime bien les tremblements et les grondements, j’aime bien l’appartement. Je dis à Julianne qu’on devrait le prendre, elle est d’accord avec moi, on signe le bail. On emménage et toutes les quinze minutes ça gronde et ça tremble, ça gronde et ça tremble.
Je rencontre un autre type dans un autre bar il me regarde dans les yeux et il dit je suis malade mental et instable. Je lui dis que moi aussi je suis malade mental et instable. Il me dit que ses docteurs lui ont conseillé de ne jamais reboire, que ça pourrait le tuer. Je lui dis que mes docteurs m’ont donné le même conseil. Il me dit qu’il va dans les bars parce qu’il ne sait pas quoi faire d’autre de sa vie. Je lui dis que je comprends de quoi il parle et je lui paye un cola, un verre de cola frais avec de la glace.
Je m’assieds devant mon ordinateur.
Toutes les quinze minutes ça gronde et ça tremble.
L’hiver à Chicago il fait un froid de canard.
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