Mon ami Leonard
Chapitre 43
Je découpe le faux permis de conduire en petits morceaux le balance Jimmy Testardo n’existe plus.
Je clôture le coffre de dépôt sécurisé.
Je trouve un boulot dans une boutique de fringues sur Michigan Avenue. Je travaille avec un gars qui vient des Philippines et deux Mexicains. La majeure partie de mon travail se déroule la nuit, une fois que la boutique est fermée. La gérante nous file, à mes collègues et moi, une liste de tâches du style remettre en place des treillis, se réapprovisionner en T-shirts démodés et les plier, remettre du ruban dans les distributeurs derrière la caisse, balayer et nettoyer le sol de l’entrée. C’est un boulot de con, et je suis payé à coups de lance-pierre, mais ça me fait du bien de travailler. J’écris un autre scénario. Je l’envoie à mes amis je sais qu’ils en ont marre de lire mes scénarios minables. Je leur dis que c’est le dernier.
Je recommence à dormir, toutes les deux ou trois nuits je dors facilement, bien. Les tremblements et les grondements du train sont une berceuse qui m’accompagne durant six, huit, dix splendides heures de paix, de silence et d’obscurité.
Je marche sous la chaleur sous la pluie dans la journée la nuit le matin l’après-midi le lever du soleil le coucher du soleil je marche pendant des heures. Je marche le long du lac et je saute dans l’eau. Je vois un banc et je m’assieds et je fume. Je vois la camionnette d’un marchand de glaces, je prends les plus grands cônes qu’il vend. Je fais des siestes sur les pelouses des parcs, j’écoute de la musique jouée dans des kiosques, je lis à l’ombre des arbres à l’ombre des arbres grandioses. Je vais au zoo observe les animaux, salut gorille, alors ça boume ?
Mes amis me disent que le scénario n’est pas mauvais et qu’il pourrait peut-être même être bon. C’est une comédie romantique une histoire d’amour triangulaire entre amis avec une fin heureuse. Je décide de la vendre à Hollywood je ne connais personne à Hollywood, mais pourquoi pas, qui ne tente rien n’a rien.
J’erre dans les salles du musée les tableaux sont toujours magnifiques, les galeries ont l’air conditionné, j’erre dans les salles.
Je vais voir Lilly. Les fleurs se dessèchent avec la chaleur alors j’en apporte plus encore. Je ne parle pas beaucoup, ne ressens plus le besoin de parler, me contente de rester assis auprès d’elle, c’est bien de savoir qu’elle est là, je me contente de rester assis.
Je perds mon boulot à la boutique de fringues. La gérante a décidé qu’elle voulait que tous les articles du magasin, et il y a des milliers de vêtements, soient enlevés des rayons et pliés à nouveau. Je lui demande pourquoi elle dit parce que je l’ai demandé. J’essaie d’organiser une grève avec les autres manutentionnaires, j’y parviens, on achète une boîte de beignets et on s’assied par terre au milieu du magasin et on refuse de travailler. Elle dit aux autres manutentionnaires qu’ils sauveront leur travail s’ils arrêtent la grève et elle me fout à la porte, me disant que si je ne quitte pas immédiatement le magasin elle appelle la police. J’emporte les beignets avec moi.
Un de mes amis a une cousine qui travaille pour un célèbre réalisateur de Hollywood. Je l’appelle et je lui demande de lire mon scénario, elle me dit envoie-le et je le lirai quand j’aurai un peu de temps. Je lui téléphone une fois par semaine pour le lui rappeler. Elle ne le lit pas, alors je continue de l’appeler.
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