Mon ami Leonard
Chapitre 21
Je joue au billard en misant de l’argent. Je joue contre un type qui s’appelle Tony, j’ai déjà joué avec lui chaque fois sans exception j’ai perdu. J’ai l’avantage pour cette partie, je dois faire rentrer la bille huit, il lui en reste trois.
Je me trouve dans un bar appelé le Local Option. Il y a une salle principale, une arrière-salle. Un comptoir s’étend le long du mur de la pièce principale, la table de billard se situe dans l’arrière-salle. Mes amis sont là. Ils se saoulent.
Comme j’attends mon tour, j’entends mon biper. Je dis à Tony que j’ai un coup de fil à passer, lui demande s’il peut m’attendre, il rit, attrape l’argent sur le rebord, où il est censé rester jusqu’à ce qu’il y ait un vainqueur.
Je récupérerai ça à la prochaine partie.
Il rit.
On verra.
Je quitte le bar. Marche dans la rue, cherche une cabine téléphonique. J’en trouve une devant un pressing, c’est calme j’arriverai à entendre. Je regarde le biper compose le numéro je ne le connais pas. J’attends, Leonard répond.
Ha-ha !
Qu’est-ce qu’il y a, Leonard ?
Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce qu’il y a ? Mon fils a réussi sa première mission. Voilà ce qu’il y a, bordel !
Je ris.
Comment ça a été ? Dis-moi comment ça s’est passé.
C’était facile. J’ai récupéré la valise, suis allé à Milwaukee en voiture, je l’ai laissée là-bas, suis rentré à la maison.
C’est tout ?
C’est tout.
J’avais entendu dire qu’on se moquerait un peu de toi. Pour t’asticoter un peu.
Ouais, c’est ce qui s’est passé. Le type qui m’a donné la valise s’est foutu de moi, m’a fait croire que j’avais une mauvaise adresse.
Leonard rit.
Je parie que t’as chié dans ton froc.
Si on veut.
T’as rencontré Paul ?
Non.
Bien. Tu ne dois jamais rencontrer personne. Comme ça, au cas où quelque chose arriverait, tu ne pourrais témoigner contre personne.
Je croyais que tu avais dit que rien ne pouvait arriver.
Bien sûr que non, bien sûr que non. C’est juste au cas où. Le cas où ne se produira jamais, mon fils.
J’espère bien.
Et oublie que t’as rencontré ce vieux con en pyjama.
Comment tu sais qu’il était en pyjama ?
Il ne sort jamais de chez lui, et il reste toujours en pyjama. C’est comme ça que je le sais.
Il est oublié.
T’as une idée de ce qu’il y avait dans la valise ?
Nan. Et je ne veux pas le savoir.
Essaie de deviner.
Non.
Allez.
Non.
À ton avis, combien elle pesait ?
Je sais pas.
Devine.
Vingt-cinq, trente kilos.
Vingt-cinq.
D’accord.
Tu sais qu’un million de dollars en billets de vingt dollars, ça pèse vingt et un kilos ?
Je l’ignorais.
Et qu’une valise ordinaire, ça en pèse environ six.
Je l’ignorais aussi.
On en apprend tous les jours.
Merci pour cette petite leçon, Leonard.
T’as eu ton argent ?
Paul m’a jeté une enveloppe. J’étais pas sûr que c’était pour moi parce qu’il y en avait tellement.
C’est foutrement mieux que sept putains de dollars de l’heure, nan ?
Je ris. Il y avait cinq mille dollars dans l’enveloppe.
Ouais, carrément mieux.
Tu t’en es bien sorti, mon fils. Tu t’en es bien sorti. Je suis fier de toi.
Merci, Leonard.
À part ça, tu vas bien ?
Ouais. Je jouais au billard, dans un bar, quand tu m’as bipé.
Alors retournes-y, amuse-toi. Dis bonjour à tes amis, s’ils sont avec toi.
Ils seront contents.
Je viendrai te voir bientôt, mon fils.
J’ai hâte d’y être.
Continue de faire du bon boulot.
Je ris.
Merci.
Je raccroche, je retourne au bar, perds trois autres parties contre Tony. Je me balade pendant quelques heures, passe quelques heures avec Lilly. Je lui parle de mon nouveau boulot. Je sais qu’elle n’approuverait pas, elle dirait ça ressemble trop à ton ancienne vie, tu ferais mieux de laisser tomber ces conneries. Je lui dis que je sais que c’est dangereux, mais je me sens fort, chaque jour je me sens plus fort, chaque jour passé sans boire et sans me droguer me rend plus fort. Je lui dis que ça serait différent si elle était là. Je lui dis qu’elle a fait son choix, et que désormais je suis seul, moi aussi je ferai mes choix.
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