Mon ami Leonard
Chapitre 22
Allison, Kevin et moi promenons les chiens sur la Colline au-dessus de chez moi. C’est samedi matin il est tôt, le ciel est clair, le soleil brille. Allison tient Bella je tiens Cassius Kevin nous parle de son boulot, il travaille pour une ancienne vedette de la télévision qui passe désormais la plupart du temps à faire de la gym au téléphone devant son miroir. En marchant on entend une voiture qui gravit la colline derrière nous, on l’entend foncer, on marche vers le trottoir on continue d’avancer. Une petite décapotable bleue nous dépasse en rugissant, freine brutalement une quinzaine de mètres devant nous. On continue d’avancer on aperçoit un homme un Noir à la peau claire assis derrière son volant il nous fixe des yeux. On continue d’avancer lorsqu’on est à quelques mètres l’homme avance d’une dizaine de mètres, s’arrête, continue de nous fixer. Comme on se rapproche, il recommence. On se rapproche il recommence. Allison et Kevin sont perplexes se demandent ce qui se passe, mon instinct me dit que quelque chose de déplaisant est sur le point d’arriver. Je passe la laisse de Cassius à Kevin me dirige vers la voiture l’homme me fixe des yeux je parle.
Il y a un problème ?
L’homme met le frein à main, ouvre la porte, sort. Il est plus grand et plus costaud que moi il a l’air excédé. Allison et Kevin s’arrêtent à environ un mètre de moi. L’homme parle.
Ouais, y a un problème.
Quoi ?
C’est votre chien ?
Il désigne Cassius du doigt.
Ouais.
Votre chien a mordu le mien. Il l’a sacrément amoché.
Quel genre de chien avez-vous ?
J’ai un petit beagle qui s’appelle Elron.
Je hoche la tête.
Ouais, mon chien a mordu votre chien après que votre chien l’a mordu.
C’est pas ce qui s’est passé.
Si.
Non.
J’étais là. Votre chien est arrivé en courant, s’est mis à grogner et à japper, a mordu mon chien, puis a continué de le suivre, et mon chien l’a mordu à son tour.
J’ai reçu une facture du vétérinaire de deux cent cinquante dollars. Qu’est-ce que vous comptez faire pour ça ?
Montrez-moi la facture et on peut essayer de s’arranger.
Qu’est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire que je vais vous donner mon adresse et mon numéro de téléphone, vous pourrez me montrer la facture et on va essayer de s’arranger.
L’homme me regarde fixement, je soutiens son regard. Il ne me fait pas peur, mais je n’ai aucun intérêt à me battre avec lui, ni à faire quoi que ce soit susceptible d’empirer les choses. On est voisins. Son chien, un beagle de dix kilos, a mordu mon chien, un pitbull de quarante kilos. Mon chien a rendu sa morsure à son chien, et je ne doute pas qu’il lui ait fait mal, et ce qu’il faut, c’est essayer de résoudre ça à l’amiable. L’homme fait demi-tour, ouvre la portière de sa voiture. Il s’assied sur le siège passager, sort un stylo et un bloc-notes d’un sac à dos posé sur le siège, me les tend. J’inscris mes nom, adresse, téléphone, lui tends le bloc-notes. Il me regarde, parle.
Je suis content que vous ayez réagi comme ça.
Y a pas de problème.
Il remet le bloc-notes et le stylo dans le sac à dos, sort un pistolet, lève les yeux vers moi.
J’ai dit que j’étais content que vous ayez réagi comme ça parce que je n’ai pas envie de flinguer quiconque, ni de tuer personne.
Quoi ?
Il referme la portière.
Vous m’avez compris.
Je suis sous le choc. L’arme est posée sur le siège, l’homme me fixe des yeux, je parle.
Montrez-moi simplement la facture et on s’arrangera.
Il me fixe encore pendant quelques instants, démarre la voiture, s’éloigne à toute vitesse. Je me retourne, regarde Allison et Kevin. Allison est pâle, a l’air terrorisée.
Kevin regarde la route.
Ça va ?
Kevin secoue la tête, parle.
Qu’est-ce que c’était ?
Ce type ne tourne manifestement pas rond.
C’est une litote.
Je regarde Allison.
Ça va ?
Elle secoue la tête, je m’avance, prends sa main, elle tremble.
Il allait nous tirer dessus.
Non, il n’allait pas nous tirer dessus.
Je veux qu’on appelle la police.
On n’a pas besoin d’appeler la police.
Je veux rentrer à la maison et appeler la police.
On va rentrer à la maison. On va pas appeler la police.
On remonte la colline. Je sais où l’homme habite j’ai vu sa voiture dans l’allée. On va devoir passer devant sa maison pour se rendre à la mienne, j’espère que sa voiture n’y est pas. Elle n’y est pas on va chez moi Allison devient de plus en plus bouleversée presque hystérique. Elle parle.
Appelle la police.
La police ne fera rien, Allison.
Il a menacé de nous tuer.
Et s’ils vont le voir il niera et ça ne changera rien.
S’il te plaît, appelle.
C’est une perte de temps.
Kevin parle.
Je crois que tu devrais appeler.
Je vais appeler quelqu’un, mais ça ne sera pas la police.
Allison parle.
Qui vas-tu appeler ?
Leonard.
Qu’est-ce qu’il va faire ?
Je ne sais pas. On verra.
Je décroche le téléphone, compose le numéro, attends, Leonard répond.
Allô ?
Leonard.
Mon fils. Bonne journée.
Pas vraiment.
Qu’est-ce qui va pas ?
Un enculé vient tout juste de me menacer de me flinguer, et éventuellement Allison, et éventuellement mon ami Kevin.
Quoi ?
Je raconte à Leonard ce qui est arrivé. Je lui parle de la voiture, de l’homme, du flingue, de la menace. Une fois que j’ai terminé, il rit.
Ce n’est pas drôle, Leonard.
C’est assez drôle.
L’enfoiré avait un flingue. Ce n’était pas drôle.
L’enfoiré avait peut-être un flingue, mais c’est pas une raison pour t’inquiéter. C’est pas un truand.
M’avait l’air assez truand comme ça.
Il avait peut-être l’air d’un truand, mais c’en est pas un.
C’est quoi la différence ?
Un vrai truand t’aurait refroidi, il ne t’aurait pas menacé de te refroidir. Et en plus il n’a pas respecté la première règle du truand.
Qu’est-ce que c’est ?
Ne jamais montrer son flingue, seulement le décharger.
C’est très bon à savoir, Leonard.
Effectivement. Le type n’est probablement pas dangereux, c’est juste une brute.
Comment est-ce que tu penses que je devrais me comporter avec lui ?
Tu as eu du flair. Paye la facture, arrange la situation à l’amiable, débarrasse-t’en.
Et si ça marche pas ?
Leonard rit.
S’il y a le moindre problème, appelle-moi.
Merci, Leonard.
Dis à Allison de ne pas s’inquiéter.
D’accord.
Je raccroche le téléphone, me tourne vers Allison et Kevin. Allison parle.
Qu’est-ce qu’il a dit ?
Il m’a dit de te dire de ne pas t’inquiéter.
Qu’est-ce qu’il va faire ?
Rien.
Qu’est-ce que tu vas faire ?
Quand le type m’apportera la facture, je m’arrangerai avec lui.
Tu ferais mieux de la payer.
C’est sûrement ce que je vais faire.
Il m’a fait peur, James. Je persiste à croire qu’on devrait appeler la police.
Leonard est mieux que la police.
Tu me le jures ?
Ça va aller. Je le jure.
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